lady s., la caution des larmes comme permis de tuer, merci monsieur van (...) - neuviemeart2.0

accueil > blogs > le blog de neuvième art > lady s., la caution des larmes comme permis de tuer, merci monsieur van (...)

le blog de neuvième art

Le blog de Neuvième Art est une rubrique d’opinion. Le contenu des billets n’engage pas la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image.

dimanche 11 septembre 2011

lady s., la caution des larmes comme permis de tuer, merci monsieur van hamme

par Dominique Hérody

Si recevoir chaque semaine le Journal de Spirou offre quelques vrais petits plaisirs qui ne sont pas le sujet de ce billet, cela permet, heureusement pas souvent, de se rendre compte de certains aspects de la bande dessinée, celle qu’on ne lit pas, qu’on ne souhaite pas lire, qu’on évite en librairie, et qui existe sans qu’on s’en occupe.
Je n’ai jamais lu d’albums signés Van Hamme sinon quelques pages il y a longtemps, dans le Journal de Tintin ou dans (À suivre), sans jamais être captivé. Je suis bien sûr au courant de ses chiffres de vente faramineux qui me donneraient tort. Mais je persiste à éviter, comme on n’est pas obligé de lire SAS.
Je me contentais jusqu’ici de maugréer contre la laideur des dessins, me doutant qu’ils faisaient écho à celle du scénario, et de râler devant ces succès fabriqués. Il y a forcement « quelque chose » dit-on, « si c’était si facile de faire des best-sellers, tout le monde en ferait », « vous n’avez qu’à essayer vous-même ».
Justement, examinons un peu cette leçon de scénario en nous tenant ici à la description de l’objet, le dernier chapitre de l’épisode « Une seconde d’éternité ». De cette histoire, me revient seulement le dégoût que j’ai ressenti à la découverte de l’épisode d’ouverture, stupéfait que pareille engeance puisse à nouveau être publiée dans Spirou. Abjection est un faible mot, en regard du contexte.
Fions-nous donc au résumé (de la rédaction ?) : « Le colonel ne comprend décidément plus rien à cette affaire, il ordonne alors au capitaine d’anticiper le transfert. Celui-ci s’avérant être l’espion de Nicolini informe ce dernier des modalités de l’opération. Tous ses hommes ayant été tués par Liouba, Nicolini se charge d’aller exécuter sa cible. Se sentant responsable de la situation, Nicolas veut sauver le père de Shania… »
Dominique Hérody

extérieur nuit, pleine lune

page 40
1/ Un homme lourdement armé, couché à plat ventre sur une éminence rocheuse, surveille à la jumelle.
2/ Trois voitures surviennent à la queue leu leu.
3/ Dans l’habitacle de l’une d’elle, deux hommes : « Là, tu prends à droite. »
4/ Une Citroën rouge surgit sur leur droite : « ATT… »
5/ Collision violente. Une roue est projetée en l’air.
6/ Dans la voiture qui suivait, trois hommes, dont un barbu : « Freine !… Freine !… »
7/ La voiture freine en zigzaguant. iiiiiii
8/ Avant qu’ils aient pu réagir, un homme gaucher (dont le visage semble indiquer qu’il est un personnage positif, voire un des héros) brandit un revolver sous le nez du passager barbu (assis à la place du mort) : « Dehors ! » « !? »

page 41
1/ Le barbu est empoigné par le col et éjecté de sa voiture.
2/ C’est maintenant le chauffeur qui est menacé ; il n’en mène pas large avec le canon sur la tempe : « Démarre ! Maintenant ! »
3/ La voiture démarre en trombe.
4/ Dans le faisceau des phares on voit une jeune femme blonde, Shania probablement, qui dévale le terre-plein vers la route : « Tu stoppes à sa hauteur et tu me laisses la place » dit Nicolas, en voix off.<br/<5/ Elle grimpe dans la voiture. Sous la menace, ils abandonnent le chauffeur sur la route.
6/ L’homme à l’arrière s’exclame : « Shania ?!? Mais qu’est-ce que ?… » « Plus tard, papa. Fonce Nicolas. Les autres sont juste derrière. »
7/ Un des autres, dans la voiture en poursuite, blessé au front après la collision, à la mine patibulaire : « Roule, bordel, roule ! ils vont me payer ça, ces enfoirés ! »
8/ Vue en plongée sur les deux voitures roulant sur une route toute en lacets.

