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Calvo, Edmond François

moustache et trottinette

par Vincent Baudoux

Premier épisode | planche 9 | 1953 | 16,7 x 28,2 cm | encre de Chine sur papier | Inv.90.36.1

[janvier 2006]

Comment représenter une scène qui se passe la nuit, dans le noir, lorsque Trottinette quitte la chambre de Clotilde et s’aventure dans les couloirs qui mènent chez les siens ?

Calvo utilise l’astuce du rayon de lune, un cercle de lumière comme le serait un spot de poursuite au théâtre, car il permet de figurer le piège et la souris comme s’ils étaient sur fond blanc. Dans ce cadre ovale en constante mouvance, Trottinette se dessine alors « normalement », avec un serti blanc autour des oreilles ou de la queue noire lorsque celles-ci se trouvent dans l’ombre. L’habituel contour noir se double de son négatif blanc, et, tout autour, c’est la nuit. Une solution rapide aurait permis à Calvo d’encrer sa planche au pinceau, en larges flaques d’encre de Chine. Or il a choisi la plume, accumulant les traits, les croisant jusqu’à l’obtention d’une trame conforme aux textures des briques ou des moellons de pierre. Pour les zones en demi-teintes, Calvo superpose des trames noires, parfois griffées de blanc comme dans la technique de la carte à gratter. Le dessinateur agit ici par variation de rythmiques, changements de direction, de densité, étalant toute la gamme des lumières crues jusqu’aux noirs les plus opaques. Cela donne des vibrations d’où sourdent les traits blancs, comme une lumière qui viendrait d’en dessous, comme une pluie d’étoiles filantes dans la nuit. On est ailleurs, dans l’espace. On rêve.

Parmi les pierres glacées du château, on est le cœur et les yeux dans les étoiles. Voilà pourquoi, par le biais de ces nuances, on prend plaisir à revenir à cette planche, sans jamais s’y ennuyer, chaque nouvelle lecture apportant son lot de découvertes.

Quant au travail des ombres portées, le dessin des espaces entre les dalles sur le sol vaut lui aussi que l’on y jette un coup d’œil, car il est parfois pleinement noir, ou blanc, figuré de deux lignes minces parallèles, noires ou blanches, et ailleurs passant en revue toutes les formules intermédiaires. On retrouve ainsi l’invention continuelle des signes graphiques en vue de dynamiser le regard porté sur la planche. Il s’agit certes de petites choses, mais l’œil perçoit ces incessants changements de rythmiques visuelles. Autre exemple, le petit caillou (?) que le hasard a posé à côté du piège, et que Trottinette utilise pour le déclencher. S’il reste reconnaissable, globalement, il change néanmoins d’ombre et de forme à chaque apparition. Lorsqu’il apparaît, à la vignette cinq, il se situe à l’arrière-droit du piège, quasiment au centre de la dalle. À l’image suivante, il se trouve à l’arrière-gauche, posé sur le creux qui démarque deux dalles. Et deux cases plus loin (la huitième), il aura pivoté d’un demi-tour, pour revenir à sa position initiale à la case suivante. Voici donc un petit caillou qui se tord, et dont l’ombre change à chaque point de vue. Tout Calvo s’y trouve.

Vincent Baudoux

Cet article est paru dans le numéro 12 de 9ème Art en janvier 2006.

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