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fanzine

par Philippe Morin

[Juillet 2017]

On le sait, le terme fanzine est la contraction de l’appellation en langue anglaise « Fanatic Magazine », qui désigne des petites revues périodiques écrites et imprimées par des amateurs sur leur domaine de prédilection.
Historiquement, les premiers fanzines ‒ et le terme qui les désigne ‒ sont apparus aux États-Unis dans les années 30, et notamment dans le milieu de la Science-Fiction (The Comet, en 1936). Ils permettaient à de jeunes passionnés de parler de leurs auteurs préférés et de publier leurs premières nouvelles.
Par principe, tout ce qui touche au fanzine est bénévole. La vente du fanzine n’a pour but que de permettre de financer l’impression et de garantir la parution d’un nouveau numéro.
Les premiers fanzines consacrés à la bande dessinée vont apparaître durant la seconde moitié du XXe siècle dans la plupart des pays développés, mais surtout dans les pays où la production de bandes dessinées est suffisamment importante pour être commentée. Il ne sera question ici que des fanzines de bande dessinée francophones.

En France, les premiers fanzines de bandes dessinées sont apparus au début des années 60. Et ce n’est sans doute pas un hasard si le premier fanzine en langue française de bande dessinée, Giff-Wiff, a vu sa création grâce à un article paru dans les pages d’une revue de science-fiction française, Fiction.
Giff-Wiff (1962-1967) est édité trimestriellement par le premier Club de bande dessinée ‒ qui deviendra le Centre d’Études des Littératures d’Expression Graphique (CELEG) ‒ créé à l’initiative de personnalités comme Francis Lacassin, Alain Resnais et Jean-Claude Forest. Ce fanzine est avant tout le moyen pour toute une génération de lecteurs d’évoquer leur lecture d’enfance (les illustrés d’avant-guerre) sans en avoir honte. Nous sommes dans la nostalgie et dans la nécessité de légitimer un art mineur.

Giff-Wiff va créer plusieurs règles du genre, dans un pays où la publication de revues est soumise à des règles très strictes. C’est, au départ, le bulletin d’une association, ce qui lui donne un statut particulier. L’Association à but non lucratif, ce statut créé en France dès 1901 et qui sera un vecteur formidable pour la liberté d’expression, permet de publier des bulletins réservés en principe aux membres, échappant à la surveillance du ministère de l’Intérieur et à la Commission paritaire. Giff-Wiff devient ensuite un « prozine » qui entre dans le giron d’un éditeur établi mais à la marge, les éditions Jean-Jacques Pauvert. Ce schéma sera le même pour son successeur direct, Phénix.


Phénix (1966-1977) est né en 1966 d’une scission de certains membres du CELEG qui fondent la SOCERLID et, devant le développement incroyable de la bande dessinée notamment en Belgique, en France et aux États-Unis, souhaitent publier des articles sur les courants contemporains et non plus seulement d’un Âge d’Or fantasmé. Entretiens avec des auteurs, analyses, bibliographies, comptes rendus de festival et notes de lectures sont au sommaire de chaque numéro. D’abord publié par les éditions SERG, Phénix finit chez Dargaud.

Ran Tan Plan (1966-1978), né la même année, sera le pendant belge de Phénix et proposera un contenu avec une tendance logiquement tournée vers l’histoire de la bande dessinée belge et ses plus grands auteurs, dont il rééditera des extraits de récits épuisés depuis longtemps.

Schtroumpf, publié dès 1969 par un jeune lycéen grenoblois de 17 ans, Jacques Glénat-Guttin, qui créera cinq ans plus tard sa maison d’édition professionnelle, donnera l’illusion que l’on peut commencer comme fan-éditeur et devenir l’un des plus gros éditeurs de la bande dessinée. Mais ce sera l’exception qui confirme la règle inverse. Schtroumpf deviendra Schtroumpf-Les Cahiers de la bande dessinée puis Les Cahiers de la bande dessinée tout court.

Submarine, publié au même moment par Marc Minoustchine (plus tard l’un des fondateurs de la maison d’édition new-yorkaise NBM), va connaître une dizaine de numéros, proposant lui aussi des entretiens d’auteurs avant d’éditer quelques albums, dont le premier, d’un débutant qui s’appelle Enki Bilal, en 1975.

