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bande dessinée et cinéma

comics et cinéma :
le jeu de l’amour et du hasard ?

par Xavier Fournier

[mars 2010]

Alors que les studios Warner sont depuis longtemps propriétaires de Batman et Superman, le rachat annoncé en août 2009 de l’éditeur Marvel par Disney semble sceller une fusion qui couvait depuis des lustres. De là à penser qu’aux États-Unis le neuvième art s’est fait manger par le huitième, il y a un pas qu’il serait quand même hâtif de franchir.

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puis-je emprunter votre personnage ?

Dans la première moitié du vingtième siècle, les loisirs (et l’on est alors loin de percevoir certains d’entre eux comme des arts à part entière) se développent de façon spectaculaire. La lecture de livres et l’écoute de la radio précédent de peu l’industrialisation du cinéma et de la bande dessinée. Tous ces moyens d’expression ont - entre autres points communs – la capacité de proposer des feuilletons (dans le cas du cinéma ce format passera par les serials) que le lecteur-spectateur va suivre à chaque nouvelle livraison. Mais dans ce contexte, le cinéma et la bande dessinée partent avec un train de retard. Même si le sujet de certains romans heurte à l’occasion certains milieux conservateurs, la littérature est globalement admise depuis longtemps. Et la radio s’est répandue dans les foyers pour porter la voix des orateurs. On ne penserait guère à la condamner en masse. Il n’en est pas de même pour le cinéma, alors que le réseau des salles s’étoffe à travers les États-Unis, ou pour la bande dessinée, jusqu’alors confinée dans les pages de journaux (souvent à côté des mots croisés). Certains collectifs familiaux et associations de moralité leur reprochent de prêcher l’oisiveté. Le grand écran va donc emprunter aux classiques de la littérature et en tirer des sujets de films. Adapter des best-sellers à l’écran, c’est s’attirer une partie de la respectabilité de la littérature mais aussi bénéficier d’un titre connu à mettre sur l’affiche. La bande dessinée suivra la même logique. À titre d’exemple, Tarzan apparaît ainsi sous forme de roman en octobre 1912 et, dès 1918, il est devenu un personnage de cinéma. En janvier 1929 le seigneur de la jungle débute sous forme de bande quotidienne dessinée par Hal Foster. Un départ un peu tardif, certes, mais les strips, auxquels s’ajoutent plus tard les comic books à part entière, auront tôt fait de combler le retard : on compterait de nos jours près de 15 000 bandes dessinées consacrées à Tarzan. On pourrait sans doute légitimement considérer que la plupart de ses aventures ont eu lieu sous forme de bande dessinée. Tarzan n’est pas le seul personnage que la bande dessinée américaine s’appropriera, loin s’en faut. Au point qu’on ne sait plus toujours spontanément sur quel support tel ou tel personnage a pu faire ses débuts. Krazy Kat apparaît sous la forme d’un comic strip publié dans les journaux américains à partir de 1913. Dès 1916, il est transformé en personnage de dessin animé. Felix The Cat, lui, fait le chemin dans le sens inverse. Lancé comme héros de cartoon fin 1919, il est adapté en bandes dessinées à partir de 1923.

Popeye apparait d’abord en 1929 comme personnage secondaire dans un comic strip (le Thimble Theatre, édité par King Features) qui existait déjà depuis des années. Le succès aidant, Popeye devient le héros principal et, en 1933, la vedette d’une série de dessins animés produits par les studios Fleischer pour la Paramount. De ce fait Popeye devient le collègue de Betty Boop, autre personnage de cartoon d’abord lancé chez Fleischer en 1930. Et par un juste retour des choses, la brune Betty va devenir une héroïne de bandes dessinées à partir de 1934 chez King Features. C’est ce qu’on appelle un échange de bons procédés. De même la souris Mickey fait ses premiers pas dans un dessin animé en mai 1928. Sa version « comic strip » suit dès janvier 1930 (Walt Disney lui-même est crédité comme scénariste), avec le succès que l’on sait. Par la suite, Mickey et de nombreuses autres créations Disney connaîtront une carrière parallèle en bande dessinée… Pour mieux brouiller les cartes, la bande dessinée sera elle aussi prêteuse : le strip Flash Gordon d’Alex Raymond débute en 1934. Dès 1935, il est devenu un feuilleton radio. En 1936, le personnage est incarné par l’acteur Buster Crabbe dans un serial qui ne sera que le premier d’une longue liste d’adaptations. Dès les années trente se dessine ainsi le profil du héros multimédia, véritable polymorphe que le public peut consommer sur le support de son choix.

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