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le souffle de mai 68 dans l’œuvre de pierre christin

par Philippe Videlier

[Mai 2018]

Neuf ans après Mai 68, dans son Histoire du journal Pilote parue aux éditions Glénat, Henri Filippini avançait : « Sous le titre Légendes d’aujourd’hui, le scénariste de Valérian, Linus, ou mieux Pierre Christin, présente des histoires de politique-fiction soutenant des combats le plus souvent entrepris par des minorités comme la lutte contre la pollution ou encore les centrales atomiques. » Certes, c’était bref, ramassé et peut-être un peu sommaire.

Pilote, il n’existait pas mieux pour saisir l’esprit du temps. Pour son sixième anniversaire (décembre 1964) le journal se prétendait (à juste titre) « le magazine des jeunes du XXe siècle ». Il était même plutôt en avance, sous-titré « magazine des jeunes de l’an 2000 » avant de devenir, notoriété aidant, « le journal d’Astérix et d’Obélix ». Survint Mai 68, les « événements ». Le temps d’incubation nécessaire écoulé, Pilote devint « le journal qui s’amuse à réfléchir ». Et alors une superbe aventure débuta pour la bande dessinée.
Il y avait quelque chose de paradoxal dans cette mue, car Mai 68 ne laissait pas que de bons souvenirs à Pilote. La fracture entre René Goscinny et sa jeune rédaction fut profonde [1]. Toujours est-il que Goscinny, rancune mise à part, ouvrit le journal sur du neuf.

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Christin et Tardi : Rumeurs sur le Rouergue
© éditions Futuropolis

« Une légende d’aujourd’hui : Rumeurs sur le Rouergue », annoncé dans le numéro du 13 janvier 1972, s’étala sur cinq mois, en couleurs, dans les pages de l’hebdomadaire et ne fut pas repris en album par Dargaud. Il fallut attendre quelques années pour pouvoir se procurer ce petit bijou d’époque, chez Futuropolis, en modeste album souple noir et blanc, au premier trimestre 1976, agrémenté d’une préface des deux auteurs Pierre Christin et Jacques Tardi, afin d’expliquer le pourquoi de l’édition : « C’est aussi qu’on y trouve, même quand c’est naïf, des choses qui, à la limite, dépassent la volonté consciente des fabricants, un peu du souffle chargé d’espoir de Mai 68. » C’était dit. Une réédition en album cartonné de 1982 (ère Mitterrand première formule, la gauche au pouvoir) proposait une nouvelle couverture où l’on voyait les petits êtres contestataires de la forêt face à un CRS, « casqué-bouclié » (comme le chantait Dominique Grange [2]), sur le bouclier duquel était peint le slogan : « CRS-SS », que scandaient les manifestants de Mai sur les barricades.
L’histoire était simple, si l’on veut : quelque part dans le Rouergue, province profonde, le « petit peuple » de la forêt (les elfes, les lutins vêtus comme au moyen-âge) s’allie aux gens du village pour faire échec à la multinationale propriétaire d’une mine. Le héros principal, Milou Cadaujac, est à la fois prince des êtres de la forêt et leader syndical dans le monde normal. Sa sœur Viviane est une fée qui transforme les méchants en monstres pour le bonheur des lecteurs. Parmi les lutins, il en est un particulièrement remarquable : le savant bossu Emeric, fort érudit en matière théorique : « D’un point de vue dialectique, ta démarche me paraît faible, sermonne-t-il. En termes matérialistes en effet, je dirais que… » À quoi Milou Cadaujac rétorque : « Tss, tss, Emeric, tu lis trop de ces livres modernes que je t’ai prêtés… » Bien sûr, le catalogue des éditeurs en sciences humaines de l’après 68 débordait d’écrits subversifs, matérialistes et dialectiques, et c’était ainsi qu’étaient perçues, alors, la modernité et l’avant-garde. Facétieux, Emeric, au fond de la mine investie par les forces de l’ordre, s’adresse à un CRS : « Malgré ton front bas, tu m’as l’air cultivé, toi. Je vais te poser une devinette. Si tu réponds juste je te transforme en caillou, sinon je te vaporise. Peux-tu me résumer la théorie de la plus-value en dix mots ? » Rares étaient ceux qui pouvaient se livrer avec succès à cet exercice, même en ces années. Et cela paraissait donc dans Pilote, diffusé à 140 000 exemplaires.