Cette première génération de fanzines est exclusivement intéressée par les entretiens d’auteurs, l’analyse des œuvres, la recherche bio-bibliographique, tant le patrimoine de la bande dessinée offre un champ totalement vierge et inconnu. Il s’agit de défricher l’histoire du genre, d’identifier ses courants et ses grands auteurs. Bien entendu, l’amateurisme et l’enthousiasme des contributeurs vont jeter les bases d’une recherche historique partiale et partielle, qui mettront longtemps à être remises en cause.

La période 1976-1992 voit se développer les fanzines d’études et apparaître les fanzines de création, avec bien entendu son corollaire, les fanzines qui proposent ces deux types de contenus dans un même titre.
Mai 68 est passé par là, et le développement de la presse alternative, le mouvement underground, le DIY (« Do It Yourself »), copiés sur le modèle anglo-saxon, font école. La multiplication des titres de fanzines sur la bande dessinée est aussi favorisée par le développement des moyens de reproduction bon marché (stencils électroniques, ronéo à alcool, photocopie).
Parallèlement, les circuits de diffusion, souvent limités au départ à la vente par correspondance (via les petites annonces, ou les rubriques Fanzines qui commencent à éclore un peu partout dans la presse professionnelle, dont l’hebdomadaire Spirou, grâce à l’œil avisé de Thierry Martens et avec la bénédiction de Franquin qui illustre la mémorable rubrique « Et les Fanzines ? »), s’ouvrent aussi au dépôt-vente en librairie spécialisé et à la vente dans les festivals qui se développent dans tout l’Hexagone.

Du côté des fanzines qui analysent le patrimoine et l’actualité, après la disparition des titres fondateurs, apparaissent Haga (1972-1986, 60 numéros parus) et Hop ! (1973 à aujourd’hui, 152 numéros parus à ce jour) ; ce dernier, animé par Louis Cance, est devenu le plus ancien fanzine français en activité. L’une des particularités de ces deux titres est qu’ils sont réalisés en province, respectivement à Toulouse et Aurillac ; ils échappent ainsi aux effets de mode parisiens et célèbrent des auteurs méconnus ou moins médiatisés. Quelques années plus tard, Le Collectionneur de bandes dessinées (1977-2008, 114 numéros parus) passera d’un simple bulletin ronéoté pour collectionneurs parisiens à l’un des fanzines les plus complets et fiables en termes de qualité de l’information, formant par là-même une nouvelle génération d’historiens de la bande dessinée.
La même année, Thierry Lagarde, jeune étudiant normalien, publie un fanzine d’études, STP, qui proposera 4 numéros éblouissants tant sur le fond que sur la forme, avec un contenu critique digne des Cahiers du Cinéma et une mise en page conçue sous l’égide des éditions Futuropolis. STP célèbre en particulier les premières stars incontestées de la bande dessinée moderne, Moebius et Vaughn Bodé. Son digne successeur est peut-être Dorénavant, de Barthélémy Schwartz et Bathazar Kaplan, qui sera créé 10 ans plus tard.
L’ensemble de ces titres va constituer un ensemble inégalé d’informations et de recherches sur l’histoire de la bande dessinée et ses différents acteurs.

Le chemin pour commencer à être publié professionnellement à la fin des années 70 devient compliqué : le niveau graphique augmente par l’afflux de nouveaux auteurs de grand talent et les magazines professionnels se transforment, passant du rythme hebdomadaire au rythme mensuel, au profit des albums dont le nombre décuple. Or, en bande dessinée, pour progresser, il faut publier ses planches régulièrement, comme le permettaient auparavant les nombreux « illustrés », passer par le filtre de l’impression et être jugé par les lecteurs.
Ce besoin, vécu par les jeunes auteurs en mal de support de publication, contribuera à l’apparition et au développement des fanzines de création.

Le plus emblématique de ce nouveau type de fanzines, Falatoff (1971 -1977, 38 numéros parus), démarre au début des années 70 dans la banlieue parisienne, et propose à côté d’entretiens de stars de la bande dessinée (Druillet, Macherot, Giraud, Reiser, Fred, Mandryka, Martin), les débuts laborieux de quelques amateurs prometteurs… Parmi ceux-ci, on retrouve Zorin, Volny et Norma (qui fera ensuite carrière dans Pif). Ensuite, l’équipe du fanzine fonde les éditions Artefact.
En Belgique, au même moment, Hislaire débute à 15 ans dans le fanzine Robidule avant de rejoindre Spirou, tandis que Thierry Groensteen, alors lycéen, publie ses propres bandes dessinées dans Buck (1974-77, 13 numéros parus) et y révèle Tome, le futur scénariste de Spirou pour Janry.

