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Poïvet, Raymond

les pionniers de l’espérance : les créatures de chahawa

par Jean-Pierre Mercier

planche 15 | scénario de Roger Lécureux | paru en 1971 dans Pif No.128 |stylo-bille et feutre noir sur papier| Inv. 93.5.10

[octobre 2012]

Cette page est la quinzième d’un épisode tardif de la série de science-fiction Les Pionniers de l’Espérance, paru en 1971 dans l’hebdomadaire Pif. On sait que cette saga, qui s’est déployée de 1948 à 1973, a connu deux grandes époques. La première, lorsque Pif s’appelait encore Vaillant, voit les épisodes paraître au rythme d’une page par semaine, dans des formats avoisinant le A3. Dans la seconde, qui débute en 1965, les histoires sont publiées d’un seul tenant, dans des numéros d’un format de moitié inférieur à celui de la première époque.

Au début, les auteurs travaillent thématiquement et graphiquement une forme feuilletonesque, dans le prolongement des classiques américains que sont Brick Bradford et surtout Flash Gordon, privilégiant une approche « illustrative » assez hiératique. Metteur en scène du récit, Poïvet joue alors sur la régularité des découpages et l’absence de bulles de dialogues au profit d’un texte en récitatif.
Dans la seconde période, les histoires paraissent en une seule livraison de douze pages. Le découpage se fait plus fluide, les bulles apparaissent et le traitement graphique tend vers l’épure.
Le format réduit des pages imprimées empêche sans doute les « morceaux de bravoure » graphiques à la Alex Raymond, mais il faut également imputer cette évolution à la découverte et l’usage par Raymond Poïvet de nouveaux outils graphiques. En effet, quelque part au milieu des années 1960, Poïvet adopte le feutre puis le stylo-bille, dont il va bientôt faire un usage à la fois mixte et exclusif.
On retrouve feutre et stylo-bille dans cette page, en particulier dans la troisième vignette représentant Tangha, le héros de la série. L’usage combiné des deux outils confère du dynamisme au gros plan du visage sculpté par une lumière latérale.

En parallèle à la représentation explicite d’un moment du récit (Tangha et son acolyte trouvent le moyen d’entrer dans le laboratoire où un savant ravagé par les mauvais instincts s’apprête à mener une dangereuse expérience sur Maud, membre de l’équipe des Pionniers), cette planche raconte à sa façon la lutte entre le bien et le mal, soit d’un côté la netteté orthogonale du laboratoire, où la blancheur domine, traité en lignes et angles droits, et de l’autre les lignes courbes de Tangha et son compagnon, porteurs d’amples capes ondulant d’une multitude de plis, et détenteurs d’une arme de poing très « western » qui fait un énorme trou noir dans ce décor froid et parfait. On peut d’ailleurs s’amuser à regarder la prolifération progressive des formes circulaires dans cette page : du petit cercle de la cellule photoélectrique dans la première case à la multitude de cercles qui représentent manomètres, voyants et écrans dans la dernière, en passant par le trou béant qui apparaît au milieu de la page.

Tout en se mettant au service d’un récit d’action somme toute classique, tout se passe comme si Poïvet s’amusait à « faire des trous » dans la trame du récit fourni par son scénariste, en inversant les valeurs traditionnellement attachées au noir et au blanc : ici c’est le noir (de la chevelure de Tangha, du trou dans la porte) qui représente le bien envahissant le blanc aveuglant d’un laboratoire maléfique.

Jean-Pierre Mercier

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