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Christin et Tardi : Rumeurs sur le Rouergue
© éditions Futuropolis

De semaine en semaine, le combat continuait et tournait à l’avantage du petit peuple et des gens du village, si bien que la planche 33 ressemble à un concentré de la période. Lors d’une réunion entre la direction de la multinationale et les opposants, Emeric le savant lutin ouvre le feu : « Pour apporter un peu de rigueur à cette discussion, je voudrais préciser qu’à l’heure où le capitalisme croule sous ses contradictions internes, il faut… » Il se fait couper la parole par le directeur américain du groupe : « Objection, Monsieur ! Nous sommes entrés dans une phase de néolibéralisme qui… » Hélas ! Il avait raison, le dirigeant américain de la multinationale. Et il avait tout faux, le lutin savant : « Mais pas du tout ! Engels a dit… » À l’époque on ne savait rien de l’issue future du débat et dans l’esprit du scénariste, Pierre Christin dit Linus, il ne faisait aucun doute que la raison penchait du côté du lutin. Cependant, avec le recul du temps, il est prouvé que le capitaliste a triomphé sur toute la ligne.
Milou Cadaujac, représentant syndical et prince de la forêt, venait couper cette joute théorique par des revendications concrètes : « J’exige l’abandon du projet de Parindus concernant la mine, projet qui va saccager le pays sans pour autant apporter du travail à ceux qui n’en ont pas. » Premier point : l’écologie, la préservation de l’environnement. « Je vous demande donc de remplacer votre projet d’exploitation minière par une usine de transformation adaptée aux traditions artisanales de la région, chose facile pour un groupe comme le vôtre à condition que vous soyez prêts à payer des salaires décents. » Deuxième point : travailler au pays dans la dignité. « Et je réclame le reclassement des ouvriers immigrés que vous avez fait venir ici. » Troisième point : les migrants (qui sont dans l’album espagnols). « Vous avez dix minutes pour réfléchir avant de signer un accord. » Voilà. Dans Pilote, en vente dans tous les kiosques. Il est difficile d’imaginer pareille situation au cinquantenaire de Mai 68, alors même que Daniel Cohn-Bendit ne jure que par Emmanuel Macron.

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Christin et Tardi : Rumeurs sur le Rouergue
© éditions Futuropolis

L’histoire intègre, de manière quasi-naturelle, des thèmes fortement soixante-huitards : la lutte contre le capitalisme en bloc et en détail, la défense du peuple, sujet du développement historique. Mais il n’y a pas la moindre pesanteur didactique, l’originalité de l’album tient à la mise en rapport de deux plans en principe peu compatibles, le réalisme social et le fantastique onirique. Le trait est abouti, déjà. Depuis deux ans, Tardi publie des histoires complètes dans l’hebdomadaire, et a même droit à la couverture du numéro 567 : La Torpédo rouge sang, et à nouveau du 619 : Humperdick Clabottford (par parenthèse, sur scénario de Serge de Beketch, personnage aux antipodes de l’image que présente Pilote) [3]. Quelques mois après Rumeurs sur le Rouergue, Jacques Tardi donne sa pleine mesure en offrant aux lecteurs son formidable Adieu Brindavoine : un chef-d’œuvre.
Rumeurs sur le Rouergue le laissait insatisfait. « Christin m’avait donné une indication qui allait me bloquer sur toute la durée de l’histoire : dès la première apparition des petits personnages de la forêt, il m’avait précisé qu’il fallait que ce soit une atmosphère de pacotille, un petit peu à la Walt Disney. Je n’avais pas accroché et ça m’avait gêné [4]. » Tardi partit donc pour des aventures solitaires, la guerre de 14, Le Démon des glaces, puis Adèle Blanc-Sec.

Il n’est pas impossible de songer que les « Légendes d’aujourd’hui » auraient pu rester sans suite. La Croisière des oubliés parut après trois ans de vide, épisode initial dans Pilote, devenu mensuel, en 1975. Plus de Tardi. Pierre Christin lui avait trouvé un successeur : Enki Bilal. Pouvait-on faire plus différent ? La longue introduction, de neuf planches, multiplie les références au contexte des années soixante, en amont et en aval de 68 : un mystérieux héros, recherché par toutes les polices et tous les services de renseignement de la République, aurait milité au groupe Socialisme ou Barbarie (cercle confidentiel quelque peu mythique chez les gauchistes), participé aux réseaux de soutien au FLN Algérien (largement considéré comme titre de gloire dans les milieux anticoloniaux), animé un groupuscule à l’École Normale Supérieure (connue pour abriter les disciples du philosophe Louis Althusser), coupé la canne à sucre à Cuba, intégré la guérilla de Che Guevara en Bolivie, épaulé les Black Panthers, radicaux noirs, du ghetto de Watts à Los Angeles, puis le SDS allemand (l’organisation étudiante de Rudi Dutschke, victime d’un attentat qui déclencha une vague protestataire). On l’aurait repéré à la Sorbonne, amphi Descartes, au mois de mai 1968, et finalement, il ne ferait qu’un avec le dénommé Milou Cadaujac, dans un village du Rouergue. À cet endroit du récit, troisième bande de la planche 6, est inséré un dessin en noir et blanc extrait de Rumeurs sur le Rouergue, ainsi se trouve marquée la continuité. Christin ne craint pas le second degré, parfois touchant au burlesque lorsque, avec Enki Bilal, ils se mettent en scène, à la planche 8, interrogés par des journalistes : « Alors, pour vous, Enki Bilal, cet homme qu’on retrouve ici et là dans vos petits dessins ?... » (Bilal porte alors la barbe) « Et vous, Pierre Christin, qui assurez connaître ces sombres intrigues ? » (Christin a toujours ses lunettes sur le front). Enfin le mystérieux héros est décrit comme activiste au Larzac, militant antinucléaire, pro-avortement (c’est l’époque du MLAC – Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception – qui précède la Loi Veil du 17 janvier 1975). Cette somme considérable de références en neuf planches, si lointaine aujourd’hui, était limpide pour les lecteurs du moment.

