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	<title>neuf et demi, le blog de Thierry Groensteen - neuvi&#232;me art 2.0</title>
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	<description>La revue en ligne de r&#233;f&#233;rence sur la bande dessin&#233;e fran&#231;aise et internationale. Interviews d'auteurs, analyse de planches, dossiers th&#233;matiques, blogs de sp&#233;cialistes. Pour tout savoir sur la bande dessin&#233;e, son patrimoine, son actualit&#233;, ses grands auteurs, son esth&#233;tique.</description>
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		<title>neuvi&#232;me art 2.0</title>
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		<title>un an de r&#233;flexions et commentaires</title>
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		<dc:date>2011-01-01T14:08:00Z</dc:date>
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		<description>Tout au long de l'ann&#233;e 2010, Thierry Groensteen a livr&#233; ses r&#233;flexions sur l'actualit&#233; de la bande dessin&#233;e. Vous pouvez les lire ici, avant de retrouver les billets de l'essayiste de r&#233;putation mondiale, en compagnie d'autres r&#233;dacteurs invit&#233;s, dans le blog de neuvi&#232;meart 2.0.

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout au long de l'ann&#233;e 2010, Thierry Groensteen a livr&#233; ses r&#233;flexions sur l'actualit&#233; de la bande dessin&#233;e. Vous pouvez les lire ici, avant de retrouver les billets de l'essayiste de r&#233;putation mondiale, en compagnie d'autres r&#233;dacteurs invit&#233;s, dans &lt;strong&gt;le blog&lt;/strong&gt; de &lt;strong&gt;neuvi&#232;meart 2.0&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>quelques pas dans la complexit&#233; (3)</title>
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		<dc:subject>art du dessin</dc:subject>
		<dc:subject>Schrauwen Olivier</dc:subject>

		<description>La singularit&#233; du talent d'Olivier Schrauwen &#233;clatait d&#232;s la publication, en 2006, de son premier album, Mon Fiston. Quatre ans plus tard, cet auteur, rare dans tous les sens du terme, se montre tout aussi brillant mais plus d&#233;concertant encore dans L'Homme qui se laissait pousser la barbe (paru en novembre dans la collection &quot;Actes Sud-L'An 2&quot;). L'illustration de couverture &#8211; un portrait constitu&#233; de onze morceaux assembl&#233;s &#8211; annonce la couleur : il ne s'agit pas d'un livre d&#233;vidant une histoire d'un (...)

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&lt;a href="http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Schrauwen Olivier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La singularit&#233; du talent d'Olivier Schrauwen &#233;clatait d&#232;s la publication, en 2006, de son premier album, &lt;i&gt;Mon Fiston&lt;/i&gt;. Quatre ans plus tard, cet auteur, rare dans tous les sens du terme, se montre tout aussi brillant mais plus d&#233;concertant encore dans &lt;i&gt;L'Homme qui se laissait pousser la barbe&lt;/i&gt; (paru en novembre dans la collection &quot;Actes Sud-L'An 2&quot;). L'illustration de couverture &#8211; un portrait constitu&#233; de onze morceaux assembl&#233;s &#8211; annonce la couleur : il ne s'agit pas d'un livre d&#233;vidant une histoire d'un seul tenant, mais d'une sorte de puzzle narratif. Il y a sept chapitres (l'un d'eux porte le m&#234;me titre que l'album, les autres s'intitulent &#171; Congo chromo &#187;, &#171; Types de cheveux &#187;, &#171; Le devoir &#187;, &#171; Le ch&#226;teau &#187;, &#171; La grotte &#187; et &#171; L'imaginiste &#187;). &#192; part le fait que dans chacun d'eux le protagoniste porte effectivement une barbe, ces r&#233;cits ne sont reli&#233;s par aucune forme de continuit&#233;. La coh&#233;rence de l'ensemble, si l'on en cherche une, ne sera pas d'ordre narratif. Elle ne sera pas non plus esth&#233;tique, Schrauwen changeant de style et de technique d'un chapitre &#224; l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me souviens de ma premi&#232;re rencontre avec lui, et des travaux qu'il m'avait montr&#233;s alors. J'avais devant moi un pasticheur de g&#233;nie, capable de dessiner, sans mod&#232;le, &#224; la mani&#232;re d'Herg&#233;, de McCay, de Willem ou de Reiser de fa&#231;on &#233;galement convaincante.&lt;i&gt; L'Homme qui se laissait pousser la barbe&lt;/i&gt; est loin de proposer le d&#233;ploiement complet des &#233;critures graphiques qu'il est capable d'endosser. Cependant les r&#233;f&#233;rences y sont multiples : imagerie d'Epinal, cin&#233;ma des premiers temps, planches de trait&#233;s scientifiques, films d'animation, ic&#244;nes religieuses, chromos, dessins d'enfants, miniatures. Comme dans &lt;i&gt;Mon Fiston&lt;/i&gt; (qui se pla&#231;ait de fa&#231;on nette sous le patronage des ma&#238;tres am&#233;ricains des &lt;i&gt;funnies&lt;/i&gt;), la tonalit&#233; d'ensemble est r&#233;solument &lt;i&gt;r&#233;tro&lt;/i&gt;, m&#234;me si certains dessins font signe vers des sph&#232;res artistiques plus contemporaines, comme celles du graff ou de l'art brut.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait mettre cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sur le compte des circonstances d'&#233;laboration de l'album, dont les chapitres ont pour la plupart &#233;t&#233; publi&#233;s s&#233;par&#233;ment dans des revues (&lt;i&gt;Mome&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Canicola&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Strapazin&lt;/i&gt;). Mais Schrauwen avait le recueil en vue depuis le d&#233;but (il y a trois ans, celui-ci m'&#233;tait annonc&#233; avec un titre de travail diff&#233;rent et sans doute plus explicite : &lt;i&gt;La Classe de dessin&lt;/i&gt;) et il est bien trop avis&#233; pour ne pas avoir pr&#233;m&#233;dit&#233; et contr&#244;l&#233; ses effets.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_963 spip_documents spip_documents_center'&gt; &lt;dt&gt; &lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH410/Schrauwen_1-37dc5.jpg' width='500' height='410' alt='' style='height:410px;width:500px;' /&gt; &lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; de l'album se fait d'abord au niveau des r&#233;f&#233;rences multiples &#224; la &#171; belgitude &#187; (l'auteur est n&#233; &#224; Bruges, o&#249; il situait une sc&#232;ne de Mon Fiston). Le portrait de couverture est une caricature du roi L&#233;opold II. La premi&#232;re histoire a pour cadre le Congo, c'est-&#224;-dire la colonie dont ce souverain &#171; fit don &#187; &#224; la Belgique, et l'un des personnages y est montr&#233; d&#233;gustant du chocolat belge. Plus loin, on d&#233;couvre l'Express royal belge (le train le plus long du monde) et sa &#171; suite L&#233;opold II &#187;, au luxe effr&#233;n&#233; ; enfin, le seul d&#233;cor qui ne soit pas fictif repr&#233;sente (page 109) les serres du &#171; Botanique &#187;, &#224; Bruxelles &#8211; qui fut un lieu de sciences et d'&#233;tudes botanistes de 1829 &#224; 1939.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plusieurs th&#232;mes circulent d'une histoire &#224; l'autre, en particulier celui du d&#233;placement et du voyage (sur un fleuve, &#224; cheval, en train, en chaise roulante), et celui du handicap et de l'infirmit&#233; (les personnages des deuxi&#232;me et troisi&#232;me chapitres sont faibles d'esprit, le dernier met en sc&#232;ne un handicap&#233; physique). Le th&#232;me dominant est toutefois celui du pouvoir de l'imagination, v&#233;ritable cl&#233; qui permet de relier tous les autres motifs. Ainsi &#171; Congo chromo &#187; appara&#238;t comme une fantaisie sur l'imaginaire colonial, le voyage physique comme une m&#233;taphore du voyage que l'on peut accomplir en esprit, la r&#234;verie comme un moyen d'&#233;chapper &#224; sa condition (par exemple d'infirme), et le dessin comme l'outil le plus docile et le plus merveilleux qui soit pour donner corps &#224; toutes les chim&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_964 spip_documents spip_documents_center'&gt; &lt;dt&gt; &lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH209/Schrauwen_2-92519.jpg' width='500' height='209' alt='' style='height:209px;width:500px;' /&gt; &lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;De sorte que &lt;i&gt;L'Homme qui se laissait pousser la barbe&lt;/i&gt; est bien plus qu'un recueil de nouvelles : un ouvrage dont la complexit&#233; r&#233;elle et la structure &#233;clat&#233;e sont mises au service d'une unit&#233; de pens&#233;e et invitent le lecteur &#224; un vrai travail d'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet album, publi&#233; la m&#234;me ann&#233;e que &lt;i&gt;Les Noceurs&lt;/i&gt;, de Brecht Evens (les deux livres sont dans la s&#233;lection officielle du festival d'Angoul&#234;me), t&#233;moigne avec &#233;clat de la richesse et de l'originalit&#233; de la nouvelle &#233;cole flamande.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>quelques pas dans la complexit&#233; (2)</title>
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		<dc:date>2010-12-25T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>autobiographie</dc:subject>
		<dc:subject>Hugues David</dc:subject>

		<description>Walking the Dog, de David Hughes (&#171; En promenant le chien &#187;), a paru chez Jonathan Cape, &#224; Londres, en 2009, et ne semble pas avoir re&#231;u, dans son pays m&#234;me, beaucoup d'&#233;cho. L'&#233;diteur pr&#233;sentait pourtant l'ouvrage (un fort volume cartonn&#233; de format 26 x 28 cm) comme &#171; un livre qui fera date dans la litt&#233;rature graphique &#187;, et cette r&#233;clame ne me para&#238;t pas hyperbolique. Plus connu comme illustrateur, photographe, designer, David Hughes a dessin&#233; pour de nombreux journaux et magazines, dont l'Observer, le (...)

