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david b.

hommage : l’ascension du haut mal vue par olivier deprez

commenté par Christian Rosset

En janvier 2010, le musée de la bande dessinée présentait l’exposition Cent pour Cent : à l’invitation de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, une centaine d’auteurs du monde entier rendaient hommage, par une planche inédite, à une planche originale choisie dans les collections du musée d’Angoulême. Olivier Deprez avait porté son regard sur une planche de L’Ascension du haut mal de David B. Son hommage est commenté par Christian Rosset.

David B. L'Ascension du Haut Mal, tome IV, planche 31.
L’Ascension du Haut Mal, en six volumes et quelques prolongations, est l’une des autobiographies dessinées les plus saisissantes du 9ème art. Elle conte l’histoire de la famille de Pierre-François Beauchard, dit David B., à partir de 1964 au moment où se déclare l’épilepsie de son frère aîné, Jean-Christophe. La puissance de contamination de cette maladie – que personne n’attrape mais qui agit en permanence sur l’espace-temps familial – se traduit en premier lieu par le trait, l’auteur pouvant affirmer dès le premier tome : « Le dessin, c’est mon épilepsie à moi. » Cette longue série de variations, en recherche de formation dans tous les sens du terme, expérimentant une ascension rêvée de son medium – la bande dessinée –, conduit l’auteur à se dépasser continuellement dans l’art et la manière d’investir la surface de la page, de la saturer de signes, de détails, de l’encrer, laissant ainsi proliférer la morbidité, la folie que cette situation ne cesse d’alimenter, tout en retenant ce flux violent par une science accomplie de la construction.
Olivier Deprez<br>Gravure sur bois, 535 × 383 mm
Rien de plus noir que l’encre d’imprimerie – dont on use pour tirer des gravures –, qui colle à la peau et diffuse une odeur tenace. Rien de plus noir que la chevelure des courtisanes japonaises dans les estampes d’Utamaro. Force des bois gravés de Vallotton, des expressionnistes allemands, où le blanc obtenu par creusement est lumineux en diable. Olivier Deprez [1], un des fondateurs du collectif Fréon à Bruxelles au début des années 1990, a adapté Le Château de Franz Kafka dans un livre en bande dessinée entièrement réalisé selon cette technique de gravure. Il cite par ailleurs le Carré noir de Malevitch comme influence ou plutôt comme obsession : comment atteindre, dans son propre medium, l’intensité poétique et visuelle de ce tableau ? Son hommage à David B. ne procède en rien par imitation, chacun gardant sa manière de traduire l’effroi. Mais on soupçonne que ce qui les lie a peu à voir avec ce que l’on entend par modernité. Il faut donc, si l’on désire comprendre en quoi ces deux planches entrent en résonance, révéler la part archaïsante de leur recherche.

Christian Rosset

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[1Olivier Deprez, né en 1966, Belgique
Peintre, graveur, dessinateur, écrivain, enseignant, Olivier Deprez entretient un rapport fort et constant avec la littérature (James Joyce, Dante, Kafka…) qu’il illustre parfois en gravure sur bois. Membre fondateur des éditions Fréon et du collectif Frémok, il s’emploie à amalgamer le dessin et la narration à d’autres pratiques (théâtrales, plastiques). Certains de ses livres (BlackBookBlack) portent magistralement témoignage de ces expériences « transfrontalières ».

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