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Christin et Bilal : La Croisière des oubliés
© éditions Dargaud

Dans La Croisière des oubliés, le héros subversif est flanqué d’une compagne, jolie rousse qui avant de « faire du tourisme », comme elle dit, travaillait pour le CNRS. « Pour les CRS, une mignonne comme vous ? » s’exclame un paysan incrédule. « Mais non, CNRS, Centre national de la recherche scientifique… Spécialiste d’apesanteur… Et je suis tombée par hasard sur une grosse affaire à laquelle travaillait l’armée… Et alors on s’est arrangé pour me faire vider… Parce que j’étais gênante… »
La Croisière se présente d’abord comme une charge antimilitariste. L’armée y est ridicule et malfaisante. On reste encore très proche du fameux Printemps chaud de 1973 qui vit descendre dans la rue par centaines de milliers lycéens et étudiants contre l’abrogation des sursis (la Loi Debré) [5]. Les « Légendes d’aujourd’hui » vivaient de l’air du temps.

La Croisière fut suivie un an plus tard du Vaisseau de pierre (1976) et, après un an encore, de La Ville qui n’existait pas (1977). Dans Pilote, bien sûr. « Avec beaucoup de prétention peut-être, je dirai que Pierre Christin et moi faisons partie des gens qui ont donné à la bande dessinée une autre direction », affirmait Enki Bilal dans un entretien du début des années quatre-vingt. « Christin est de toutes façons quelqu’un qui est toujours à la pointe des mouvements, toujours un peu en avant, à la recherche de sujets différents. L’aspect politique sociale, c’est lui qui l’a introduit dans la BD [6]. »
Le Vaisseau de pierre mettait en scène le conflit entre un groupe de promoteurs immobiliers avides et les gens d’un point de la côte bretonne, ouvriers, paysans, pêcheurs, rattachés au fond des âges par le château qui domine le village. Encore l’esprit du temps : un régionalisme engagé et contestataire (en 1972 sortait avec un certain succès le disque du chanteur Gilles Servat La Blanche Hermine : « J’ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ / Une troupe de marins, d’ouvriers, de paysans »). L’alliance des classes populaires, telle que Mai 68 l’avait inscrite dans les consciences, se nouait dans une rude bataille au dénouement positif mais déroutant.
Tandis que sur leur yacht (où une scène de bal masqué n’est pas sans rappeler la séquence du bateau de Rastapopoulos dans Coke en stock), les promoteurs véreux tentaient avec succès de corrompre ministres et hauts-fonctionnaires, à terre s’organisait la stupéfiante résistance. Comme dans Rumeurs sur le Rouergue, deux niveaux temporels s’entremêlent, un présent de lutte et les fantômes du passé venus à la rescousse. Dernier habitant du château, un mage aveugle fait surgir de terre l’immense cortège justicier des générations disparues, jusqu’aux plus anciennes, jusqu’à ces êtres des temps immémoriaux qui dressèrent les menhirs.

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Christin et Bilal : Le Vaisseau de pierre
© éditions Dargaud

Le mode du récit va se modifier avec La Ville qui n’existait pas. Ici, le fantastique se dilue. Point d’êtres extraordinaires sortis du passé, mais une utopie singulière, solution improbable à un classique conflit du travail. Il était une fois une ville du Nord, sa dynastie industrielle qui contrôle tout, le patronat de droit divin tel qu’il existait en ces années et déjà depuis un siècle, des cadres veules et arrivistes, des ouvriers costauds à la fonderie, des ouvrières menues à la filature, des syndicats combatifs, une CGT à moustaches, une CFDT à réputation de gauche, voire gauchiste. Et puis, dans ce contexte, par la grâce d’une héritière paralysée, rongée de culpabilité de classe, naissait une expérience sociale et esthétique : une bulle de bonheur fermé. « Peuh ! Elle existe pas, cette ville… Elle a jamais existé et elle existera jamais… » À la planche 53, le cégétiste tirait la leçon : « On peut pas se foutre entre parenthèses du monde, mon gars... »