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&lt;a href="http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Hugues David&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Walking the Dog&lt;/i&gt;, de David Hughes (&#171; En promenant le chien &#187;), a paru chez Jonathan Cape, &#224; Londres, en 2009, et ne semble pas avoir re&#231;u, dans son pays m&#234;me, beaucoup d'&#233;cho. L'&#233;diteur pr&#233;sentait pourtant l'ouvrage (un fort volume cartonn&#233; de format 26 x 28 cm) comme &#171; un livre qui fera date dans la litt&#233;rature graphique &#187;, et cette r&#233;clame ne me para&#238;t pas hyperbolique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus connu comme illustrateur, photographe, designer, David Hughes a dessin&#233; pour de nombreux journaux et magazines, dont l'&lt;i&gt;Observer&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Esquire&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;New Yorker&lt;/i&gt;. Avec &lt;i&gt;Walking the Dog&lt;/i&gt;, il invente un livre qui d&#233;fie toutes les cat&#233;gorisations, entre bande dessin&#233;e et livre d'artiste, autobiographie et divagation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout commence un jour de 2007, quand sa femme et ses filles annoncent &#224; l'auteur que, pour ses cinquante ans, elles envisagent de lui offrir un chien. L'id&#233;e d'avoir &#224; sortir un compagnon &#224; quatre pattes deux fois par jour ne l'enchante pas a priori, mais comme son m&#233;decin lui fait valoir qu'il a besoin d'exercice, et que sa s&#233;dentarit&#233; aggrave son probl&#232;me avec l'alcool, il se laisse convaincre. La promenade du chien (un fox-terrier nomm&#233; Dexter) devient donc un rituel, qui scande tout le livre. Non seulement chaque promenade est dat&#233;e, mais elle est r&#233;f&#233;renc&#233;e avec un luxe de pr&#233;cisions (l'heure, le temps qu'il fait).&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_943 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH504/Hugues3-73f84.jpg' width='500' height='504' alt='JPEG - 52.1 ko' style='height:504px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Cette promenade est figur&#233;e graphiquement &#224; travers des centaines de dessins &#224; peu pr&#232;s semblables mais toujours diff&#233;rents. Ainsi le livre se construit-il musicalement suivant le protocole &#171; th&#232;me et variations &#187;. La silhouette et les traits que se pr&#234;te l'auteur sont &#233;minemment fluctuants ; le temps d'une s&#233;quence, il prom&#232;ne non plus son chien mais une tondeuse &#224; gazon ; dans une autre, le chien s'est m&#233;tamorphos&#233; en un jouet sur roulettes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La promenade n'est pas le fil conducteur d'une quelconque intrigue. Plut&#244;t quelque chose comme une corde &#224; linge &#224; laquelle l'auteur peut accrocher des &#233;pisodes divers, d&#233;connect&#233;s les uns des autres. &#201;pisodes qui sont essentiellement de deux sortes : les rencontres avec les habitants du quartier (pour la plupart eux-m&#234;mes propri&#233;taires de chiens, et qui semblent mettre un point d'honneur &#224; ne jamais se rappeler du nom de Dexter ; les chiens se reniflent pendant que les ma&#238;tres &#233;changent quelques mots), et les r&#233;miniscences d'&#233;v&#233;nements pass&#233;s qui, dans l'&#233;tat de disponibilit&#233; o&#249; il se trouve tandis qu'il chemine, affluent &#224; l'esprit de David, sur le mode de la rumination. Ces &#233;v&#233;nements sont tant&#244;t d'ordre biographique, tant&#244;t du domaine de l'histoire r&#233;cente (souvenirs partag&#233;s par toute une g&#233;n&#233;ration, &#224; la mani&#232;re des &lt;i&gt;Je me souviens&lt;/i&gt; de Perec). Le d&#233;sordre dans lequel ces diff&#233;rentes sc&#232;nes s'encha&#238;nent et se d&#233;veloppent semblent relever d'une tentative pour traduire en termes graphiques le ph&#233;nom&#232;ne cognitif du flux de conscience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Divis&#233; en treize chapitres et un &#233;pilogue, et plac&#233; sous l'invocation de T.S. Eliot, &lt;i&gt;Walking the Dog&lt;/i&gt; est enti&#232;rement dessin&#233; au crayon, d'un trait pr&#233;cis et d&#233;licat, mais le dessin change r&#233;guli&#232;rement de style, &#233;voquant tant&#244;t des dessins d'enfant, tant&#244;t Lyonel Feininger, ou bien encore Tomi Ungerer, et souvent ne ressemblant &#224; personne. Une longue s&#233;quence met aux prises une famille de chiens anthropomorphis&#233;s. Ce d&#233;ploiement stylistique se double d'un fr&#233;quent recours au collage : planches de trait&#233;s d'entomologie, photographies, d&#233;coupes de mannequins en bois cr&#233;&#233;s par l'auteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le livre de David Hughes peut se lire comme un journal de l'ann&#233;e 2007, mais un journal qui ferait droit au fantasme, aux divagations de l'esprit, et qui inventerait sa forme en avan&#231;ant (litt&#233;ralement : en marchant). C'est l'un des livres les moins descriptibles dont il m'ait &#233;t&#233; donn&#233; de vouloir rendre compte. L'humour y est tr&#232;s pr&#233;sent, et passe notamment par cette strat&#233;gie de l'autod&#233;pr&#233;ciation (Hughes est plut&#244;t laid, bedonnant, raleur, hypocondriaque, et les mots qu'ils prononce le plus souvent sont &lt;i&gt;fuck&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;fucking&lt;/i&gt;), si typique de la production autobiographique anglo-saxonne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rythme de la marche s'accorde parfaitement au dispositif de la bande dessin&#233;e. Un personnage repr&#233;sent&#233; marchant de gauche &#224; droite, dans plusieurs cases cons&#233;cutives, un personnage qui p&#233;r&#233;grine de case en case effectue, dans l'espace de la page, un trajet analogue &#224; celui que suit notre &#339;il. Son d&#233;placement est d&#233;coup&#233;, comme l'est notre lecture. Il serait inexact de dire qu'&#224; chaque case correspond un et un seul pas, mais une correspondance ne s'en &#233;tablit pas moins entre le rythme de la marche et le d&#233;placement progressif de la zone focale autour de laquelle s'organise ma vision. C'est pourquoi le personnage qui marche est un parfait embrayeur de r&#233;cit : il nous place d'embl&#233;e en phase avec sa d&#233;ambulation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Walking the Dog&lt;/i&gt;, David Hughes a invent&#233; une forme de complexit&#233; qui, sur fond d'une action r&#233;p&#233;titive et cadenc&#233;e, introduit toutes sortes de brisures dans le rythme et int&#232;gre sans heurt toutes les extravagances. Son livre est fascinant et m&#233;riterait assur&#233;ment de conna&#238;tre une diffusion internationale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>quelques pas dans la complexit&#233; (1)</title>
		<link>http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article290</link>
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		<dc:date>2010-12-20T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Curiosit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Burns Charles</dc:subject>

		<description>J'ai le regret de faire savoir &#224; tous ceux qui me font l'honneur de me lire que ce blog ne survivra pas &#224; l'ann&#233;e 2010 &#8211; en tout cas pas sous cette forme et avec cette r&#233;gularit&#233;. Je me r&#233;serve d'adopter, le cas &#233;ch&#233;ant, une formule moins chronophage, car j'arrive de plus en plus difficilement &#224; alimenter neuf et demi (travail absorbant, contraignant, et enti&#232;rement b&#233;n&#233;vole) en plus de mes autres activit&#233;s d'auteur, d'&#233;diteur et d'enseignant. Pour fermer cet espace de r&#233;flexion qui aura donc v&#233;cu un an, (...)

