la bande dessinée comme objet culturel - neuviemeart2.0

accueil > thèmes > histoire éditoriale > La bande dessinée au tournant > la bande dessinée comme objet culturel

la bande dessinée comme objet culturel

[Janvier 2017]

Thierry Groensteen : Nous attaquons la dernière ligne droite de ces Rencontres nationales. J’espère qu’il vous reste un petit peu d’attention et d’énergie. Vous voyez qu’à mes côtés, il y a encore des intervenants qui pratiquent la politique de la chaise vide, mais ils devraient nous rejoindre dans les prochaines minutes. Je vous présente ceux qui sont déjà assis. Nous avons un « grand témoin », Pascal Ory, assis au bout de la table. C’est un historien réputé, spécialiste de l’histoire culturelle et de l’histoire politique. Il est professeur à La Sorbonne, et il enseigne également à Sciences Po Paris. Il a par ailleurs un long compagnonnage avec la bande dessinée et il tient la chronique BD dans les magazines Lire et Histoire. En 2012, il était l’un de co-directeurs de ce monumental ouvrage, L’Art de la bande dessinée, paru chez Citadelles & Mazenod.

À ses côtés, Anne-Claire Norot, qui représente ici la presse, et plus particulièrement les Inrockuptibles. Elle est diplômée de l’Institut commercial de Nancy, et a débuté aux Inrocks en 1995, en tant que journaliste rock. Elle est devenue ensuite chef de rubrique, puis aujourd’hui, elle est non seulement responsable de la rubrique BD depuis 2008, mais aussi rédactrice en chef des hors-séries mensuels, depuis 2012. Plus près de moi, Nicolas Georges, qui représente ici le ministère de la Culture et de la Communication. Avant d’y travailler, il a débuté sa carrière aux Archives Nationales, puis il a rejoint la Direction des musées de France. Aujourd’hui, il est en charge, au Ministère, du Service du livre et de la lecture. Ce service est celui qui exerce une tutelle sur la BnF et sur le CNL. À l’instant même arrive David Caméo. C’est un angoumoisin. Bienvenue chez toi. Il a un long compagnonnage avec le CNBDI, devenue aujourd’hui la Cité de la BD. Il a été rapporteur de la Commission nationale sur les arts plastiques, tout en étant adjoint au maire de cette ville ; il a donc contribué à porter cet établissement qu’est la Cité. Plus récemment, il a exercé les fonctions de directeur de la Manufacture nationale de Sèvres. Depuis 2014, il est le directeur général des Arts Décoratifs, qui regroupe le Musée des Arts décoratifs, et également l’école d’architecture et de design Camondo. Et enfin, à ma droite, penché sur son ordinateur, Hector Obalk, qui est un historien de l’art et un critique d’art. Auteur de documentaires, commissaire d’expositions. Vous avez peut-être vu certaines de ses émissions sur Arte, ou peut-être lisez-vous le magazine Elle, où il parle d’art aussi. Il est auteur de nombreux essais sur l’art contemporain. Il n’est pas un spécialiste de la BD, et c’est même pour cela qu’on lui a demandé de venir, pour apporter un regard un peu extérieur. Mais là, il se trouve que dans très peu de temps, en octobre, il va publier un livre aux éditions Hazan, dont il nous dira quelques mots tout à l’heure, qui n’est pas sans entretenir des relations étroites avec la BD. Nous attendons donc Stéphane Beaujean, qui doit représenter le Festival international de la BD d’Angoulême. Et le voilà qui arrive à l’instant, avec un extraordinaire sens de l’à-propos ! Donc Stéphane Beaujean, qui en plus d’être, depuis 2016, le directeur artistique du Festival, est également rédacteur en chef du mensuel Kaboom, que vous connaissez, critique dans différents organes de presse et co-gérant de deux librairies spécialisées à paris. Alors, notre sujet c’est : la bande dessinée comme objet culturel. C’est un sujet qui se décline en plusieurs volets. Nous allons aborder la place de la BD à l’Université, dans la presse et les médias, ou encore dans les musées. On ne peut pas parler de tous ces sujets en même temps, il y aura donc plusieurs moments.
David, si tu veux bien, je vais commencer par toi. Puisque tu as été parmi ceux qui ont porté le projet du Centre national de la BD et de l’image, j’aimerais avoir ton ressenti par rapport à cette époque, le tournant des années 1980 et 90. Tu as pris tes distances par rapport au dossier de la bande dessinée, mais qu’est ce qui, selon toi, a bougé par rapport à ces années-là, dans la perception que la société française, les milieux culturels, les élites, les établissements publics, peuvent avoir de ce que représente la BD ?

