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la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image

McCay, Winsor

dreams of the rarebit fiend

par Vincent Baudoux

Planche de 1906
Parue dans ?
Format : 51,3X35,5cm Inv.98.2.3
Techniques : encre de Chine sur carton

Dès son apparition vers le milieu du dix-neuvième siècle, la photographie bouscule les certitudes des dessinateurs, car elle fait mieux, plus vite, et moins cher que les meilleurs d’entre eux… et sans états d’âme.

Si des artistes comme Delacroix, Degas et Bonnard interrogent et utilisent la photo avec le plus grand sérieux, de leur côté, Nadar, Wilhelm Busch, et Winsor McCay (ici sous le pseudonyme de Silas) en font l’objet de gags. Nous avons tous connu ces séances de prise de vue qui virent à la torture quand le photographe suggère « d’être plus naturel », ce qui aussi compliqué que de répondre à l’injonction paradoxale « je vous ordonne d’être libre ». Le gag culmine dans l’avant-dernière case, lorsque le sourire trop appuyé fait exploser l’appareil de prise de vue (et le bonhomme portraituré), comme si le dispositif photographique pouvait être sensible au contenu qu’il enregistre ! Faut-il rappeler que photo et graphie signifient « écriture par la lumière », en une pure réaction chimique absolument indifférente à toute émotion ? McCay inverse les rôles avec l’homme qui devient machine lorsqu’il passe en revue les possibilités de ses muscles faciaux, tandis que la machine se trouble (donc s’humanise) en réagissant à l’affect. Tout se détraque, au propre comme au figuré. La série porte bien son nom : « Rêve du démon de la fondue au fromage » , et s’articule sur un canevas identique à celui de Little Nemo dont on sait qu’il systématise la réflexion sur les notions de cases et leur disposition dans la page.

McCay choisit une mise en place en parfaite adéquation avec le sujet qu’il traite. En effet, les dix cases sont identiques de format, comme les plaques photographiques standardisées. Leur disposition ressemble davantage à ce que l’on trouve dans un album photographique qu’à un exercice de style relatif à la bande dessinée. On dirait ces images collées comme à la main, l’une après l’autre. L’idée de photographie est renforcée par la distance fixe entre le modèle et la machine, la pose plus que convenue, le cadrage en plan moyen qui ne retient que le visage et le tronc. Neutre, l’éclairage ne change pas. Avant l’explosion, les variations d’images sont plus que ténues, il faut chercher pour observer les modifications du sourire (pourtant l’objet du gag), ou la physionomie du photographe, dont seules les mains indiquent un quelconque mouvement. Finalement, il n’y a que le phylactère qui varie de manière visible, même s’il est toujours placé au même endroit.

En dépit du thème traité, McCay dit tout de même qu’il s’agit d’un dessin. En témoignent les cases tracées à main levée, avec les tremblements que cela suppose, et le choix du noir et blanc sans aucun gris intermédiaire, ce qui est contraire au principe même de la photographie. Clin d’œil final, l’objet le plus dessiné est l’appareil photographique lui-même, comme l’indique le soufflet réalisé au pinceau… comme au bon vieux temps d’avant la photo.

Fiend signifie fanatique mais aussi démon.

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