Les festivals dédiés à la bande dessinée commencent à essaimer dans toute l’Europe. Ils sont l’occasion pour les animateurs des fanzines de se rencontrer, d’échanger leurs auteurs. En plus, les fanzines sont envoyés aux magazines professionnels, dans l’espoir qu’un débutant taper dans l’œil du rédacteur-en-chef.
On se souvient de Serge Clerc qui publie son fanzine Absolutely Live en 1975 depuis sa province reculée, l’envoie à Jean-Pierre Dionnet, co-fondateur du tout nouveau Métal hurlant, lequel parvient à convaincre sa maman de le faire monter à Paris pour être publié professionnellement. Par la suite Yves Chaland et Luc Cornillon feront de même avec leur fanzine L’Unité de Valeur, réalisé à Saint-Étienne, dans leur École d’art.


À Antony, Yves Frémion créée un fanzine d’humour, Le Petit Mickey Qui n’a Pas Peur des Gros (1972-1978, 13 numéros parus) avant de devenir l’un des piliers de Fluide glacial.
À Sèvres, dans un lycée expérimental réputé, Tito et Loustal publient dans le fanzine Cyclone dès 1976 et pendant trois ans (9 numéros parus) avant de se lancer professionnellement, l’un dans Circus, l’autre dans Métal hurlant. À Paris, Charlie Schlingo publie ses premiers travaux dans son fanzine Le Havane primesautier à partir de 1976 et fera partie de BD, l’Hebdo de la BD des éditions du Square ; Pierre Ouin, de son côté, crée Le Crapaud baveux qui deviendra rapidement Krapo, avant de publier dans Métal hurlant. À Nice, Jacques Ferrandez fait ses armes dans un fanzine local, Le Reptile au style, en 1977 avant de publier régulièrement dans les magazines professionnels.

Mais ces fanzines ont du mal à durer : le lecteur de bande dessinée a des goûts difficiles à satisfaire, la nouveauté graphique ne l’attire pas en général et, pour l’amadouer, il vaut mieux proposer une star en couverture avec 4 pages d’entretien, quitte à lui faire avaler ensuite deux ou trois récits complets de débutants inconnus, mais prometteurs !


PLGPPUR, acronyme de Plein La Gueule Pour Pas Un Rond (1978-2010, 38 numéros parus), s’inspirant de Falatoff mais aussi de Bizu (créé par José-Luis Bocquet) et de Tonic, va développer la formule mixte (des entretiens, des bibliographies, des notes de lectures et des bandes dessinées de jeunes auteurs amateurs) qui sera reprise comme modèle durant toutes les années 80 et 90. En 1983, une scission au sein de PLG va entraîner la création de Scarce (1981-aujourd’hui, 83 numéros parus à ce jour), qui se spécialise dans l’étude exclusive des comics américains. En janvier 1982, PLGPPUR sera le premier lauréat du « Prix Fanzine » qui vient d’être créé par le Salon International de la Bande Dessinée à Angoulême. Ce prix existe encore 36 ans plus tard.

Les fanzines français comme Dommage (1981-1985, 12 numéros parus), édité par l’Association Loisirs et Culture de Confolens sous l’égide de Gilles Ratier, qui deviendra l’un des plus éminents spécialiste de la BD, Band’apart (1980-1982, 9 numéros parus), Sapristi ! (1983-2003, 52 numéros parus), Dynamick, Le Goinfre (1990-1995, 17 numéros parus), Bulles Dingues (1983-1993, 20 numéros parus), Café noir, Jade (1991-1995, 10 numéros parus), vont proposer un contenu mélangeant à la fois récits complets de jeunes débutants et des entretiens avec des auteurs reconnus.
Ces fanzines ont aussi été de véritables creusets pour la découverte de futurs professionnels qui n’ont jamais renié leurs débuts, comme Emmanuel Moynot, Philippe Dupuy, Charles Berberian, O’Groj, Denis Merezette, Jean-Claude Götting, Olivier Schwartz, Jean-Pierre Danard, Frédéric Boilet, Hugues Labiano, Eric Liberge, Stéphane Blanquet, José Parrondo, Stanislas, Jean-Christophe Menu, Louis Alloing, Colonel Moutarde, Alec Severin, François Ayroles, Eric Sagot, Zep, Louis Joos, Jean-Christophe Menu, Joe Pinelli, Lewis Trondheim, Carol Swain, Nicolas de Crécy, Sera, Johanna Schipper, Olivier Neuray, Jean-Christophe Chauzy et Denis Bajram (liste non exhaustive).
Il en va de même pour toute une génération de critiques, spécialistes ou théoriciens de la bande dessinée, comme Numa Sadoul, Yves Frémion, Thierry Groensteen, Harry Morgan, Manuel Hirtz ou Evariste Blanchet, qui ont, eux aussi, publié leurs premiers écrits dans un fanzine. Sans oublier ceux qui deviendront des éditeurs avisés, comme Michel Jans qui créera les éditions Mosquito.
Les rares titres, à cette période, qui se consacrent exclusivement à la publication d’« amateurs » ne parviendront pas à durer aussi longtemps (666, Basket Bitume, Damned, Kolossal Ekatomb, Le Lorgnon, etc).
En Belgique, en Suisse et au Québec, on assiste aussi à l’apparition de nombreux fanzines de création, comme Mycose à Liège, Bonté divine ! à Genève et Bambou à Québec.