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&lt;a href="http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Burns Charles&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai le regret de faire savoir &#224; tous ceux qui me font l'honneur de me lire que ce blog ne survivra pas &#224; l'ann&#233;e 2010 &#8211; en tout cas pas sous cette forme et avec cette r&#233;gularit&#233;. Je me r&#233;serve d'adopter, le cas &#233;ch&#233;ant, une formule moins chronophage, car j'arrive de plus en plus difficilement &#224; alimenter&lt;i&gt; neuf et demi&lt;/i&gt; (travail absorbant, contraignant, et enti&#232;rement b&#233;n&#233;vole) en plus de mes autres activit&#233;s d'auteur, d'&#233;diteur et d'enseignant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour fermer cet espace de r&#233;flexion qui aura donc v&#233;cu un an, j'ai d&#233;cid&#233; de me pencher sur la notion de complexit&#233;, telle qu'elle trouve &#224; s'incarner plus particuli&#232;rement dans trois albums : &lt;i&gt;Toxic&lt;/i&gt;, de Charles Burns, &lt;i&gt;Walking the Dog&lt;/i&gt;, de David Hugues (non traduit en fran&#231;ais) et &lt;i&gt;L'Homme qui se laissait pousser la barbe&lt;/i&gt;, d'Olivier Schrauwen. Si diff&#233;rents qu'ils soient, ces trois ouvrages ont en commun de proposer une narration non lin&#233;aire, de d&#233;concerter le lecteur par des ruptures, soit dans le graphisme, soit dans la temporalit&#233;, soit dans le monde fictionnel d&#233;peint (en termes plus savants : ruptures d'isotopie di&#233;g&#233;tique). Ils t&#233;moignent, chacun &#224; sa mani&#232;re (et apr&#232;s d'autres livres, comme l'embl&#233;matique &lt;i&gt;Jimmy Corrigan&lt;/i&gt; de Chris Ware), d'une ambition commune : celle de doter l'album d'une autre coh&#233;rence que celle d'un r&#233;cit liss&#233;, o&#249; le lecteur peut s'installer confortablement sur des rails qui le conduiront sans heurts d'un point de d&#233;part &#224; un point d'arriv&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des trois &#339;uvres cit&#233;es, celle de Charles Burns me semble la moins excitante et la moins aboutie. D'abord, parce que l'album dont nous disposons (paru chez Corn&#233;lius en octobre) n'est que la premi&#232;re partie d'un diptyque. &#192; l'heure du roman graphique, la d&#233;cision d'avoir scind&#233; le livre en deux volumes para&#238;t, en l'occurrence, particuli&#232;rement malheureuse. Ensuite, parce que la complexit&#233; me para&#238;t ici factice et gratuite : Burns semble surtout jouer &#224; perdre son lecteur.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_915 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH230/Burns-c7717.jpg' width='500' height='230' alt='JPEG - 44.3 ko' style='height:230px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;&#169; Corn&#233;lius 2010.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;On lit partout que &lt;i&gt;Toxic&lt;/i&gt; serait un double hommage &#224; Herg&#233; et &#224; William Burroughs. Cependant les emprunts faits &#224; l'un et &#224; l'autre sont de natures tout &#224; fait diff&#233;rentes. Au ma&#238;tre belge, l'Am&#233;ricain emprunte simplement une imagerie. Les taches rouges sur l'&#339;uf qui figure en couverture rappellent d'&#233;vidence les champignons de &lt;i&gt;L'&#201;toile myst&#233;rieuse&lt;/i&gt; ; le personnage principal, un jeune homme r&#233;pondant au nom de Doug, appara&#238;t dessin&#233; tant&#244;t de fa&#231;on r&#233;aliste, tant&#244;t avec un visage rond et lisse &#224; la Tintin, auquel il emprunte alors son petit nez et sa houppe (noire) &#8211; repr&#233;sentation stylis&#233;e qui correspond au masque qu'il arbore lors de ses performances sc&#233;niques ; on le voit aussi porter un t-shirt dont le motif est un Tintin punk ; un chat noir r&#233;pondant au nom d'Inky appara&#238;t, quant &#224; lui, comme un double invers&#233; du chien blanc Milou. (Relevons que le nom de sc&#232;ne adopt&#233; par Doug, &#171; Nitnit &#187;, est celui que le qu&#233;b&#233;cois Henriette Valium utilise de longue date pour ses parodies de Tintin).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces citations restent parfaitement anecdotiques. Burns ne travaille pas sur et avec l'imaginaire herg&#233;en, il en convoque quelques &#233;clats symboliques sur le mode de la citation. Le lecteur est tent&#233;, d&#232;s lors, de chercher ailleurs d'autres citations graphiques : ainsi, le pansement que Doug porte &#224; la tempe ne rappelle-t-il pas ceux dont Bilal a longtemps affubl&#233; ses personnages ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'&#233;crivain William Burroughs, l'auteur de &lt;i&gt;Black Hole&lt;/i&gt; emprunte aussi une imagerie (la ville de Tanger, les personnages qui ressemblent &#224; des insectes), mais il revendique principalement de s'&#234;tre appropri&#233; une technique narrative, celle du &lt;i&gt;cut-up&lt;/i&gt;. Cette r&#233;f&#233;rence me semble ici inappropri&#233;e, usurp&#233;e. Burroughs d&#233;coupait dans son propre texte et dans d'autres des fragments qu'ils redisposait ensuite dans un ordre al&#233;atoire. Proche du collage, la technique du cut-up implique la non-pr&#233;m&#233;ditation, une forme de l&#226;cher-prise de l'auteur et de sa volont&#233; consciente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il n'y a rien de tel chez Burns. D'abord, parce que sa mise en page et son &#233;criture graphique sont extr&#234;mement concert&#233;es, que son trait est si appliqu&#233; et minutieux qu'il semble grav&#233; dans le papier, que rien, dans son travail, ne t&#233;moigne d'une quelconque marge d'improvisation ou de libert&#233;. Ensuite parce que, si le r&#233;cit fait passer le h&#233;ros, et &#224; sa suite le lecteur, d'un univers &#224; un autre (de l'Am&#233;rique &#224; Tanger, de l'&#233;poque contemporaine &#224; un monde post-apocalyptique, etc.), sans que les liens logiques entre ces r&#233;alit&#233;s parall&#232;les ou embo&#238;t&#233;es ne soient explicit&#233;s, Burns n'assemble pas des fragments de r&#233;cits arrach&#233;s &#224; leur contexte ; au contraire, il m&#233;nage soigneusement toute une s&#233;rie de sas, de transitions : br&#232;che dans un mur de briques (comme dans Tintin), portes, ouverture dans le plafond, transitions graphiques fond&#233;es sur la d&#233;clinaison d'une m&#234;me forme, etc. Tout l'oppos&#233; de la philosophie du cut-up !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Toxic&lt;/i&gt; rappellerait plut&#244;t, mais sur un mode mineur, un film comme le &lt;i&gt;Mulholland Drive&lt;/i&gt; de Lynch, dans la mesure o&#249; il semble nous faire osciller entre le r&#234;ve et la r&#233;alit&#233; et d&#233;fier toute tentative d'explication totalisante rationnelle. La situation r&#233;currente du h&#233;ros qui &#171; se r&#233;veille sans savoir o&#249; il est &#187; est d'ailleurs une bonne m&#233;taphore de la situation du lecteur qui, lui aussi, a perdu ses rep&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut (c'est affaire de go&#251;t, de sensibilit&#233;) &#234;tre sensible ou indiff&#233;rent &#224; la fascination-r&#233;pulsion morbide de Burns pour le grouillement organique, la viande avari&#233;e, les f&#339;tus plus ou moins monstrueux. Mais, par rapport &#224; &lt;i&gt;Black Hole&lt;/i&gt; qui reste son &#339;uvre majeure, la complexit&#233; qu'il a cherch&#233; &#224; introduire dans ce nouvel opus ne repr&#233;sente pas, &#224; mes yeux, un enrichissement, plut&#244;t une sophistication affect&#233;e et vaine. Burns est un auteur mani&#233;riste ; la couverture de son album t&#233;moigne &#224; elle seule de ce que son horizon esth&#233;tique est, finalement, celui du kitsch.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(&#224; suivre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>une bande dessin&#233;e n'est pas un livre</title>
		<link>http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article289</link>
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		<dc:date>2010-12-14T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>BD &#224; l'&#233;cole</dc:subject>

		<description>Le site du Figaro h&#233;berge plusieurs blogs, dont celui de Natacha Polony, intitul&#233; Eloge de la transmission. Il y est question &#171; d'&#233;cole et de savoirs, de ma&#238;tres et de disciples, d'&#233;l&#232;ves et de professeurs, de parents et d'enfants, de culture et de m&#233;moire&#8230; &#187; Voici un peu moins de deux semaines (le 2 d&#233;cembre pour &#234;tre pr&#233;cis), la blogueuse r&#233;agissait &#224; un sondage publi&#233; &#224; l'occasion du Salon du livre de jeunesse de Montreuil, d'o&#249; il ressortait que 70 % des 8-10 ans lisent r&#233;guli&#232;rement, 50 % des 11-13 ans et (...)