Les quatre « légendes d’aujourd’hui », celle avec Tardi, les suivantes avec Bilal, toutes porteuses des aspirations de Mai 68, se terminaient plutôt bien quoique, pour Le Vaisseau de pierre et La Ville qui n’existait pas, sur fond de mélancolie. Or, le monde selon Christin ne progressait pas forcément dans la bonne direction. Loin de là. Il était même envisageable qu’il basculât vers la catastrophe. Ainsi formulait-on des prophéties conjuratoires, des projections dans un avenir sombre afin que, l’humanité étant prévenue de ses erreurs et de ses vices, un pareil futur n’advint pas. En attendant le printemps recueillait ainsi cinq histoires de Pilote créées avec Patrick Lesueur autour d’un thème unique : la planète va au casse-gueule, pratiquement elle y court [7]. « En ce temps-là, qui était peut-être fichtrement rapproché du nôtre, les arbres étaient bien malades… » Oui, les temps étaient proches où l’on verrait cela venir : le chancre coloré des platanes, la brûlure des feuilles du marronnier, la chenille processionnaire du pin, la pyrale du buis... Pierre Christin nous prévoyait une nature saccagée. La couverture de l’album propose un démarquage de L’Angélus de Millet [8]. Sauf qu’en lieu et place du paysage bucolique original, on a un fond d’usines crachant leurs sales fumées. Un écrivain de science-fiction de renom, Jean-Pierre Andrevon, se chargeait de promouvoir l’album : « Vous avez saisi ? Vous voyez le genre ? Christin et Lesueur font dans l’écologie. On voit qu’ils savent dans quelle direction souffle le vent ces deux-là ! » L’écologie contestataire naquit, en effet, dans le sillage des remises en cause de la « société de consommation ». À la fin de 1972 paraissait La Gueule ouverte, « mensuel écologique – le journal qui annonce la fin du monde », autour de l’équipe de Charlie Hebdo et des éditions du Square.

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Christin et Mézières, Valérian : La Cité des eaux mouvantes
© éditions Dargaud

On pourrait conjecturer néanmoins que Pierre Christin ne fut pas en la matière qu’un suiveur, tendant son doigt mouillé au vent. Mais qu’il fut bel et bien un précurseur. Le 25 juillet 1968, alors qu’étudiants, lycéens et ouvriers jouissaient de vacances bien méritées, Pilote envoyait Valérian, agent spatio-temporel, en mission dans La Cité des eaux mouvantes. Dessin de couverture de Jean-Claude Mézières (qui signait JC Mézi) : les rues de New York envahies par les eaux et en fond, l’Empire State Building. La planche 2 de cette seconde aventure de Valérian projetait le héros et sa compagne Laureline, alors qualifiée d’« assistante », dans le passé, c’est-à-dire au XXe siècle quand s’était produite par la faute des humains la grande catastrophe écologique. « Personne ne sait exactement ce qui s’est passé entre 1986 et le XXIVe siècle, explique le superintendant des services de l’espace-temps. Il s’agit d’une époque mystérieuse, de l’âge noir de la Terre. C’est à ce moment que la civilisation traditionnelle a été balayée par un cataclysme. » L’explosion d’un dépôt de bombes à hydrogène, la fonte des calottes glaciaires, la montée subséquente des eaux des océans, le réchauffement climatique, tout y est. Dans Pilote du 1er août 1968, les planches 3 et 4, particulièrement réussies et impressionnantes, montraient un Valérian au sommet de la statue de la Liberté qui s’écroulait et s’abîmait dans les flots. Planche 3, cases 7 et 8, la statue se dresse encore. Planche 4, case 1, la statue se désintègre ; case 2, sa lourde et emblématique tête coule. Liberty Enlightening the World… The end. Fin d’un monde. Tout cela était supposément arrivé en 1986 et on le lisait en 1968 (Christin avait repris l’inversion des chiffres comme dans le 1984 écrit par George Orwell en 1948). Mais il était bien optimiste, Christin, puisqu’il prévoyait que l’humanité s’en remettrait, disons vers l’an 2314.

« Nous avons, dans Valérian, le désir de faire de la politique-fiction », se justifiait Christin-Linus dans le numéro de Schtroumpf – Les Cahiers de la bande dessinée qui lui était consacré en 1973. « L’immense majorité de la BD française, et à plus forte raison américaine, se situe à droite », poursuivait Linus-Christin, avec les certitudes affirmées du moment [9]. Claire Bretécher ironisait d’ailleurs sur ce genre de postulat dans une planche-gag de ses Frustrés : « Ode à Tintin », crise familiale autour de la lecture de Tintin au pays des soviets [10]. Bref, emporté dans un élan réducteur, Pierre Christin qualifiait cette « immense majorité de la BD » de « bande aliénante, opprimante », pour mieux mettre en relief les spécificités libératrices de la sienne. « Dans Valérian, il y a désir, un peu naïf, de situer pour une fois la BD narrative (je ne parle pas de la BD directement politique qu’on peut trouver à Charlie Hebdo) à gauche. » Bien sûr, on aurait pu mettre sous le nez de Pierre Christin Le Dictateur et le champignon, de Franquin (1953-1954) qui n’était pas précisément réactionnaire, ou Jerry Spring contre KKK, de 1966, soit deux ans avant Mai 68, qui voyait ce vieux clérical de Jijé s’engager dans la lutte antiraciste (il faut savoir que le scénario était de Jacques Lob dont l’œuvre reste si marquante [11]). À l’inverse, on aurait pu souligner que les premiers pas dans la bande dessinée de Pierre Christin, Le Lac des émeraudes, dans Total journal (1966), ne préjugeaient en rien de sa future trajectoire [12]. Mais ce ne serait là que piètre argumentaire.