Avoir démarré dans les fanzines n’est plus, à la fin des années 80, un gage de mauvaise qualité. L’avantage pour les éditeurs, c’est que le fanzine devient une sorte de lieu de sélection naturelle, de premier filtre permettant aussi à des dessinateurs de se rendre compte, sans conséquences, qu’ils ne sont pas au niveau pour devenir professionnels. Et l’éditeur professionnel récupère des débutants au style déjà maîtrisé.

Mais, au début des années 90, ce type de fanzine ne répond plus aux attentes des jeunes auteurs. Ils souhaitent proposer un nouveau type de bande dessinée, que les éditeurs professionnels ne pas publier. C’est l’apparition du mouvement de la bande dessinée « alternative », de la micro-édition et des labels indépendants. Devant les politiques éditoriales trop classiques des éditeurs professionnels, de jeunes dessinateurs sont amenés à se prendre en main. Étant issus de la mouvance des fanzines, cela ne leur pose pas de problème de continuer à se publier eux-mêmes et ils ne rêvent plus systématiquement d’entrer chez les grands éditeurs.
Les fanzines des années 80 où publie pour la première fois Jean-Christophe Menu sont ses propres productions, comme Le Journal de Lapot et Le Lynx à Tifs ; Lewis Trondheim fait de même à la fin des années 80 avec son Approximate Continuum Comics Institue H3319, qu’il crée après avoir rencontré Harry Morgan au service militaire... Mais Menu publie aussi dans Réciproquement ou PLGPPUR, et Lewis dans Le Lézard. Il est certain que l’Association n’aurait pas vu le jour si l’ensemble de ses fondateurs (à l’exception de David B.) n’était pas passé d’abord dans les fanzines.

L’apparition de nombreux nouveaux micro-éditeurs indépendants va peu à peu se substituer au rôle de défricheur qu’avaient auparavant les fanzines.
Ces jeunes auteurs, élevés à la lecture de Métal hurlant et des manifestes post soixante-huitards, prennent le contre-pied de leurs aînés et empruntent des sentiers vierges pour la bande dessinée en lorgnant du côté de thèmes chers à la littérature et au jeune cinéma français : récits intimes, autobiographiques, introspectifs, ambiances graphiques, expériences formelles ou narratives. En plus, pour la première fois, de nombreuses filles décident elles aussi de faire de la bande dessinée et explorent de nouvelles voies. Un article paru en 1992 dans Le Lézard dénombrait déjà une petite dizaine de ces micro-éditeurs.
Baptisés « Labels indépendants » en référence au monde du Rock, où l’on désigne ainsi les petites maisons de disques à l’avant-garde de la production musicale, ils s’appellent Amok, Treize Etrange, La Comédie Illustrée, L’Association, ego comme x, Fréon, Vertige Graphic, FLBLB, Le Phaco, Rackham, Mosquito, Six Pieds sous Terre, Les Requins Marteaux, La Cafetière, Atrabile, La Pastèque, Cornélius.

Par ailleurs, après des décennies d’ostracisme, quelques écoles d’art ouvrent une section bande dessinée ; les étudiants y développent plus graphique, plus artistique. Les ateliers de ces écoles forment aussi aux différentes techniques de reproduction, de la sérigraphie à la gravure en passant par toutes les techniques du numérique. Désormais, les fanzines se créent souvent dans les ateliers de ces écoles et non plus dans les cuisines des appartements.
On voit arriver une nouvelle génération de fanzines de création, qui ont parfois du mal à assumer le nom de fanzine mais qui proposent des fascicules, des livres-objets ou des séries de recueils qui respectent totalement le principe des fanzines vingt ans plus tôt, avec un soin particulier apporté à la forme et à des tirages confidentiels. Les écoles des Arts Décoratifs, notamment celle de Strasbourg, voient naître Institut Pacôme, Écarquillettes, Vignette, Nyctalope. Au sein de l’école Émile Cohl, à Lyon, apparaissent Arbitraire et Laurence 666).