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&lt;a href="http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;BD &#224; l'&#233;cole&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le site du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; h&#233;berge plusieurs blogs, dont celui de Natacha Polony, intitul&#233; &lt;i&gt;Eloge de la transmission&lt;/i&gt;. Il y est question &#171; d'&#233;cole et de savoirs, de ma&#238;tres et de disciples, d'&#233;l&#232;ves et de professeurs, de parents et d'enfants, de culture et de m&#233;moire&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici un peu moins de deux semaines (le 2 d&#233;cembre pour &#234;tre pr&#233;cis), la blogueuse r&#233;agissait &#224; un sondage publi&#233; &#224; l'occasion du Salon du livre de jeunesse de Montreuil, d'o&#249; il ressortait que 70 % des 8-10 ans lisent r&#233;guli&#232;rement, 50 % des 11-13 ans et 40 % des 14-16 ans &#233;galement. Qu'on me pardonne de citer un peu longuement son commentaire :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;strong&gt;Il y a d&#233;j&#224; quelques temps qu'une telle escroquerie intellectuelle est pratiqu&#233;e&lt;/strong&gt;. Elle permet notamment de proclamer chaque ann&#233;e que l'&#233;dition se porte bien puisque les &#171; ventes de livres &#187; augmentent. En effet, on y inclut les bandes dessin&#233;es. L'auteur de ces lignes se souvient d'ailleurs d'avoir assist&#233; il y a cinq ans, lors d'un reportage dans un IUFM, &#224; l'un de ces s&#233;minaires de formation qui faisaient tout le merveilleux de ces belles institutions. Devant une formatrice bienveillante et ravie, une stagiaire documentaliste r&#233;sumait les avanc&#233;es de son travail de recherche en vue d'un m&#233;moire sur les &#171; pratiques de lecture des &#233;l&#232;ves de sixi&#232;me &#187;. O&#249; il apparaissait que les filles lisaient plus que les gar&#231;ons, et que le livre le plus emprunt&#233; par les filles au CDI du coll&#232;ge &#233;tait Harry Potter, alors que le livre le plus emprunt&#233; par les gar&#231;ons &#233;tait Titeuf. Personne pour s'&#233;tonner qu'une documentaliste puisse consid&#233;rer Titeuf comme un &#171; livre &#187;, et moins encore pour s'affliger qu'il fasse partie du catalogue d'une biblioth&#232;que de coll&#232;ge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#187; &lt;strong&gt;Qu'on ne se m&#233;prenne pas. Il ne s'agit pas de d&#233;valoriser la bande dessin&#233;e&lt;/strong&gt; ou d'en nier le caract&#232;re cr&#233;atif et artistique (je suis, pour ma part, grande lectrice d'Hugo Pratt, autant que de Fred ou Gotlib, ou encore Fran&#231;ois Bourgeon). Mais la bande dessin&#233;e n'a nul besoin de mensonge pour exister et pour se voir reconnue. &lt;strong&gt;Une bande dessin&#233;e n'est pas un livre parce qu'elle ne met pas en jeu les m&#234;mes processus mentaux dans le cerveau de celui qui la lit.&lt;/strong&gt; (&#8230;) &lt;strong&gt;Pr&#233;tendre, donc, que la bande dessin&#233;e est un premier pas vers la lecture est tout bonnement faux.&lt;/strong&gt; Encore une fois, il s'agit de deux activit&#233;s de nature diff&#233;rente. &#187; (Les passages soulign&#233;s en gras le sont par Natacha Polony elle-m&#234;me.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme tous les penseurs r&#233;actionnaires, notre blogueuse (essayiste et enseignante, r&#233;put&#233;e sp&#233;cialiste des questions d'&#233;ducation) se flatte de rappeler des &#171; v&#233;rit&#233;s qui d&#233;rangent &#187;. Elle ne craint pas de s'attaquer aux &#171; id&#233;es re&#231;ues &#187;, comme en t&#233;moigne le titre de son dernier livre, &lt;i&gt;L'Homme est l'avenir de la femme&lt;/i&gt; (&#233;d. Jean-Claude Latt&#232;s, janvier 2008).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Natacha Polony regrette que les enfants d'aujourd'hui lisent plus souvent &lt;i&gt;Titeuf&lt;/i&gt; que Pagnol, Daudet ou d'autres classiques des Lettres fran&#231;aises. C'est son droit le plus strict d'en &#234;tre chagrin&#233;e. Mais on peut s'&#233;tonner de son argumentation. Elle ne cherche pas &#224; &#233;tablir de hi&#233;rarchie entre les &#339;uvres, elle ne discute pas de leur valeur respective (enfin : elle ne le fait pas ouvertement, mais s'affliger de la pr&#233;sence de Titeuf dans une biblioth&#232;que de coll&#232;ge en dit suffisamment long sur l'opinion qu'elle en a), elle avance masqu&#233;e et fait mine de disqualifier la bande dessin&#233;e &lt;i&gt;en tant que lecture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bande dessin&#233;e n'est pas la litt&#233;rature, c'est entendu. Ou, formul&#233; autrement : la litt&#233;rature dessin&#233;e n'est pas la litt&#233;rature &#233;crite. T&#246;pffer d&#233;j&#224; les diff&#233;renciait, mais en les pla&#231;ant l'une &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, comme d'eux formes d'expression concurrentes : &#171; L'on peut &#233;crire des histoires avec des chapitres, des lignes, des mots : c'est de la litt&#233;rature proprement dite. L'on peut &#233;crire des histoires avec des successions de sc&#232;nes repr&#233;sent&#233;es graphiquement : c'est de la litt&#233;rature en estampes. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien s&#251;r que l'enfant peut commencer par lire des bandes dessin&#233;es pour s'ouvrir ensuite &#224; d'autres livres (l'exp&#233;rience de bien des parents en atteste) ! Mais ce n'est pas pour autant la &lt;i&gt;vocation&lt;/i&gt; de la bande dessin&#233;e que de servir de marche-pied &#224; la litt&#233;rature. Et il n'est pas non plus interdit &#224; un adulte lettr&#233;, ayant beaucoup fr&#233;quent&#233; les classiques, de continuer par ailleurs &#224; lire avec plaisir et int&#233;r&#234;t des bandes dessin&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_914 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH492/McCloud-9f3cf.jpg' width='500' height='492' alt='JPEG - 125.1 ko' style='height:492px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Scott McCloud, &lt;i&gt;L'Art invisible&lt;/i&gt; : un itin&#233;raire de lecteur. &#169; Vertige Graphic
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;tendre qu'un album de bande dessin&#233;e n'est pas un livre (et que serait-il donc ?), c'est tout simplement t&#233;moigner de sa m&#233;connaissance de la d&#233;finition d'un livre. Car, que l'on sache, la bande dessin&#233;e est bel et bien imprim&#233;e sur des pages assembl&#233;es en volumes. Quant aux processus mentaux mis en jeu, c'est une question sur laquelle on peut craindre que l'auteure n'ait pas consult&#233; les meilleurs cogniticiens et neurobiologistes. Je ne suis pas certain, pour ma part, que les processus mentaux &#224; l'&#339;uvre sont tout &#224; fait les m&#234;mes, qu'il s'agisse de lire un roman ou de lire de la po&#233;sie, m&#234;me si, dans les deux cas, on a affaire &#224; des mots. S'agissant de la lecture des bandes dessin&#233;es, c'est une activit&#233; qui requiert de lire du texte, de comprendre des images, de faire la synth&#232;se entre les informations provenant des deux codes, enfin de construire les inf&#233;rences logiques n&#233;cessaires pour articuler les vignettes et r&#233;tablir la continuit&#233; du discours. Pourquoi diable un tel protocole, si manifestement complexe, est-il tenu pour un processus mental primaire ou indigent ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dernier essai de Natacha Polony, cit&#233; plus haut, a obtenu le prix Louis Pauwels 2008. Souvenez-vous, Louis Pauwels, c'est cet &#233;ditorialiste du &lt;i&gt;Figaro magazine&lt;/i&gt; qui, le 6 d&#233;cembre 1986, pour d&#233;noncer une jeunesse qui protestait contre le projet de loi Devaquet, avait invent&#233; l'expression de &#171; sida mental &#187;, de funeste m&#233;moire. Pour &#234;tre pr&#233;cis, il &#233;crivait au sujet de ces contestaires : &#171; Ce sont les enfants du rock d&#233;bile, les &#233;coliers de la vulgarit&#233; p&#233;dagogique, les b&#233;ats nourris de soupe infra id&#233;ologique cuite au show-biz, ahuris par les saturnales de &#8220;Touche pas &#224; mon pote&#8221;. Ils ont re&#231;u une impr&#233;gnation morale qui leur fait prendre le bas pour le haut. Rien ne leur para&#238;t meilleur que n'&#234;tre rien, mais tous ensemble, pour n'aller nulle part. (&#8230;) C'est une jeunesse atteinte d'un sida mental. Elle a perdu ses immunit&#233;s naturelles ; tous les virus d&#233;composants l'atteignent. Nous nous demandons ce qui se passe dans leurs t&#234;tes. Rien, mais ce rien les d&#233;vore. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourfendeuse, elle aussi, de la vulgarit&#233; p&#233;dagogique, d'une jeunesse qui ne sait pas reconna&#238;tre les bons livres et d'une &#233;poque en proie &#224; la confusion, Natacha Polony appara&#238;t bien, en effet, comme une digne &#233;mule de Louis Pauwels. Mais, bien s&#251;r, elle dit surtout ce que les lecteurs du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; ont envie d'entendre. Les bandes dessin&#233;es ne font pas vraiment partie de leur horizon culturel : quel soulagement pour eux de se voir confirmer que ce ne sont pas de vrais livres !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>un spirou d'un autre &#226;ge </title>
		<link>http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article288</link>
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		<dc:subject>Curiosit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Jij&#233;</dc:subject>

		<description>La r&#233;cente remise en vente par Dupuis de Spirou et l'aventure, dans une &#233;dition fac-simil&#233; de l'ouvrage original paru en 1948, et &#224; l'initiative de l'&#233;diteur Martin Zeller, nous offre la possibilit&#233; d'un voyage dans le temps. Lire les cinq &#233;pisodes r&#233;unis dans ce volume, dessin&#233;s en 1943 et 1946, c'est v&#233;ritablement prendre un bain de jouvence et retrouver l'esprit d'une bande dessin&#233;e faite d'insouciance et de fantaisie, sans pr&#233;tention artistique, sans complexes ni esprit de s&#233;rieux, une bande dessin&#233;e o&#249; (...)

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&lt;a href="http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;neuf et demi, le blog de Thierry Groensteen&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;Curiosit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?mot67" rel="tag"&gt;Jij&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;cente remise en vente par Dupuis de &lt;i&gt;Spirou et l'aventure&lt;/i&gt;, dans une &#233;dition fac-simil&#233; de l'ouvrage original paru en 1948, et &#224; l'initiative de l'&#233;diteur Martin Zeller, nous offre la possibilit&#233; d'un voyage dans le temps. Lire les cinq &#233;pisodes r&#233;unis dans ce volume, dessin&#233;s en 1943 et 1946, c'est v&#233;ritablement prendre un bain de jouvence et retrouver l'esprit d'une bande dessin&#233;e faite d'insouciance et de fantaisie, sans pr&#233;tention artistique, sans complexes ni esprit de s&#233;rieux, une bande dessin&#233;e o&#249; tout est juv&#233;nile et approximatif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jij&#233;, qui a commenc&#233; sa carri&#232;re d'auteur de bandes dessin&#233;es en 1936 dans &lt;i&gt;Le Crois&#233;&lt;/i&gt;, n'est plus &#224; proprement parler un d&#233;butant quand il signe ces pages. Il a d&#233;j&#224; de nombreux personnages &#224; son actif, dont Jean Valhardi et Blondin et Cirage (ces deux derniers faisant ici une apparition, page 60, sans que leurs noms soient mentionn&#233;s). Initialement tr&#232;s marqu&#233; par le mod&#232;le herg&#233;en, il a su s'en &#233;loigner progressivement. Dans &lt;i&gt;Spirou et l'aventure&lt;/i&gt;, le trait n'a plus rien d'herg&#233;en, et c'est plut&#244;t sur le mode de la r&#233;miniscence (inconsciente ?) que le souvenir de Tintin affleure par endroits, par exemple &#224; travers le personnage du ravisseur de Spip, qui ressemble beaucoup &#224; Ramon, le tueur sud-am&#233;ricain (lanceur de poignards) de &lt;i&gt;L'Oreille cass&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est frappant de constater que le dessin de Jij&#233; para&#238;t moins ma&#238;tris&#233; dans &lt;i&gt;Spirou&lt;/i&gt; que dans ses cr&#233;ations ant&#233;rieures, moins homog&#232;ne, plus brouillon, plus &#233;nerv&#233;. Comme si le fait d'avoir d&#251; reprendre les personnages imagin&#233;s par Rob-Vel, et se couler plus ou moins dans le style de celui-ci, l'obligeait &#224; forcer son talent. Ce qui &#233;tonne tout particuli&#232;rement le lecteur qui se repenche sur ces pages aujourd'hui, c'est la gesticulation souvent d&#233;sordonn&#233;e des personnages, dont les bras et jambes s'agitent fr&#233;quemment en tous sens, comme s'ils &#233;taient pris d'une danse de Saint Guy ! Et avec cela une gestion de l'espace hasardeuse, de curieuses ruptures dans l'&#233;chelle des plans (dans la derni&#232;re histoire, celle du &#171; Pilote rouge &#187;, tous les corps paraissent surdimensionn&#233;s dans des cadres trop petits pour eux), des raccords maladroits, des expressions forc&#233;es, un d&#233;coupage bancal imprimant &#224; la narration un faux rythme&#8230; On pourrait aller jusqu'&#224; dire que Jij&#233; semble avoir oubli&#233; les le&#231;ons du ma&#238;tre bruxellois, son sens de la simplicit&#233;, sa rigueur, et qu'il a abandonn&#233; toute pr&#233;tention de ma&#238;rtrise, au profit d'un dessin enti&#232;rement instinctif et pulsionnel.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_913 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH201/Spirou_et_l_aventure-57f8c.jpg' width='500' height='201' alt='JPEG - 49.8 ko' style='height:201px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Un Fantasio d&#233;sarticul&#233;, qui court litt&#233;ralement &#171; comme un fou &#187;.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Jij&#233; avait-il lu &lt;i&gt;Zig et Puce&lt;/i&gt;, dans les albums Hachette ? C'est assez vraisemblable. En tout cas, la premi&#232;re histoire, qui a pour th&#232;me un voyage dans le temps, successivement dans le pass&#233; puis dans l'avenir, peut difficilement, dans sa deuxi&#232;me partie, ne pas faire penser &#224; Z&lt;i&gt;ig et Puce au XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt; (1935). Comme chez Saint-Ogan, l'incursion dans des temps encore &#224; venir se r&#233;v&#232;le &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; n'avoir &#233;t&#233; qu'un r&#234;ve. Et si Zig et Puce d&#233;couvraient la tombe de leur cr&#233;ateur, cens&#233;ment mort centenaire en 1995, Spirou rencontre, lui, un Jij&#233; devenu s&#233;nile. (On notera que Jij&#233; se repr&#233;sente aussi dans l'&#233;pisode &#171; La Jeep de Fantasio &#187;, en artiste coiff&#233; d'un b&#233;ret, qui dessine sur le bas-c&#244;t&#233; de la route tandis que ses h&#233;ros passe devant lui sans lui pr&#234;ter attention.) La vision jij&#233;enne du monde du futur est celle qu'Yves Chaland citera plus particuli&#232;rement dans son &lt;i&gt;Adolphus Claar&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au temps de &lt;i&gt;Spirou et l'aventure&lt;/i&gt;, le groom est un h&#233;ros par d&#233;faut. Il ne brille par aucune qualit&#233; particuli&#232;re, ni de courage ni de d&#233;duction. Presque constamment &#224; la remorque de son ami gaffeur et fauteur de catastrophes, il se fait voler la vedette par Fantasio, mais &#233;galement par Spip, qui a souvent un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans la r&#233;solution de l'intrigue ; l'&#233;cureuil n'est pas loin d'appara&#238;tre comme le personnage le plus &#171; h&#233;ro&#239;que &#187; du trio.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec cette r&#233;&#233;dition, la preuve nous est donn&#233;e que c'est bien Franquin qui, le premier, fit des aventures de Spirou et Fantasio une s&#233;rie consistante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>l'ouverture, jusqu'o&#249; ?</title>
		<link>http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article287</link>
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		<dc:date>2010-12-04T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>universit&#233; et BD</dc:subject>
		<dc:subject>politique, propagande</dc:subject>

