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la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image

Sterrett, Cliff

polly and her pals

par Jean-Philippe Martin

Planche du 22 juillet 19 ??
Parue dans le New York Journal
Format :49,8 x 73,3 cm
Techniques :Encre de chine et collage sur papier

Dans cette planche datée du 22 juillet et dont style et composition laissent penser qu’elle se situe entre 1942 et 1958, il n’est point question de Polly, la fille de Samuel « Paw » et de Susan « Maw » Perkins que l’on découvre ici dans une scène de la vie intime pour le moins agitée. L’argument des débuts de la série, créée en 1912 pour le New York Journal dans lequel elle parut continûment jusqu’en 1958, le « il faut marier Polly », a tôt cédé la place à un family strip plus convenu dans lequel les parents de la très superficielle jeune fille tiennent la vedette. Strip humoristique reposant foncièrement sur un comique de situation, Polly and Her Pals ne semble obéir qu’à un seul objectif : faire rire aux dépens de Paw, victime souvent ridicule de ses actes manqués, de ses maladresses ou d’un concours de circonstances. Cliff Sterrett n’y déroge pas pour cette livraison dominicale qui, si elle ne brille pas par ses audaces plastiques n’en est pas moins parfaitement exemplaire de la série et du talent d’humoriste de l’auteur. On y retrouve toute la sémiotique si propre à Sterrett : son croissant de lune et ses croisillons de fenêtres asymétriques rétro éclairées pour signifier la nuit, le dallage en damier et les colonnades néo-classiques, insignes de l’esthétique bourgeoise ou encore ses gouttes de sueur à la forme si particulière. L’emploi du noir et blanc y est remarquable en soi, lorsque que l’on sait que les pages du dimanche paraissaient en couleur, et permet de vérifier que chez Sterrett la couleur première, dominante est le noir, précisément. Mais surtout son trait rond, son découpage redoutablement efficace, ses mimiques outrées et sa langue savoureuse, faite de tournures familières quasi argotiques, sont au rendez-vous de cette nouvelle variation d’une farce quotidienne dont notre petit bourgeois caricatural est le sempiternel dindon.

Une récurrence du thème dont la structure de cette planche permet d’apprécier la belle mécanique. Ici, le gag s’articule autour d’une question de Maw, si anodine qu’on l’imagine volontiers appartenir au rituel uniforme qui accompagne chaque « coucher » du couple. Mais sous les dehors de l’affligeante quotidienneté, la question posée est en fait locutrice d’enclenchement de la loufoquerie à venir : Paw ne peut échapper à son fatum, quitte à le provoquer inconsciemment. Certain d’avoir correctement fermé la porte de la maison et pourtant taraudé par un doute affreux qui tourne à l’insoutenable obsession, Paw ne résiste pas à l’irrépressible exigence de se relever pour aller vérifier, flanqué de son chat Kitty, qu’il n’a pas commis une extraordinaire négligence. Evidemment l’huis était bien clos et c’est en le constatant que Paw permet à Kitty de jouer les filles de l’air. Il s’agit là d’un grave manquement aux principes qui gouvernent la vie nocturne des Perkins -comme de toujours verrouiller la porte d’entrée lorsque l’on se couche ! La sanction à cette dérogation involontaire à la règle est immédiate. Sam se retrouve littéralement à la porte de chez lui ! La disproportion entre la situation initiale -petite cause- et cette première chute - grands effets, conformément à l’esprit de la série- pourrait inspirer de la compassion pour Paw, victime de ses bonnes intentions, or les deux cases de conclusion qui mettent en relief quelques traits de caractère définitoires du personnage au gros nez créé par Cliff Sterrett, parachèvent le burlesque de la séquence et finissent de ridiculiser Sam. Animé d’une parfaite mauvaise foi et d’intentions belliqueuses, celui-ci est en effet sur le point de faire payer sa question à Maw. Si dans les bandes de Sterrett une bête question entraîne souvent plaies et bosses le ridicule, lui, heureusement ne tue jamais.

Livres

Cliff Sterrett, Polly, bandes quotidiennes, 1926-1927 et planches du dimanche, 1930-1932, traduction de Florence Dostal, préface de François Corteggiani collection « Copyright », Futuropolis, 1980, np N&B

Cliff Sterrett, Polly and her pals, 1929-1930, traduction de Harry Morgan, preface de Thierry Groensteen, collection Krazy Klassics, Editions de l’An2, mai 2005, 124 pages couleurs.

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