Au moment précisément où Pierre Christin s’autorisait ces déclarations quelque peu péremptoires sur le positionnement de la bande dessinée, paraissait la sixième aventure de Valérian, l’une des plus politisées : Les Oiseaux du Maître. L’appareil de Valérian et Laureline s’échoue sur une planète maléfique où trime une population réduite en esclavage, sous l’implacable domination d’un Maître mystérieux, invisible Moloch. Son pouvoir s’exerce par le truchement des oiseaux-folie, dont le vol dessine dans le ciel une croix-gammée. Quiconque est touché par les monstrueux oiseaux devient « fou » et se voit jeté dans une fosse. Or ces fous, qui échappent à la soumission du peuple ordinaire assujetti au travail forcé, tiennent des discours éclairants. Tel ce dialogue : « Où en étais-je ? Ah oui… Je soutiens que le Maître n’existe que parce que … eurg… nous admettons son existence. Sinon… » « Tsss… tss… Idéalisme, ça ! Il existe … frrr… parce que le système de production fonctionne à son avantage. » Laureline de s’exclamer, entendant ces mots : « Hé mais… Ils ne sont pas si fous que ça ! » Et Valérian de commenter : « … C’est même la première chose sensée que j’entends depuis longtemps ! » (planche 22). On retrouve l’esprit contestataire ironique de Rumeurs sur le Rouergue. Christin et Mézières introduisent aux côtés des héros la belle figure rebelle de Sül, issu de la planète Maladil, constellation du Cygne, un jeune courageux prêt à en découdre. « Pas peur, moi… Le crèverai, le Maître… »

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Christin et Mézières, Valérian : Les Oiseaux du Maître
© éditions Dargaud

Pierre Christin sait heureusement mettre un peu de malice dans son propos. Ainsi voit-on Valérian dans le rôle pathétique d’un prédicateur tenter de rallier les bonnes volontés : « Pourquoi avoir peur de ce Maître infâme qui vous affame ? Alors que tous unis dans une action commune vous pourriez retrouver votre dignité et votre liberté !... Alors que la paix et l’amour pourraient fleurir sur ce monde dont les richesses ne demandent qu’à… » – « Oh qu’il est mauvais aujourd’hui », s’agace Laureline derrière lui. Ce décalage, cette double réflexion, le discours prêchi-prêcha de Valérian opposé à la raillerie de Laureline crée une distanciation (que Christin lui-même qualifierait de « brechtienne »), et donne à l’histoire sa fluidité, alliant profondeur et légèreté.
Le débat politique ou philosophique traverse toute l’aventure. Parmi les travailleurs soumis, il en est un qui pose la vraie question : « Que deviendrait le Maître sans nous ? » et un autre qui caractérise méchamment l’esprit de révolte de Valérian et Laureline : « Y sont plus dingues que les dingues ceux-là ! Pourquoi changer ? » Pugilat chez les opprimés, évasion des récalcitrants, course poursuite, bataille contre les oiseaux-folie… L’idée libératrice viendra de Laureline (comme souvent les bonnes idées) : « Le Maître… Il nous détruit… parce qu’on l’attaque isolément… Tous ensemble… comme pour les oiseaux… on peut vaincre… » C’est à peu près Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! mis au diapason spatio-temporel. Finalement, en un dénouement heureux et attendu, les révoltés unis viennent à bout du Maître : « Il n’y a plus de Maître ! » Un instant, les vainqueurs sont tentés d’user du pouvoir à leur seul profit. « Hum ! Si c’est ça la révolution, bravo ! » se récrie Laureline. Mais grâce à un nouveau beau discours de Valérian, les révoltés reprennent le droit chemin de la révolte pure. « Mmm… Pas facile pour eux de réapprendre à être libres, songe Valérian. Mais ils ont détruit les vasques à klaar et réorganisent leur production sur des bases communautaires. Il ne faut donc pas désespérer… À eux de jouer. » S’ensuit une discussion morale entre le couple de héros. Lui : « Ce qui m’inquiète davantage, c’est de penser que le Maître se balade quelque part dans l’espace… » Elle : « Oui. Et comme il tire son pouvoir de la résignation des autres, il n’aura pas de mal à trouver des endroits où on aime l’autorité ! C’est un malin ce gros goinfre ! » Ainsi se terminait la fable des Oiseaux du Maître, avant un dernier et renversant dessin qui relève effectivement de la scène brechtienne.

