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l’hommage de Samivel

Auteur de trois albums de bande dessinée méconnus (Parade des Diplodocus en 1933, Les Blagueurs de Bagdad en 1938 et Bonhommes de Neige en 1947), l’écrivain, dessinateur et explorateur Samivel, dont les affinités avec Töpffer étaient grandes, avait publié dans Minerve, le 26 juillet 1947, un texte intitulé « Le centenaire d’un prince de l’humour, Rodolphe Töpffer ».

Après avoir évoqué les Voyages en zigzag, Samivel écrivait :
« ... [Töpffer] gribouille aussi par-ci, par-là, des "bonhommes", d’une main distraite. Et voici qu’un beau jour, l’un de ces "bonhommes" s’agite, devient encombrant, exige impérieusement de vivre. Töpffer se laisser forcer la main. Le bonhomme se répand dans une série de dessins "à suite" qu’expliquent quelques légendes. Les idées s’enfilent comme des perles, les aventures bouffonnes arrivent à la queue leu leu, et, quelques semaines plus tard, la pile des cahiers manuscrits qui s’accumulent sur la table du salon de la pension, pour la plus grande joie des visiteurs, s’enrichit d’une nouvelle unité : c’est Le Docteur Festus, le premier album d’une série célèbre [1]...

(...) Si le mot n’avait pas, actuellement, traîné partout, nous dirions volontiers de Töpffer qu’il a manifesté, dans ses albums humoristiques, un tempérament de surréaliste avant la lettre. Au regard du bon sens bourgeois, rien de plus fou que l’enchaînement de ces aventures, rien aussi de plus libérateur, rien de plus secrètement ironique. Car, sous les paillettes d’une fantaisie débridée, c’est la "société" de son temps et des ridicules éternels que Töpffer exécute en deux traits et trois mouvements. Rhéteurs de tout poil, pédants, snobs, docteurs, phrénologues (en ce temps, les psychanalystes étaient phrénologues), juges, "force armée" et le reste, en prennent, comme dit l’autre, pour leur grade, et les flèches töpffériennes, après cent ans, ne sont nullement émoussées.

Le dessin de Töpffer est caractéristique et il fut imité. À la fois assuré et tremblotant, il émerge d’un gribouillis de traits de plume jetés sur le papier avec une hâte nerveuse, d’ailleurs bourré de trouvailles graphiques.
Il faut encore noter, chez Töpffer, un sens du rythme qui en fait, à notre avis, un remarquable précurseur des dessins animés. En un sens, sa vision est cinématographique, c’est-à-dire qu’il introduit la notion de temps dans ses suites d’images, soit en usant habilement de la répétition et de la simultanéité, soit en proportionnant très exactement les dimensions de chaque composition à leur importance ou à la rapidité de l’action... »

(Texte repris dans Neuvième Art No.1, janvier 1996, avec l’aimable permission de Mme Guylaine Nové-Josserand.)


[1Samivel se trompe en donnant Festus comme le premier album de Töpffer. Celui-ci dessina en premier lieu Les Amours de Mr Vieux Bois, et son premier album publié fut Mr Jabot.

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