Ainsi en va-t-il du Festiblog, manifestation « dans la vie réelle [1] » qui réunit la plupart des auteurs de blogs francophones. Celui-ci en est aujourd’hui à sa deuxième édition. Il permet la rencontre entre les auteurs et leurs lecteurs mais aussi entre les blogueurs eux-mêmes. Inévitablement, cet événement devient la matière de nouvelles bandes dessinées que chacun publie sur son propre site. Les aventures amoureuses entre blogueurs sont aussi une thématique récurrente. Des couples dont chaque membre possède ses propres pages tiennent, par ailleurs, un journal en ligne à quatre mains consacré au quotidien de leur liaison. Comme le Love Blog de Miss Gally et Obion ou le Fleur Blog de Laurel et Fabrice Tarrin.
La majorité des blogs offrent la possibilité aux lecteurs d’intervenir directement. Si ceux-ci donnent le plus souvent une appréciation sur ce qu’ils viennent de lire, il est fréquent que l’internaute en commente le contenu, le relie à d’autres événements évoqués dans une livraison antérieure ou sur le site d’un autre dessinateur. On retrouve d’ailleurs les pseudonymes des mêmes intervenants de blog en blog. Il n’est pas rare non plus que la personne qui poste le commentaire soit elle-même un dessinateur-blogueur, ce commentaire pouvant, le cas échéant, être lui aussi réalisé sous forme de bande dessinée.
génération blogueurs
Les dessinateurs les plus actifs de la « blogosphère BD » sont, pour la plupart, nés durant la deuxième moitié des années 70 ou le début des années 80. C’est une génération qui a directement grandi avec les auteurs nés de l’avènement de l’édition dite indépendante et qui, dans leur écrasante majorité, ont pratiqué l’autobiographie dessinée. Sur le plan des thématiques la parenté est évidente, mais cette génération partage aussi avec celle qui l’a précédée l’idée de former une communauté. Si cette dernière a provoqué un tel impact, c’est certainement en raison de l’indéniable qualité de leurs réalisations respectives mais aussi parce qu’il s’agit de la première génération d’auteurs de bande dessinée à avoir à ce point intégré leur propre vie dans leurs créations. À travers leurs œuvres autobiographiques, leurs carnets, les strips publiés dans Lapin, les exercices oubapiens parus dans l’OuPus 4...
les lecteurs connaissent désormais les prénoms des enfants de Trondheim, Sfar ou Konture ou celui des ex compagnes de Dupuy, David B. ou Menu. Ces créateurs ont suscité une collusion totalement inédite avec les lecteurs, tout en mettant en évidence une démarche collective qui, par la multiplication des points de vue au sein de créations à caractère autobiographique, dessine in fine un portrait de groupe [2]. Ceci reste tout aussi vrai pour les jeunes auteurs francophones qui s’expriment sur le net. Toutefois, connivence avec le lecteur et expression « polyphonique » d’une communauté d’auteurs se voient ici renforcés par des outils en adéquation parfaite avec leur démarche : un média résolument interactif doublé d’un réseau en arborescence où le passage d’un créateur à l’autre se fait désormais par un simple double clic.
