Il serait tout à fait licite d’accoler aux Oiseaux du Maître quelques maximes populaires en 68 : « On a raison de se révolter ! », par exemple. Certainement, il coule de l’histoire que le pouvoir despotique est par nature illégitime, néfaste, haïssable, mais aussi qu’il ne tient que par la conjonction d’une force répressive et de la pusillanimité du grand nombre. Pour remonter à une révolution plus ancienne : « Les grands ne nous paraissent grands, que parce que nous sommes à genoux… Levons-nous ! » (épigraphe du journal Les Révolutions de Paris, dédiées à la Nation, 1789). Seulement Valérian affichait en outre quelques autres convictions et plaçait ses espoirs dans une réorganisation de la production « sur des bases communautaires ». Ce concept paraît avoir déserté l’actualité.

Jusqu’où irait Pierre Christin ? Jusqu’où irait Pilote, support de ses explorations ? Ils allaient en fait s’attaquer à la valeur centrale du monde productiviste, le travail aliéné, dans le conte psychédélique Music Power contre Machine Gang, publié avec Jean Vern en 1972. Restait encore dans toutes les têtes le fameux Flower Power de San Francisco et la musique comme antidote à une vie de grisaille. On gardait encore dans les yeux et les oreilles l’extraordinaire dessin animé Yellow Submarine, sorti le 17 juillet 1968, sur la musique des Beatles, All you need is love, etc. On se souvenait aussi des bandes dessinées pop de Guy Peellaert parues chez Losfeld [13]. Le dessin de Vern était incontestablement marqué par l’influence hippie, le trait et les couleurs. Voilà le contexte : le monde des puissants vacillait sur ses bases, rien n’allait plus, ni chez les capitalistes américains, ni chez les bureaucrates soviétiques, ni dans la Chine de Mao Zedong, ni au Japon des appareils photos, dans l’Allemagne des « joyeuses fabriques d’acier », en France où « la police faisait grève pour ne pas avoir à surveiller les grévistes », et même à Cuba où l’on ratait pour la énième fois la zafra, la récolte de canne à sucre. Les « cadres jeunes et dynamiques », les « bons vendeurs bien agressifs », les pédégés, les managers, réformateurs et conservateurs, tous avaient perdu le moral. L’heure était à la morosité chez les décideurs. Il n’y avait alors qu’une sorte de gens pour trouver que tout allait bien : ceux qui ne fichaient rien de la journée et se prélassaient à Hyde Park ou à Central Park, et le Mysterious Music Man qui bénéficiait sur ce peuple là d’un grand ascendant. Et puis un jour on annonça « au nom de tous les responsables politiques réunis en conférence extraordinaire » que des savants avaient trouvé « la solution à la crise mondiale », « prodigieux aboutissement de l’esprit humain » : la « machine à faire travailler ! » Les puissants se réjouissaient, se congratulaient, exultaient. Le commun des mortels se résignait. Il n’y avait que l’entourage du Mysterious Music Man pour s’insurger : « Quelle horreur ! »

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Christin et Vern : Sixties nostalgia
© éditions Dargaud

Bien sûr, car tout est bien qui finit bien, le Mysterious Music Man et sa musique vinrent à bout de la tyrannique machine à faire travailler. Présentée en une de Pilote comme « une histoire paresseuse et musicale de Linus et Vern », l’aventure du Mysterious Music Man appelle quelques remarques. La parenté avec le dessin animé Yellow Submarine semble évidente. La musique des Beatles ranime les couleurs – et le bonheur – d’un univers (Pepperland) d’où les sinistres Blue Meanies les avaient exclus, tout comme le « Music Power » de Christin détruit la machine oppressive. Les Beatles traversent des mers inconnues dans leur sous-marin jaune, et le Mysterious Music Man vagabonde dans les airs à bord d’un astrogyre coloré. Linus et Vern suggèrent par ailleurs, en têtes de chapitres, quelques bons disques à écouter en lisant leur bande dessinée : il s’agit de jazz dont ils sont l’un et l’autre passionnés : Miles Davies, Charlie Mingus, Archie Shepp, Jean-Luc Ponty… (en spécifiant à chaque fois les références du disque) et en ajoutant : « Si pourtant vous pratiquez le masochisme musical, vous pourrez choisir vos propres disques. (…) Les 9/10e des groupes anglais, décorés par la reine ou non, sont également recommandés ». La musique, les fleurs, les couleurs : voilà pourquoi l’histoire fut publiée en album après dix années (en 1983) sous le titre Sixties nostalgia.