		<description>Je suis rentr&#233; il y a moins d'une semaine de Giessen, ville universitaire allemande situ&#233;e au nord de Francfort, &#224; une petite heure de train. Fond&#233;e en 2005, la Gesellschaft f&#252;r Comicforschung (&#171; soci&#233;t&#233; pour l'&#233;tude de la bande dessin&#233;e &#187; ; en abr&#233;g&#233; : ComFor), qui regroupe plusieurs dizaines de chercheurs, sp&#233;cialistes et passionn&#233;s de bande dessin&#233;e, y tenait son cinqui&#232;me colloque annuel, sur le th&#232;me &#171; Visualit&#233;, s&#233;quentialit&#233;, m&#233;dialit&#233; &#187;. J'avais &#233;t&#233; invit&#233; &#224; y faire une communication, ce qui (...)

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&lt;a href="http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?mot68" rel="tag"&gt;politique, propagande&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis rentr&#233; il y a moins d'une semaine de Giessen, ville universitaire allemande situ&#233;e au nord de Francfort, &#224; une petite heure de train. Fond&#233;e en 2005, la Gesellschaft f&#252;r Comicforschung (&#171; soci&#233;t&#233; pour l'&#233;tude de la bande dessin&#233;e &#187; ; en abr&#233;g&#233; : ComFor), qui regroupe plusieurs dizaines de chercheurs, sp&#233;cialistes et passionn&#233;s de bande dessin&#233;e, y tenait son cinqui&#232;me colloque annuel, sur le th&#232;me &#171; Visualit&#233;, s&#233;quentialit&#233;, m&#233;dialit&#233; &#187;. J'avais &#233;t&#233; invit&#233; &#224; y faire une communication, ce qui constituait une premi&#232;re ; jamais encore l'association n'avait invit&#233; un &#233;tranger &#224; participer &#224; ses rencontres. Ce nouvel esprit d'ouverture &#233;tait la cons&#233;quence de r&#233;centes p&#233;rip&#233;ties.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En effet, une scission est intervenue il y a peu entre l'un des fondateurs et principaux animateurs de la Gesellschaft, Eckart Sackmann, et une majorit&#233; de ses distingu&#233;s coll&#232;gues. Le premier cit&#233; d&#233;plorait que le groupe ne concentr&#226;t pas ses efforts sur le patrimoine de la seule bande dessin&#233;e allemande, et se d&#233;solait d'entendre de plus en plus souvent parler de mangas ou de &lt;i&gt;graphic novels&lt;/i&gt;. Minoritaire, Sackmann a quitt&#233; la Gesellschaft ; il n'en continue pas moins &#224; publier, &#224; l'enseigne des &#233;ditions Comicplus+, un volume annuel d'&#233;tudes sur la BD allemande ; le septi&#232;me de la collection, mill&#233;sim&#233; &lt;i&gt;Deutsche Comicforschung 2011&lt;/i&gt;, est d&#232;s &#224; pr&#233;sent disponible, et tout aussi passionnant que les pr&#233;c&#233;dents. Sackmann en a &#233;crit les deux tiers &#224; lui seul, s'affirmant comme le meilleur connaisseur de l'histoire de la bande dessin&#233;e germanique. Il anime &#233;galement le site &lt;a href=&quot;http://www.comicforschung.de/&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.comicforschung.de&lt;/a&gt; qui, pour l'heure, est plus riche de contenu que le site &lt;a href=&quot;http://www.comicgesellschaft.de/&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.comicgesellschaft.de&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_912 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L415xH600/Sackmann-642b8.jpg' width='415' height='600' alt='JPEG - 57.1 ko' style='height:600px;width:415px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Une bande dessin&#233;e anticolonialiste de Bruno Paul, exhum&#233;e par Sackmann dans &lt;i&gt;Deutsche Comicforschung 2011&lt;/i&gt; ; paru dans &lt;i&gt;Simplicissimus&lt;/i&gt; en 1904.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Cette dissidence me rappelle celle de Luc Dellisse nagu&#232;re, qui s'&#233;tait mis en cong&#233; de l'&#233;quipe des &lt;i&gt;Cahiers de la bande dessin&#233;e&lt;/i&gt; pour protester contre le fait que nous faisons, &#224; son gr&#233;, la part trop belle aux comics am&#233;ricains, qui ne m&#233;ritaient pas tant d'attention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;mo Forlani avait d&#233;j&#224; pouss&#233; un coup de gueule analogue, au temps lointain du Club des Bandes dessin&#233;es, protestant contre l'orientation privil&#233;gi&#233;e par Francis Lacassin, Alain Resnais et les autres animateurs du Club : &#171; La t&#234;te sur le billot, je maintiendrai que Peyo, Franquin et m&#234;me le pourtant pas tr&#232;s dr&#244;le Jij&#233; ont plus de talent que la plupart de ces vieux ma&#238;tres &lt;i&gt;made in USA&lt;/i&gt; dont les membres du club font leurs d&#233;lices &#187; (&lt;i&gt;Giff-Wiff&lt;/i&gt; n&#176; 10).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, l'histoire semble se r&#233;p&#233;ter. &#192; l'heure o&#249; la culture s'est mondialis&#233;e comme le reste, et o&#249; comics et mangas occupent des positions de force sur tous les march&#233;s de la bande dessin&#233;e en Europe, la question de l'importance respective donn&#233;e aux &#339;uvres de telle ou telle origine demeure sensible dans certains cercles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De bande dessin&#233;e allemande, il ne fut, de fait, gu&#232;re question au cours de la conf&#233;rence de Giessen, qui ne m'en a pas moins sembl&#233; de tr&#232;s bonne tenue, l'un de ses points forts ayant &#233;t&#233; l'interdisciplinarit&#233;, la participation de chercheurs intervenant &#224; partir de champs tr&#232;s diff&#233;rents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'intervention la plus controvers&#233;e, mais aussi l'une des plus passionnantes, fut celle du philosophe Lambert Wiesing, qui enseigne la th&#233;orie de l'image et la ph&#233;nom&#233;nologie &#224; l'universit&#233; d'I&#233;na. Son expos&#233; a mis en opposition deux conceptions philosophiques de l'image, l'une, s&#233;mioticienne, qui la consid&#232;re comme relevant de la cat&#233;gorie du &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt;, et donc comme constituant un langage, l'autre, ph&#233;nom&#233;nologique, qui l'inscrit dans la cat&#233;gorie du &lt;i&gt;visible&lt;/i&gt; ; dans cette deuxi&#232;me perspective, l'image nous offre une &lt;i&gt;pr&#233;sence&lt;/i&gt;, &#171; artificielle &#187;, des choses m&#234;mes qu'elle repr&#233;sente. En r&#233;sum&#233;, l'image se lit ou elle se voit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette opposition a des cons&#233;quences directes sur la perception de la bande dessin&#233;e, du point de vue philosophique. Pour les s&#233;mioticiens, elle se d&#233;finit en effet par la rencontre entre deux langages (le langage de l'&#233;crit et celui de l'image) ; pour les ph&#233;nom&#233;nologues, elle est le lieu d'une confrontation, sinon d'un conflit, entre deux constituants de natures fonci&#232;rement diff&#233;rentes, et le lecteur doit faire la synth&#232;se entre deux op&#233;rations elles aussi tr&#232;s diff&#233;rentes : lire et voir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Wiesing &#233;tait moins convaincant lorsqu'il cherchait &#224; d&#233;montrer que la bulle &#233;tait l'&#233;l&#233;ment central d'une d&#233;finition de la bande dessin&#233;e. Je n'entrerai pas ici dans les d&#233;tails de ce d&#233;bat complexe. Cependant, je donnerai raison au philosophe sur un point de m&#233;thode ; c'est tr&#232;s justement qu'il a rappel&#233; qu'on ne peut pas s'appuyer sur, mettons, &lt;i&gt;Prince Valiant&lt;/i&gt;, pour dire que la bande dessin&#233;e n'a pas n&#233;cessairement besoin de recourir aux bulles, parce que cela suppose que l'on tienne pour acquis que &lt;i&gt;Prince Valiant&lt;/i&gt; est une bande dessin&#233;e, donc que l'on ait d&#233;j&#224; une d&#233;finition du m&#233;dia ; or c'est pr&#233;cis&#233;ment cette d&#233;finition qu'il faut &#233;tablir, avant de d&#233;cider de l'extension du corpus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'eussent pens&#233; Kant et Hegel du &#171; neuvi&#232;me art &#187; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>radioscopie des dessinateurs belges</title>
		<link>http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?article286</link>
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		<dc:date>2010-11-29T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>monde de l'&#233;dition</dc:subject>

