Formes et enjeux de la bande dessinée non-linéaire - neuviemeart2.0 

accueil > recherche > thèses et mémoires > Formes et enjeux de la bande dessinée non-linéaire

la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image

Formes et enjeux de la bande dessinée non-linéaire

mémoire par Léonie Koelsch

sous la direction de Stanislas, Martin dit Finzo

DNSEP didactique Visuelle (2016-2017) - Haute Ecole des Arts du Rhin

Strasbourg - France

Mon mémoire traite du domaine de la bande dessinée non-linéaire, c’est-à-dire d’un type de bande dessinée où le/la lecteur·rice peut effectuer plusieurs lectures différentes au sein d’un même récit et parfois agir sur le déroulement de l’histoire.

mots-clés : non-linéaire ; narration ; récit ; lecture ; jeu ; McCloud, Scott

Il y a quelques années, alors que je feuilletais des livres sur l’un des nombreux stands du festival d’Angoulême, une bande dessinée avait particulièrement retenu mon attention. En effet, son histoire n’était pas encore tracée et les lecteurs et lectrices étaient invitées à la manipuler pour construire leur propre récit. Ce dispositif m’avait séduite car il permettait d’agir sur le déroulement des évènements en effectuant une multitude de cheminements possibles. Cette découverte en a précédé de nombreuses autres qui avaient toutes pour point commun la volonté de s’éloigner de la linéarité de la majorité des récits. L’emploi du récit linéaire est depuis longtemps la manière la plus répandue de réaliser une bande dessinée : je pense que je ne prendrais pas beaucoup de risques en affirmant que c’est le cas dans d’autres formes d’art telles que la littérature ou encore le cinéma. Quelles formes prennent les bandes dessinées non-linéaires et comment s’éloignent-elles de la linéarité ? Quels en sont les enjeux ? Mon étude démarrera à partir des années 1990 et portera exclusivement sur des œuvres francophones éditées en Europe de l’Ouest. Je me suis tout d’abord appuyée sur les écrits de Gérard Genette et Thierry Groensteen afin de déterminer la différence entre un récit linéaire ou non-linéaire, en me demandant si la linéarité était liée à l’ordre chronologique des évènements. En effet, on constate que la plupart des récits ne relatent pas les évènements en suivant l’ordre dans lequel ils se sont produits. Pour autant, il me semble que ces critères ne suffisent pas à les décréter comme non-linéaires. Après avoir déterminé ceci, j’ai commencé à m’intéresser à ce qui caractérisait un récit non-linéaire en bande dessinée, et quels avaient pu être les acteurs et actrices qui avaient favorisé son essor. J’ai constaté que les bandes dessinées non-linéaires semblaient majoritairement interroger les codes classiques de la bande dessinée et repousser ses frontières. En effet, de nombreux principes narratifs utilisés par les auteurs et autrices modifient le support de ces bandes dessinées, les éloignant de la forme traditionnelle du livre. Agir sur le format est parfois une condition indissociable de la création de récits non-linéaires. Cette modification de leur structure physique s’accompagne souvent d’un bouleversement de nos expériences de lecture, en jouant avec les codes pour explorer d’autres façons de parcourir les cases : lecture de droite à gauche, bifurcations, histoire à construire, etc. D’autre part, ces œuvres encouragent souvent une manipulation particulière, différente de celle habituellement performée (à savoir ouvrir le livre et tourner ses pages) : plusieurs lectures sont parfois possibles et ce n’est qu’en effectuant des gestes particuliers que l’on pourra les révéler. Par ailleurs, j’ai également remarqué que les bandes dessinées non-linéaires avaient parfois tendance à se rapprocher du domaine du jeu, en inventant ou en transposant des règles déjà établies, pour devenir des objets polymorphes aux usages hybrides. La remise en question des codes propres à la bande dessinée questionne le statut du lectorat et des auteur·rices par rapport à ce type d’œuvres. En effet, le lectorat dispose d’une plus grande liberté pour se les approprier et sa participation est indispensable à leur déroulement. Néanmoins, ils peuvent détourner les règles énoncées pour inventer d’autres usages : l’artiste n’a finalement qu’un contrôle minime sur la façon dont va être appropriée son œuvre. Enfin, il me semble que l’élaboration de bandes dessinées non-linéaires permet de favoriser l’écriture d’un certain type de récits, de manière différente d’une bande dessinée linéaire. En effet, la bande dessinée non-linéaire me semble particulièrement appropriée pour traduire la multiplicité des possibilités du destin, démontrer la pluralité ou la subjectivité des points de vue de différents personnages ou encore montrer leurs interactions. De plus, elle peut favoriser les effets de surprises et/ou permettre de reconstituer les fragments d’un évènement.