Il y avait la couleur et le trait, la musique, mais aussi une inspiration politique. Bien entendu on peut suggérer Le Droit à la paresse, de Paul Lafargue, gendre de Marx, pamphlet publié dans les années 1880-1883, réédité par François Maspero en 1969, en format de poche, avec une longue introduction de l’historien social Maurice Dommanget. Paul Lafargue ouvrait son écrit par une vilaine citation de Thiers, Adolphe Thiers, le bourreau de la Commune de Paris : « Je veux rendre toute puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme : jouis [14]. » Le Droit à la paresse connut donc une nouvelle jeunesse. Mais on peut renvoyer encore au slogan de Mai attribué aux situationnistes : « Ne travaillez jamais ! » [15] Le dessin de couverture de Sixties nostalgia reprend l’idée et l’esthétique de la célèbre photographie de Marc Riboud « La jeune fille à la fleur », prise lors d’une manifestation anti-guerre du Vietnam à Washington le 21 octobre 1967. Jane Rose Kasmir, alors âgée de 17 ans, se tient face à un cordon de la Garde nationale baïonnettes au canon. Ce cliché fait partie des « 100 photos du siècle » (le XXe). « Dans mon viseur se dessinait le symbole de cette journée magnifique », raconta le photographe, tandis que son sujet, rencontré bien plus tard, expliqua dans les années quatre-vingt-dix : « Pendant ma jeunesse, je pensais pouvoir obtenir des changements à grande échelle. Maintenant, j’essaie simplement de partager l’amour qui m’éclaire avec mes proches. » Pour elle, Jane Rose, il y eut un avant et un après. L’après, « c’est la grande pente des désillusions » [16]. Les espoirs s’épuisèrent, contredits par de sordides réalités.

Tandis que Laureline, héroïne surgie de 1967, poursuivait ses époustouflantes aventures intergalactiques en s’affirmant chaque fois plus féministe, son créateur fournit pour la première fois un scénario à une dessinatrice, Annie Goetzinger, pour Pilote, toujours, en juin 1979 : La Demoiselle de la Légion d’honneur. Il faut dire qu’à cette époque les dessinatrices ne se bousculaient pas dans le monde de la bande dessinée. La Demoiselle, qui ouvre la collection des albums « Portraits souvenirs » chez Dargaud, peut être considéré comme un nouvel angle de la nostalgie sixties. Mais une nostalgie dépourvue de gaîté. Plus de musique, plus de hippies, mais un récit de vie, raconté au passé simple, celui d’une jeune femme issue de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur pour orphelines de guerre (son père est mort en Indochine). On côtoyait avec ce portrait la haute bourgeoisie, les officiers factieux d’Algérie, les mercenaires d’Afrique, puis, par un soudain concours de circonstances, la révolution cubaine et Mai 68. À un point donné de sa trajectoire, le personnage principal se retrouve à La Havane à écouter Che Guevara : « Et c’est grâce à des combattants comme lui que la révolution sera portée partout où les peuples souffrent ! » Le scénario n’est pas vraiment construit autour d’une intrigue, il se déroule plutôt comme une succession de tableaux. Arrive Mai 68, autour de la planche 52. Drapeau rouge et noir brandi par une fille juchée sur les épaules de son petit ami (inspirée de la photo « La Marianne de Mai 68 », prise le 13 mai par Jean-Pierre Rey de l’agence Gamma) [17]. « Quelque part vers la place Denfert-Rochereau, j’ai retrouvé l’immense exaltation qui m’avait emportée à La Havane… Quelque part vers l’Odéon, j’ai parlé pour la première fois depuis bien longtemps avec des jeunes gens aux yeux ardents… » La suite du scénario sombre dans le fait-divers et il n’est pas certain que la Demoiselle de la Légion d’honneur compte parmi les plus palpitants de Pierre Christin, malgré l’intention féministe manifeste : « Ton cas est exemplaire pour notre lutte, Aline. » « Précisément, je ne suis pas sûre qu’il soit exemplaire, moi… », répliquait la Demoiselle, assez lucide.

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Pierre Christin et Annie Goetzinger : La Demoiselle de la Légion d’honneur
© éditions Dargaud