		<description>&#192; l'initiative de SMartBe, Association professionnelle des M&#233;tiers de la Cr&#233;ation, une vaste enqu&#234;te a &#233;t&#233; lanc&#233;e pour mieux cerner le profil des dessinateurs belges, auteurs de bandes dessin&#233;es ou illustrateurs par la jeunesse. Un questionnaire d&#233;taill&#233; a &#233;t&#233; adress&#233; &#224; 604 d'entre eux, dont 421 du c&#244;t&#233; francophone du pays ; le taux de r&#233;ponses a &#233;t&#233; de 45 %, et les r&#233;sultats de cette enqu&#234;te viennent d'&#234;tre rendus publics. Intitul&#233; Bande dessin&#233;e et illustration en Belgique : &#233;tat des lieux et situation (...)

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&lt;a href="http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?mot17" rel="tag"&gt;monde de l'&#233;dition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'initiative de SMartBe, Association professionnelle des M&#233;tiers de la Cr&#233;ation, une vaste enqu&#234;te a &#233;t&#233; lanc&#233;e pour mieux cerner le profil des dessinateurs belges, auteurs de bandes dessin&#233;es ou illustrateurs par la jeunesse. Un questionnaire d&#233;taill&#233; a &#233;t&#233; adress&#233; &#224; 604 d'entre eux, dont 421 du c&#244;t&#233; francophone du pays ; le taux de r&#233;ponses a &#233;t&#233; de 45 %, et les r&#233;sultats de cette enqu&#234;te viennent d'&#234;tre rendus publics.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Intitul&#233; &lt;i&gt;Bande dessin&#233;e et illustration en Belgique : &#233;tat des lieux et situation socio-&#233;conomique du secteur&lt;/i&gt;, le document (qui a &#233;t&#233; principalement r&#233;dig&#233; par Pascal Lef&#232;vre et Morgan di Salva, les deux experts associ&#233;s au projet) s'ouvre par une pr&#233;sentation des acteurs concern&#233;s par ce secteur d'activit&#233;s, et rappelle ce qu'il en est de la politique de soutien conduite et financ&#233;e par les pouvoirs publics. Une deuxi&#232;me partie est consacr&#233;e au d&#233;pouillement des r&#233;ponses au questionnaire. De ce document pr&#233;cieux et sans pr&#233;c&#233;dent, je vais extraire ci-apr&#232;s quelques informations et enseignements &#8211; qui ne concerneront que la Belgique francophone.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Commen&#231;ons par le montant des aides publiques (qui vont &#224; la cr&#233;ation, &#224; la diffusion et &#224; la promotion des &#339;uvres) : en 2009, la Communaut&#233; fran&#231;aise Wallonie-Bruxelles a d&#233;pens&#233; 133 000 &#8364; pour soutenir la bande dessin&#233;e, et 230 000 &#8364; pour soutenir l'illustration jeunesse. En ce qui concerne la s&#233;lection, parmi les projets soumis par les auteurs ou les &#233;diteurs, de ceux qui m&#233;ritent d'&#234;tre aid&#233;s, la volont&#233; est explicitement de favoriser la &#171; bande dessin&#233;e de cr&#233;ation &#187;, et celle-ci est d&#233;finie dans les termes suivants : &#171; le souci d'originalit&#233; et de recherche graphique, l'int&#233;grit&#233; du discours propos&#233;, l'originalit&#233; des th&#232;mes ou encore l'absence de concessions vis-&#224;-vis de contraintes &#233;ditoriales, au risque de ne pas plaire &#224; un large public &#187; (pour une d&#233;finition plus pr&#233;cise des r&#244;les et missions de la Commission BD, voir le site &lt;a href=&quot;http://www.lettresetlivre.cfwb.be/&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.lettresetlivre.cfwb.be&lt;/a&gt;). Sans surprise, ce sont donc les maisons d'&#233;ditions dites ind&#233;pendantes ou alternatives, telles que Fremok, La 5e Couche et L'Employ&#233; du Moi, qui s'adjugent l'essentiel des subventions. Il s'agit bien de subventions, non remboursables, et non d'avances de tr&#233;sorerie comme celles que consent, en France, le Centre national du Livre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rapport reconna&#238;t que Bruxelles n'est plus la capitale de la bande dessin&#233;e qu'elle fut jadis ; pourtant, et m&#234;me si les trois maisons d'&#233;dition &#171; classiques &#187; se sont toutes trois vendues &#224; des groupes &#233;trangers, Casterman, Dupuis et le Lombard figurent bien dans le catalogue des &#233;diteurs, dans la mesure o&#249; celui-ci recense tous les &#171; &#233;diteurs francophones implant&#233;s en Belgique &#187; et o&#249; ces trois maisons historiques y ont, en effet, conserv&#233; des bureaux (auxquels il convient d'ajouter ceux de Dargaud Benelux et de Gl&#233;nat Benelux).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ce qui concerne les &#233;l&#233;ments d'information fournis par les dessinateurs, ils &#233;clairent notamment la n&#233;cessit&#233; o&#249; la plupart se trouvent de cumuler des activit&#233;s multiples pour s'assurer de quoi vivre. Ainsi, 46,6 % des r&#233;pondants d&#233;clarent n'exercer leur activit&#233; artistique que de fa&#231;on intermittente (il est vrai que l'enqu&#234;te a cibl&#233;, dans une proportion de plus des deux tiers, des artistes qui soit travaillent pour de petits &#233;diteurs, soit s'auto&#233;ditent &#8211; ils seraient 20 % dans ce cas, ce qui conduit &#224; se demander si les auteurs de fanzines n'ont pas &#233;t&#233; abusivement amalgam&#233;s &#224; une &#233;tude cens&#233;e radiographier le milieu professionnel &#8211; soit exercent surtout leur activit&#233; dans la presse. Beaucoup sont en d&#233;but de carri&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux sources de revenus compl&#233;mentaires les plus fr&#233;quemment mentionn&#233;es, viennent en premier les travaux de commande dans des domaines p&#233;riph&#233;riques (publicit&#233;, communication visuelle), puis l'enseignement. Mais nombre de r&#233;pondants exercent aussi une activit&#233; &#224; temps partiel dans un domaine sans le moindre rapport avec le dessin. Et un quart des r&#233;pondants reconnaissent tirer quelque revenu de la vente de leurs originaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au final, l'enqu&#234;te r&#233;v&#233;lant que seuls 6 % des r&#233;pondants ont des revenus sup&#233;rieurs &#224; 2000 &#8364; nets mensuels, et que pr&#232;s de 20 % doivent se d&#233;brouiller avec moins de 500 &#8364; par mois, elle jette une lumi&#232;re crue mais n&#233;cessaire sur la situation de grande pr&#233;carit&#233; que conna&#238;t une partie, h&#233;las croissante, de la profession.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dernier enseignement que je retiendrai ici est que 28,2 % des r&#233;pondants exer&#231;ant leur activit&#233; dans le domaine de la bande dessin&#233;e sont du sexe f&#233;minin (la proportion montant, sans surprise, &#224; 61,5 % dans l'illustration jeunesse). C'est sensiblement plus que la proportion d'albums sign&#233;s d'un nom d'auteure, ce qui laisse supposer que la f&#233;minisation en marche de la bande dessin&#233;e est une tendance de fond, qui va aller s'acc&#233;l&#233;rant. Ce n'est certes pas moi qui m'en plaindrai, mon engagement de longue date en faveur de ce processus &#233;tant connu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il va sans dire que l'on se r&#233;jouirait de voir lancer une &#233;tude comparable sur la situation en France. Peut-&#234;tre les organisations repr&#233;sentatives des dessinateurs pourraient-elles saisir le minist&#232;re de la Culture de cette suggestion ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>quand d&#233;couvrirons-nous Norakuro ?</title>
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		<dc:date>2010-11-23T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>mangas</dc:subject>
		<dc:subject>politique, propagande</dc:subject>
		<dc:subject>Tagawa Suih&#244;</dc:subject>