page 42
1/ L’homme qui surveillait à la jumelle, un lance-roquettes (ou quelque engin de ce genre) en bandoulière, dévale la pente en parlant : « Ces salopards n’ont pas pris l’itinéraire prévu. Mais je les aurai quand même. »
2/ On voit les deux voitures à travers son viseur à infra-rouge : « Bingo ! Juste à temps ! »
3/ Il épaule, se rappelant les ordres reçus : « La deuxième voiture. Ne te trompe pas de cible, Ange (sic). »
4/ Dans la voiture de Shania, qui se retourne : « Accélère Nicolas ! Ils nous rattrapent. » « Je fais ce que peux. »
5/ Dans la voiture des poursuivants, l’homme blessé au front : « On les tient ! Ils ne… »
6/ La roquette a été tirée, vue de face.
7/ Vue en plongée. La roquette explose dans le mille, provoquant une embardée de la première voiture.
8/ Vue en contre-plongée. Le tireur sourit, son lance-roquette encore tout fumant : « Et voilà le travail ! Contrat rempli ! »

page 43
1/ Contre-champ. Le tireur court en parlant : « Récupérer mon 4x4 et filer avant l’arrivée de la caval… »
2/ FLAPFLAPFLAPFLAPFLAP. Un hélicoptère surgit, lui barrant sa retraite.
3/ Le pilote : « Attention, mon colonel, il a un antichar. » « Pas de risques inutiles, mon garçon : feu ! »
4/ TRATTRATTTTRRR
5/ L’homme s’effondre, déchiqueté. Douze impacts sanglants.
6/ Plongée, vue sur le brasier d’om s’approche les trois passagers de la voiture de Shania. « On voulait m’assassiner ? Je ne parviens pas à le croire. » « C’est pourtant vrai, papa » lui répond Shania.
7/ Nicolas se retourne vers ses deux compagnons : « Nous vous expliquerons ce que nous savons en même temps qu’à la police, profess… »
8/ PAW. Nicolas est touché en pleine poitrine, d’où gicle une gerbe de sang.

page 44
1/ Une motarde apparaît en arrière-plan, brandissant un fusil à lunette : « Vous m’aviez oubliée ? Moi pas. Je continue avec le père ou avec la fille ? »
2/ Contre-champ : « Adieu ma jol… ? » [1] CLAC (défaut de munitions ?). Shania bondit sur le revolver de Nicolas tombé au sol.
3/ Les larmes noyant son visage, Shania tire, les bras tendus, tenant le revolver à deux mains. BLAM BLAM BLAM BLAM BLAM BLAM
4/ Plongée. La motarde gît à terre avec sa moto toujours enfourchée (un filet de sang, à peine visible, sort de sa bouche).
5/ Contre-champ en contre-plongée, Shania, de plus en plus inondée de larmes, lâchant son arme, sur fond de lever du jour.
6/ Nicolas agonit dans les bras de Shania : « Une… seconde… d’éternité… mon am… »
7/ Vue en plongée, comme si un hélicoptère reprenait de l’altitude. Shania effondrée sur le corps de Nicolas, sous le regard de son père.
8/ Plan aérien. Une colonne de fumée noire. Une voiture de police arrive sur les lieux. WUIUIUIUIUIUIUIUI.
FIN.

Étrange coïncidence : la semaine suivante, Jérôme K. Jérôme Bloche lui succédait. L’épisode débutait par une scène vue d’un hélicoptère, absolument raccord, si ce n’est son esprit.
Au fait, c’était publié dans le numéro de Noël (à la saint Nicolas), avec une magnifique couverture, drôle et baroque, de Dominique Bertail.

Dominique Hérody


[1Notons tout de même l’usage régulier dans les dialogues des points de suspension interrompant brusquement les phrases, tant l’action est haletante. Quel style !

Messages

Un message, un commentaire ?

- ajouter un commentaire
Qui êtes-vous ?

Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.
    Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.