De Mai 68, ne demeurait plus au fond que l’imagerie. Après une décennie.
À l’enthousiasme succédait le doute. Pierre Christin en rendait compte par ses nouveaux et incontestables succès : Les Phalanges de l’ordre noir (début septembre 1978) puis Partie de chasse (début octobre 1981) terminent le cycle des « Légendes d’aujourd’hui ». Certes, l’An 1986 ne vit pas la fin du monde exposée dans La Cité des eaux mouvantes, bien que survint cette année-là, le 26 avril, la terrible catastrophe atomique de Tchernobyl dans la centrale Lénine de la République socialiste soviétique d’Ukraine. Le monde a continué d’exister. Mais sa forme a bien changé. Les événements et réalités évoqués dans Partie de chasse appartiennent à un passé définitif. Le Mur de Berlin s’est effondré en novembre 1989. Quant aux utopies réfractaires des rêveurs du Flower Power ou des lanceurs de pavés de Mai 68, quelques archéologues en relèveront éventuellement de minuscules traces dans la société. Des témoins se réuniront peut-être, au cinquantenaire, pour commémorer les événements, ils ressembleront alors aux personnages des Phalanges de l’ordre noir, ces anciens des Brigades internationales : « Une belle collection d’asthmatiques, de cacochymes, de rhumatisants perclus, de vieilles viandes bouffées par le cholestérol… ». Car le temps, inexorable, s’est écoulé et l’univers onirique de 68 s’est écroulé.

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Couverture de la deuxième édition (1990),
aux Humanoïdes associés.

En 1979, aux éditions Encre, sous le label de la collection « L’Utopie tout de suite », paraissait un recueil de nouvelles de Pierre Christin, Le Futur est en marche arrière, illustré par ses compagnons d’aventures : Mézières, Tardi, Bilal, Lesueur, Vern et Annie Goetzinger. « Les textes réunis ici, prévenait Christin, témoignent de ce voyage à rebours au sein d’un futur qui semble porter en lui-même, dans sa formidable progression, tant de possibles facteurs de régression [18]. » Mais voilà le futur advenu. Un futur numérique, capitaliste, libéral et startuper. Reste à savoir avec quels sentiments peuvent désormais être lus les albums de Pierre Christin dit Linus, le scénariste jadis porté par les vents de Mai.

Philippe Videlier, historien (CNRS)


[1Cabu : « 68 a été vécu comme un drame par Goscinny. Il a cru qu’on voulait lui piquer sa place. À l’époque, on disait : plus de patron ! Il a pris ça pour lui. » Quant à René Goscinny, selon le témoignage de Jean-Michel Charlier, « il était livide » : « C’est fini ! J’arrête tout ! Je ne veux plus voir les gens qui font ce métier. » Cité dans Le Livre d’or du journal Pilote, Dargaud, 1980, p. 63 et 62.

[2L’égérie yéyé Dominique Grange, transformée par les événements de Mai 68, chantait « À bas l’État policier » sur le premier 45 tours du label Expression Spontanée, « production de disques qui ne trouveraient pas leur place dans le système commercial actuel basé trop souvent sur le profit et l’abrutissement de l’individu. » Chanson rééditée sur le CD L’Utopie toujours, illustré par Tardi, 2005.

[3Serge de Beketch,entré à Pilote en 1969, avait commencé sa carrière journalistique à Minute et s’afficha par la suite comme militant d’extrême-droite.

[4Interview de Jacques Tardi, Presque tout Tardi, Sapristi, Dieppe, 1996, p. 98.

[5Dès le 20 novembre 1972, Georges Wolinski représentait Michel Debré, ministre de la Défense, comme un fou coiffé d’un entonnoir en couverture de Charlie Hebdo : « Enfermez Debré ! »

[6Interview d’Enki Bilal, Schtroumpf – Les Cahiers de la Bande dessinée, No.53, 1982.

[7Neuvième album de la « Collection Pilote » (album souple), 3e trimestre 1978, les histoires ont été pré-publiées dans Pilote entre 1976 et 1978.

[8Peint au milieu du XIXe siècle (1857-1859) par Jean-François Millet, L’Angélus, autrefois au Louvre, est exposé au Musée d’Orsay.

[9Interview de Pierre Christin-Linus, Schtroumpf – Les Cahiers de la Bande dessinée, No.7, 1973.

[10Claire Bretécher, « Ode à Tintin », Les Frustrés 2, Édité par l’auteur, 1978.

[11Jacques Lob a été également l’auteur de Ténébrax avec Georges Pichard, de Delirius avec Philippe Druillet, de Superdupont avec Marcel Gotlib, du Transperceneige avec Jean-Marc-Rochette, etc.

[12Le Lac des émeraudes, 4 planches, dessin de Jean Giraud, Total Journal No.1, 1966. Linus entre également à Pilote avec Mézières : Le Rhum du punch, bande parodique.

[13Les Aventures de Jodelle paraissent en 1966, Pravda la survireuse dans Hara-Kiri en 1967, album en 1968.

[14Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, « Petite Collection Maspero », 1969, p.119.

[15On prétend que Guy Debord en fut le créateur dès 1953.

[16Marie-Monique Robin, Les 100 photos du siècle, Éditions du Chêne – Arte Éditions, 1999.

[17Caroline de Bendern, la fille de la photo, fit scandale dans sa famille et, pour ce cliché, son grand-père la déshérita.

[18Pierre Christin, Le Futur est en marche arrière, Encre, 1979, p. 9.

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