		<description>La semaine derni&#232;re, &#224; l'occasion d'une journ&#233;e d'&#233;tudes sur la bande dessin&#233;e animali&#232;re, organis&#233;e par les &#233;tudiants du master bande dessin&#233;e pilot&#233; conjointement par l'&#201;cole sup&#233;rieure de l'image d'Angoul&#234;me et par l'universit&#233; de Poitiers, Henri Garric, enseignant &#224; l'&#201;cole normale sup&#233;rieure de Lyon, a fait une tr&#232;s remarquable communication sur La B&#234;te est morte, de Calvo. Il n'a pas manqu&#233; d'op&#233;rer, &#224; juste titre, le rapprochement, devenu rituel, avec l'&#339;uvre d'Art Spiegelman Maus, qui use, elle aussi, de la (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La semaine derni&#232;re, &#224; l'occasion d'une journ&#233;e d'&#233;tudes sur la bande dessin&#233;e animali&#232;re, organis&#233;e par les &#233;tudiants du master bande dessin&#233;e pilot&#233; conjointement par l'&#201;cole sup&#233;rieure de l'image d'Angoul&#234;me et par l'universit&#233; de Poitiers, Henri Garric, enseignant &#224; l'&#201;cole normale sup&#233;rieure de Lyon, a fait une tr&#232;s remarquable communication sur &lt;i&gt;La B&#234;te est morte&lt;/i&gt;, de Calvo. Il n'a pas manqu&#233; d'op&#233;rer, &#224; juste titre, le rapprochement, devenu rituel, avec l'&#339;uvre d'Art Spiegelman &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt;, qui use, elle aussi, de la m&#233;taphore animali&#232;re pour &#233;voquer la guerre, proc&#233;d&#233; qui permet de la distancier, de l'universaliser et, sans doute, de la d&#233;dramatiser. Il est dommage que les sp&#233;cialistes occidentaux ne connaissent pas &lt;i&gt;Norakuro&lt;/i&gt;, le chef-d'&#339;uvre de Suiho Tagawa (mort centenaire en 1989), qui avait inaugur&#233; ce &#171; genre &#187; (si c'en est un) d&#232;s les ann&#233;es 1930, et qui, si la culture bande dessin&#233;e &#233;tait ce qu'elle devrait &#233;tre, serait reconnu et c&#233;l&#233;br&#233; &#224; l'&#233;gal des deux ouvrages post&#233;rieurs. &#192; l'exception d'un chapitre traduit en anglais dans le n&#176; 6 de &lt;i&gt;Kramers Ergot&lt;/i&gt;, la revue de Sammy Harkham, &lt;i&gt;Norakuro&lt;/i&gt; n'existe malheureusement qu'en japonais. Du moins en ai-je retenu et comment&#233; une image pour 1&lt;i&gt;00 Cases de ma&#238;tres&lt;/i&gt;, un beau livre sur la bande dessin&#233;e comme art graphique, tout r&#233;cemment paru &#224; la Martini&#232;re &#8211; livre collectif dans lequel, je ne m'avise que maintenant de la co&#239;ncidence, c'est &#233;galement moi qui &#233;voque Calvo et &lt;i&gt;La B&#234;te est morte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_907 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH800/Norakuro_vol2-C-45f87.jpg' width='500' height='800' alt='JPEG - 131 ko' style='height:800px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Norakuro est un chien noir et blanc, orphelin, qui sert dans les rangs de l'arm&#233;e imp&#233;riale nippone (dite &#171; arm&#233;e des chiens f&#233;roces &#187;). Quelques mois apr&#232;s le lancement de la s&#233;rie &#233;clata l'incident de Mandchourie, qui allait conduire le Japon &#224; s'engager toujours plus avant en territoire chinois, jusqu'&#224; l'affrontement total &#224; partir de 1937. &lt;i&gt;Norakuro&lt;/i&gt; s'&#233;labora donc &#224; chaud, pendant les d&#233;veloppements du conflit sino-japonais, dont il rendit compte &#224; sa mani&#232;re, en mettant la guerre &#224; la port&#233;e d'un jeune public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les autres soldats nippons sont aussi des canid&#233;s mais ils ont le pelage enti&#232;rement blanc, tandis que les Chinois, eux, sont repr&#233;sent&#233;s comme des cochons, blancs eux aussi. (Tagawa repr&#233;sente aussi des singes et des grenouilles.) Norakuro est donc une tache noire que l'&#339;il rep&#232;re imm&#233;diatement au milieu des autres personnages (&lt;i&gt;kuro&lt;/i&gt; veut pr&#233;cis&#233;ment dire noir).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut observer quelques incoh&#233;rences dans le traitement de l'animalit&#233; par Tagawa. Norakuro agit, pense et se bat comme un homme ; mais quand il se baigne dans un ruisseau, il s'&#233;broue ensuite &#224; la mani&#232;re d'un chien. D'autre part, les militaires vont nus mais les civils, eux, portent g&#233;n&#233;ralement un pardessus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de &lt;i&gt;La B&#234;te est morte&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;Maus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Norakuro&lt;/i&gt; peut &#234;tre d&#233;fini comme une &#339;uvre de propagande. Il ne pouvait en aller autrement : le Japon &#233;tait en guerre, et la doctrine officielle affirmait la sup&#233;rieure de la &#171; race &#187; japonaise sur les autres, ainsi que la vocation du Japon et de son Empereur &#224; contr&#244;ler l'Asie enti&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Norakuro est toujours partant pour les missions les plus dangereuses, dont il se tire quelquefois au prix d'actions rocambolesques. Il n'attend que l'occasion de pouvoir &#171; se sacrifier pour son pays &#187;. Ses actes de bravoure lui valent de gravir, au fil des &#233;pisodes, plusieurs &#233;chelons dans la hi&#233;rarchie militaire, jusqu'au grade de capitaine.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_908 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L402xH600/Norakuro-5b051.jpg' width='402' height='600' alt='JPEG - 54.7 ko' style='height:600px;width:402px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Autant que je puisse en juger (n'ayant pu me faire traduire qu'un seul volume), la guerre selon Norakuro m'appara&#238;t largement comme une guerre pour rire. On n'y voit pas de sang, pas de mort. C'est en somme un th&#233;&#226;tre propice, sur lequel le h&#233;ros peut faire preuve de son esprit d'ing&#233;niosit&#233; (&#224; la mani&#232;re de nos Zig et Puce ou Bibi Fricotin).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#339;uvre rev&#234;t indiscutablement une dimension p&#233;dagogique : il s'agit d'expliquer la guerre et la strat&#233;gie militaire aux enfants. Le r&#244;le de l'intendance, des espions, les relations entre le front et l'arri&#232;re, la cha&#238;ne de commandement, tout est montr&#233;, racont&#233;. Ce qui nous vaut des r&#233;pliques parfois un peu pesamment didactiques, comme : &#171; Le r&#244;le de sentinelle est important : je dois rep&#233;rer tout suspect et l'emp&#234;cher d'avancer davantage. &#187; Vers la fin de la guerre, toutefois, Tagawa &#233;volua vers plus de r&#233;alisme et envoya Norakuro gravement bless&#233; se faire soigner pendant de longs mois dans un h&#244;pital de campagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Norakuro&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; dans &lt;i&gt;Sh&#244;nen Kurabu&lt;/i&gt;, la plus vendue des revues pour adolescents de l'&#233;poque, de janvier 1931 &#224; octobre 1940. Le premier recueil parut d&#232;s 1931, et les diff&#233;rents volumes de la s&#233;rie furent les plus grands succ&#232;s de librairie du manga pour enfants jusqu'&#224; la fin de la guerre, avec des ventes d&#233;passant les 100 000 exemplaires au titre. Tagawa ressuscita son personnage par la suite, une premi&#232;re fois en 1949 puis, de fa&#231;on continue, de 1961 &#224; 1980. Norakuro est alors rendu &#224; la vie civile et exerce diff&#233;rents m&#233;tiers, tels que policier ou sumo.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La derni&#232;re &#233;dition de librairie en date, r&#233;alis&#233;e par Kodansh&#226; en 1969, comprend dix volumes qui furent des &lt;i&gt;longsellers&lt;/i&gt; et se trouvent encore facilement chez les bouquinistes de Tokyo.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;100 Cases de ma&#238;tres&lt;/i&gt;, j'&#233;cris que je consid&#232;re Tagawa comme un ma&#238;tre coloriste et &#171; un admirable peintre de la nature. La mani&#232;re dont il repr&#233;sente les personnages d'animaux peut faire songer &#224; Jean de Brunhoff, dont le &lt;i&gt;Babar&lt;/i&gt; est cr&#233;&#233; la m&#234;me ann&#233;e, mais certains paysages &#233;voquent les d&#233;ambulations bucoliques de Walt Wallet et de son fils adoptif Skeezix chez Frank King (&lt;i&gt;Gasoline Alley&lt;/i&gt;), toujours &#224; la m&#234;me &#233;poque. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il existe &#224; Tokyo un petit mus&#233;e consacr&#233; &#224; Norakuro et son cr&#233;ateur, que j'ai eu l'occasion de visiter lors de mon r&#233;cent s&#233;jour. Mus&#233;e est un bien grand mot : il s'agit plut&#244;t d'une petite galerie permanente, au rez-de-chauss&#233;e d'un centre culturel de quartier, le Morishita Bunka Center (pr&#232;s du m&#233;tro Morishita). On y acc&#232;de par une rue commer&#231;ante enti&#232;rement pavois&#233;e aux couleurs de Norakuro. On peut y voir une reconstitution du bureau dans lequel travaillait l'artiste, quelques planches originales et aquarelles de sa main, des panneaux explicatifs, de nombreux exemples de produits d&#233;riv&#233;s et quelques &#233;pisodes de la s&#233;rie de dessins anim&#233;s r&#233;alis&#233;e dans les ann&#233;es 1970-80. J'ins&#232;re ci-apr&#232;s quelques-unes des photos que j'ai prises sur place.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_909 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH667/rue_Norakuro-c081d.jpg' width='500' height='667' alt='JPEG - 180 ko' style='height:667px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_910 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH375/bureau_Tagawa-baae3.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 86.9 ko' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_911 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH375/produits_derives-ea0cf.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 95.8 ko' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>un peu de m&#233;moire retrouv&#233;e</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>monde de l'&#233;dition</dc:subject>
		<dc:subject>Caniff Milton</dc:subject>