Aujourd’hui, les auteurs qui publient dans les fanzines ou les recueils alternatifs qui en sont les descendants n’ont pas forcément envie d’intégrer une maison d’édition prestigieuse. Ces fanzines sont souvent publiés par des collectifs d’auteurs issus des écoles d’Art, qui continuent d’exister après les années étudiantes. Les auteurs de ces nouveaux fanzines revendiquent souvent le statut d’artistes et assument de rester dans la micro-édition pour continuer à proposer des exercices alternatifs d’avant-garde et des expériences graphiques novatrices pour un public initié. Ces auteurs-artistes savent pertinemment qu’ils n’auraient pas leur place dans l’édition traditionnelle et le revendiquent.
Presque chaque région, chaque grande ville a son fanzine. À Rennes, le collectif La Chose publie Le Journal de Judith et Marinette ; à Nantes, le collectif Vide-Cocagne publie Alimentation générale ; à Lille paraît Cheval de Quatre, à Toulouse Dopututto. Le parisien Turkey Comics, né en 2000 (25 numéros à ce jour), continue de paraître alors que l’association éditrice a développé une maison d’édition en parallèle (Hoochie Coochie), avec un catalogue de livres de bandes dessinées d’avant-garde.

Le phénomène du « fanzine critique » va subsister jusqu’à l’apparition d’Internet au début des années 90. Avec le développement du net, qu’un fanzine publie un entretien avec Giraud ou Tardi n’a plus la même pertinence qu’à l’époque où personne ne parlait jamais des auteurs de bandes dessinées. Il suffit de taper un nom sur un clavier d’ordinateur et une foule d’informations vous est proposée gratuitement. Néanmoins, Comix Club, Bananas et Critix vont proposer un contenu plus pointu que leurs aînés et tenter de fidéliser un public exigeant.
Au début des années 2010, il ne reste plus guère qu’un seul fanzine qui propose des entretiens et des bandes dessinées amateurs, prolongeant la tradition d’un contenu mixte disparu, Gorgonzola (2004 à aujourd’hui, 21 numéros parus à ce jour).

Sur le plan européen, les deux fanzines « critiques » sur la bande dessinée les plus anciens sont Stripschrift aux Pays-Bas et Bild & Bubbla en Suède, tous deux nés en 1968.

Philippe Morin

Corrélats

auteurbédéphiliecritique ‒ festival ‒ légitimation ‒ underground

Bibliographie

Barral, Etienne, « Le Comiket, royaume des fanzines », Critique internationale No.7, 2000. / Bulles dingues, No.12, éditions Dauphylactère, février 1989. / Jezo-Vannier, Steven, Presse Parallèle, La Contre-Culture en France dans les années soixante-dix, Le Mot et le reste, « Attitudes », 2011. / Maglahes, Henrique, Fanzines de bande dessinée : rénovation culturelle et presse alternative, thèse de doctorat en sociologie, Université de Paris 7, 1996. / Morin, Philippe, « Au temps des fanzines », dBD, No.105, juillet-août 2016, p. 92-95. / Mouquet, Émilie, « F comme Fanzines… Faites-les vous-mêmes, lisez-les avec les autres ! », Bulletin des bibliothèques de France, No.6, juillet 2015, p.38-53. / Rannou, Maël, « Aux fanzineux disparus », Gorgonzola No. 20, décembre 2014, p. 78-122. / Triggs, Teal, Fanzines, Thames and Hudson, 2016. / ̶ , & Sabin, Roger (éd.), Below Critical Radar, Fanzines and Alternative Comics from 1976 to now, Slab-O-Concrete, 2000.

Messages

  • Cher Philippe, très bon votre article, qui est une vue d’ensemble des fanzines et des publications indépendantes. Au Brésil, en respectant la proportion et les caractéristiques, la même route a eu lieu, de sorte que les fanzines dans sa structure classique sont presque éteintes, et un autre phénomène a gagné souffle, le fanzine produit dans les collèges et lycées comme un outil pédagogique de promouvoir la liberté d’expression des étudiants et favoriser la communication. Il existe déjà des études ici sur ce phénomène, mais il est trop tôt pour des conclusions.

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