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Uderzo, Albert

astérix : le bouclier arverne

par Thierry Groensteen

planche 31 | scénario de René Goscinny | 49,4 x 41,1 cm | encre de Chine et gouache blanche sur papier |paru dans Pilote No.414, le 28 septembre 1967| album Dargaud 1968 | Inv. 91.15.1

[octobre 2012]

Cette planche de réconciliation après une bouderie célèbre l’indéfectible amitié qui unit les deux inséparables Gaulois. Le motif de leur dispute est qu’Astérix a contraint ce gourmand d’Obélix à jeuner, sous prétexte d’enquête dans un établissement thermal. Or l’individu qu’ils recherchent est justement devenu le patron d’une auberge appelée “Le sanglier au vin”. Obélix a « craqué ».

La scène met en évidence toute la finesse psychologique de Goscinny, ainsi que le génie des attitudes et de la mise en scène d’Uderzo. La manière dont le lecteur est impliqué dans l’action est ici particulièrement remarquable. Ainsi, dans la première image, nos deux amis s’ignorent mutuellement mais ils NOUS tournent aussi le dos, à nous lecteurs, comme si nous étions la cible de leur mauvaise humeur. Nous la ressentons avec d’autant plus de force. Idéfix, à mi-distance, est interloqué. Tandis que, dans la deuxième bande, le rapprochement en cours est déjà matérialisé par le rétrécissement apparent de la chaussée romaine. Les expressions « gros têtu » et « petit monsieur » sont des allusions un peu perfides au physique de l’un et de l’autre personnages, mais les épithètes sont comme neutralisées par les mots qui leur sont accolés, de sorte que ni l’un ni l’autre ne croit bon de les relever.

Astérix occupe seul une case muette située au centre, et le regard qu’il adresse en copain à Obélix semble aussi nous être destiné : comme si le petit gaulois, qui connaît son Obélix par cœur, nous disait : « vous verrez, ça ne va pas durer ». La prise à partie est encore plus nette dans la case qui occupe le coin inférieur gauche de la planche, où Idéfix nous dit clairement ce qu’il pense de tout ça. Enfin, dans la case terminale, le geste d’Obélix est à double sens : il souligne son attitude conciliante, mais semble exprimer aussi qu’avec Astérix, ils sont désormais unis comme les cinq doigts de la main.

La silhouette rebondie d’Obélix n’est pas, a priori, de celles qui se prêtent aux acrobaties. Elle n’en est pas moins, sous le crayon inspiré d’Uderzo, d’une remarquable expressivité. Dès la première case, le port de tête hautain, le pied levé un peu plus haut qu’à l’accoutumée : il n’en faut pas davantage pour nous faire partager l’humeur du fabricant de menhirs. Dans la cinquième, la honte d’avoir failli à son ami lui fait monter le rouge au front, et la gêne qu’on lui voit rappelle son attitude devant Falbala dans l’album précédent (Astérix légionnaire). Comme si, à leur manière, ces deux-là, Astérix et Obélix, s’aimaient d’amour.

Quand les « gros nez » s’évadent des formes courtes (stop-comic ou gag en une planche) pour vivre des aventures au long cours, le comique ne suffit plus à soutenir l’intérêt ; il vient se surimposer à une intrigue qui comporte nécessairement un ressort dramatique. La plupart des histoires peuvent être contées sur le mode sérieux, « réaliste », ou sur le mode comique, qui en est en quelque sorte le double parodique ; c’est affaire de traitement. Dans une aventure héroï-comique comme celles d’Astérix, l’humour vient assaisonner les péripéties, il s’entrelace au drame mais ne s’y substitue pas. Il intervient tantôt sur le mode bref et clownesque du gag, tantôt à la faveur d’une pause dans le récit, dont cette page (qui pourrait figurer dans n’importe quel album de la série) est un parfait exemple.

Thierry Groensteen

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