		<description>La bande dessin&#233;e est-elle un &#171; art sans m&#233;moire &#187;, comme le sugg&#233;rait, en juin dernier, un colloque organis&#233; par Beno&#238;t Berthou, auquel j'ai beaucoup regrett&#233; de ne pouvoir assister &#8211; et comme je l'avais moi-m&#234;me &#233;crit dans Un objet culturel non identifi&#233; (page 67) en 2006 ? Il semble bien que oui. Sans doute, des r&#233;&#233;ditions sont propos&#233;es par plusieurs maisons d'&#233;dition (particuli&#232;rement par Dupuis, qui plus que d'autres, a &#224; c&#339;ur de valoriser son fonds, il est vrai exceptionnel), mais on peut se demander si (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La bande dessin&#233;e est-elle un &#171; art sans m&#233;moire &#187;, comme le sugg&#233;rait, en juin dernier, un colloque organis&#233; par Beno&#238;t Berthou, auquel j'ai beaucoup regrett&#233; de ne pouvoir assister &#8211; et comme je l'avais moi-m&#234;me &#233;crit dans&lt;i&gt; Un objet culturel non identifi&#233;&lt;/i&gt; (page 67) en 2006 ? Il semble bien que oui. Sans doute, des r&#233;&#233;ditions sont propos&#233;es par plusieurs maisons d'&#233;dition (particuli&#232;rement par Dupuis, qui plus que d'autres, a &#224; c&#339;ur de valoriser son fonds, il est vrai exceptionnel), mais on peut se demander si elles ne sont pas achet&#233;es en priorit&#233; par des lecteurs qui, pour les avoir lues et aim&#233;es autrefois, avaient d&#233;j&#224; une connaissance pr&#233;alable des &#339;uvres ainsi ramen&#233;es en lumi&#232;re. Les r&#233;&#233;ditions semblent sceller des retrouvailles entre des &#339;uvres et un public d&#233;j&#224; acquis, davantage qu'elles ne font d&#233;couvrir &#224; un public jeune et nouveau l'histoire du m&#233;dia qu'ils pr&#233;tendent aimer. Je suis frapp&#233; par l'incuriosit&#233; des nouvelles g&#233;n&#233;rations de lecteurs pour le pass&#233; de la bande dessin&#233;e, et par l'obsolescence de plus en plus rapide des cr&#233;ations, qui passent d&#233;sormais en tr&#232;s peu d'ann&#233;es du statut de nouveaut&#233; &#224; celui de vieillerie d&#233;j&#224; patrimoniale n'int&#233;ressant que les sp&#233;cialistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enseignant l'histoire de la bande dessin&#233;e aux &#233;tudiants de l'&#201;cole de l'image &#224; Angoul&#234;me, je suis bien plac&#233; pour observer que les noms de certains g&#233;ants de l'histoire du neuvi&#232;me art ne disent plus rien &#224; personne. Parmi ceux-ci, celui de Milton Caniff.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne saurait donc assez f&#233;liciter les &#233;ditions Bdartist(e) &#8211; un nom qu'elles me permettront de ne pas trouver tr&#232;s heureux &#8211; d'entreprendre de nous donner, dans une nouvelle traduction sign&#233;e Michel Pagel, une version fran&#231;aise de l'int&#233;grale de &lt;i&gt;Terry et les pirates&lt;/i&gt; publi&#233;e aux &#201;tats-Unis par IDW Publishing.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_906 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://neuviemeart.citebd.org/local/cache-vignettes/L500xH568/Terry-61b65.jpg' width='500' height='568' alt='JPEG - 137 ko' style='height:568px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;&lt;i&gt;Terry et les pirates&lt;/i&gt;, strip du 21 mars 1936 - &#169; Tribune Media Services, Inc.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Le destin &#233;ditorial de Caniff en France est un cas d'&#233;cole. Comme le rappelle le &lt;i&gt;BDM&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Terry et les pirates&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; dans plusieurs des illustr&#233;s de la p&#233;riode que les b&#233;d&#233;philes baptiseront &#171; &#194;ge d'Or &#187; (&lt;i&gt;Junior&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'As&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Aventureux&lt;/i&gt;, plus tard &lt;i&gt;Donald&lt;/i&gt;), puis dans des revues sp&#233;cialis&#233;es relativement confidentielles comme &lt;i&gt;Comics 130&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;R&#233;tro BD&lt;/i&gt;. Mais il fallut attendre les ann&#233;es 1980 pour que les &#233;ditions Slatkine, en Suisse, fissent para&#238;tre une premi&#232;re &#233;dition en albums, en quatre volumes. La SOCERLID de Moliterni et Couperie en assurait la &#171; conception graphique &#187; (l'appareil critique, lui, &#233;tait r&#233;duit &#224; sa plus simple expression) ; elle avait tout de m&#234;me mis une quinzaine d'ann&#233;es &#224; incarner dans un projet &#233;ditorial l'admiration qu'elle professait pour Caniff, auquel elle avait consacr&#233; une exposition &#224; Paris d&#232;s la fin 1966, assortie d'un dossier dans &lt;i&gt;Ph&#233;nix&lt;/i&gt; n&#176; 1. Suivirent six volumes dans la collection &#171; Copyright &#187;, chez Futuropolis, entre 1985 et 1989, le m&#234;me &#233;diteur ayant en outre traduit, d&#232;s 1984, la monographie de Rick Marschall et John Paul Adams intitul&#233;e &lt;i&gt;La Bande dessin&#233;e selon Milton Caniff&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre que la qualit&#233; de reproduction des strips &#233;tait tr&#232;s in&#233;gale, tant dans l'&#233;dition Slatkine que dans l'&#233;dition Futuropolis : trames souvent bouch&#233;es, trait quelquefois &#171; mang&#233; &#187;. Slatkine ne mentionnait m&#234;me pas l'identit&#233; du traducteur, et l'on cherchait en vain une information sur l'ann&#233;e de la parution originelle de l'&#233;pisode retenu pour le premier volume.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, les deux &#233;ditions, o&#249; &lt;i&gt;daily strips&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;sunday pages&lt;/i&gt; alternaient dans l'ordre de leur succession logique (feuilletonesque), avaient le d&#233;faut d'&#234;tre enti&#232;rement en noir et blanc. L'esth&#233;tique du noir et blanc &#233;tait, on le sait, valoris&#233;e par l'&#233;quipe de la SOCERLID, tant au travers de ses publications que d'expositions comme &lt;i&gt;Bande dessin&#233;e et figuration narrative&lt;/i&gt;, en 1967. De ce qui leur &#233;tait donn&#233; &#224; voir, les lecteurs de ma g&#233;n&#233;ration avaient &#233;t&#233; conduits &#224; penser que les &lt;i&gt;newspaper strips&lt;/i&gt; &#233;taient int&#233;gralement, et de toute &#233;ternit&#233;, en noir et blanc. Ce fut pour moi un choc quand je d&#233;couvris, plus tard, que les &lt;i&gt;sunday pages&lt;/i&gt; de Caniff, ce ma&#238;tre du clair-obscur, surnomm&#233; &#171; le Rembrandt du comic strip &#187;, &#233;taient en r&#233;alit&#233; con&#231;us pour para&#238;tre en couleurs dans les suppl&#233;ments dominicaux des journaux. (La premi&#232;re &#233;dition fran&#231;aise de &lt;i&gt;Terry&lt;/i&gt; en couleurs fut publi&#233;e chez Zenda en 1990 et 1991 ; ces deux volumes adaptaient une &#233;dition con&#231;ue par Rick Marschall pour Remco Books.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parall&#232;lement au travail de Futuropolis, de somptueux volumes de &lt;i&gt;Steve Canyon&lt;/i&gt;, l'autre cr&#233;ation majeure de Caniff, parurent aussi dans la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 1980, &#224; l'initiative des &#233;ditions Gilou, alli&#233;es pour la circonstance &#224; Gl&#233;nat. Et du c&#244;t&#233; de Bruxelles, une intense activit&#233; s'&#233;tait d&#233;ploy&#233;e fin 1985, avec plusieurs &#233;v&#233;nements concomittants : expositions d'originaux du ma&#238;tre &#224; la Galerie Wittamer, dossier Caniff dans les &lt;i&gt;Cahiers de la bande dessin&#233;e&lt;/i&gt; n&#176; 66, publication par Thierry Smolderen de l'ouvrage &lt;i&gt;Images de Chine&lt;/i&gt; chez Schlirf-Book (dans le cadre de la pr&#233;paration du num&#233;ro des &lt;i&gt;Cahiers&lt;/i&gt;, Thierry et moi avions eu le bonheur de rencontrer Caniff dans son atelier, &#224; New York, moins de trois ans avant sa disparition).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aucun autre dessinateur am&#233;ricain n'avait, je crois, b&#233;n&#233;fici&#233; &#224; cette date d'une telle attention ni d'une telle ferveur, et l'on pouvait penser que toutes ces initiatives conjugu&#233;es suffiraient &#224; asseoir d&#233;finitivement le statut de Caniff comme g&#233;ant de la bande dessin&#233;e et &#224; installer son &#339;uvre au rang de classique. H&#233;las, une g&#233;n&#233;ration plus tard, il est manifeste que tout est &#224; refaire. Les classiques, dans la bande dessin&#233;e, sont prompts &#224; dispara&#238;tre des catalogues et, partant, des m&#233;moires, et ce processus d'effacement se produit d'autant plus facilement que les &#233;diteurs concern&#233;s (Gilou, Schlirf-Book ou Zenda) quittent eux-m&#234;mes pr&#233;matur&#233;ment la sc&#232;ne. C'est pourquoi l'&#233;dition qu'entreprend Bdartist(e), qui doit, &#224; terme, comporter six volumes, est &#224; saluer comme un &#233;v&#233;nement &#8211; tout comme fit &#233;v&#233;nement, en 2007, &lt;i&gt;Meanwhile&#8230;&lt;/i&gt;, la monumentale biographie de Caniff par Robert C. Harvey publi&#233;e chez Fantagraphics.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bdartist(e) est une galerie parisienne, sise rue Condorcet, dirig&#233;e par Jean-Baptiste Barbier et Antoine Mathon. Elle signe ici sa premi&#232;re r&#233;alisation &#233;ditoriale d'importance. Les &lt;i&gt;sundays&lt;/i&gt; sont reproduits en couleurs, et la r&#233;alisation technique du livre est irr&#233;prochable. Il serait criminel de ne pas saisir cette magnifique occasion de (re)faire connaissance avec des personnages aussi inoubliables que Burma ou Dragon Lady.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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