David Caméo : Bonjour à tous. Je crois que mercredi Jack Lang a déjà répondu un peu à cette question. Mais je vais y contribuer aussi. Simplement pour dire que la situation des années 1990 n’était pas du tout la même qu’aujourd’hui. Même si, bien avant le Centre, il y avait eu des initiatives heureuses comme, en 1967, l’exposition regroupant la BD et la Figuration narrative, qui mettait déjà en lumière cet art considéré comme mineur par certains. Aujourd’hui, on ne peut plus parler d’ostracisme, bien au contraire. La bande dessinée est un art majeur, multiple, qui génère des passerelles avec beaucoup d’autres, à commencer par le cinéma. À Angoulême, le Centre, le Festival et l’ensemble des acteurs de terrain ont joué un rôle primordial. Regardez simplement la programmation dans l’ensemble de nos musées, comme celui de Lille, avec Zep. De grands musées s’y mettent, même si ce n’est pas leur vocation première : le Louvre a lancé une collection avec Futuropolis. Et il s‘interroge aujourd’hui pour savoir s’ils doivent aller plus loin.

Thierry Groensteen : Dans les années 1980, le périmètre du champ d’intervention de l’État, dans le secteur culturel, s’est élargi. Jusque-là, seul était concerné l’antique système des Beaux-Arts. Tout à coup, pendant le mandat de Jack Lang, il y a eu une ouverture de l’action publique à toute une série d’autres domaines. Mais tous ces domaines ne sont pas à mettre sur un pied d’égalité. Si on prend la photo, la vidéo, le design, on était dans des choses perçues comme modernes, tendance, peut-être même un peu élitistes et parisiennes. Alors que les musiques populaires et la BD, c’était tout à fait autre chose. Mais c’est rentré dans le périmètre en même temps. Et aujourd’hui, est ce qu’on peut encore parler de la bande dessinée comme d’un art populaire ? À l’époque de l’exposition que tu citais, il y avait eu un colloque à Cerisy-la-Salle, qui portait sur la paralittérature, et la BD était envisagée dans cet ensemble, à côté du polar, de la science-fiction, du roman rose. Aujourd’hui, elle est littérature à part entière, elle est exposée dans les musées, les galeries, etc. Est-ce simplement le résultat de l’action publique ? Quels sont les autres facteurs qui sont déterminants, qui ont modifié le statut de la BD dans ces quelques décennies ?

David Caméo : L’action publique a un rôle, c’est certain. Vous êtes ici dans une institution publique, qui est l’Alpha. La Cité est également assistée par la puissance publique. Donc celle-ci est déterminante, a été déterminante surtout dans ces années-là. Ce n’était pas qu’une question de mode. Dans le cabinet de Jack Lang, on avait un jeune et brillant garçon, Bruno Lion, qui était monsieur Rock au sein du cabinet. Il fallait prendre en compte ces cultures populaires, et essayer d’instaurer un pluralisme culturel qui n’existait pas, prendre en compte les intérêts porteurs du public, et notamment du jeune public. Comme vous le savez tous ‒ il en a été question ce matin ‒ la bande dessinée existe désormais sur le marché de l’art contemporain. Je me souviens que j’ai trimballé des planches originales offertes par les auteurs, dans les années 1978-1980 : on prenait ça sans assurances, sans rien du tout. Elles sont maintenant dans les collections du musée d’Angoulême. Ça n’avait pas beaucoup de valeur, et aujourd’hui il y a un véritable marché. Cette évolution est importante et participe de la reconnaissance du genre. Regardez dans les médias. On va parler de X ou Y plus facilement, car ce sont des gens qu’on va retrouver en vente chez Sotheby’s ou autre. Donc, la reconnaissance a été appuyée certes par les pouvoirs publics, mais c’est aussi la reconnaissance d’un marché, celui du monde de l’édition et du monde de l’art. Un autre point, c’est que tous ces grands auteurs qu’on a connus dans les années 1980 n’ont plus honte d’entrer en confrontation avec des domaines qui leur étaient proches, mais dans lesquels, par pudeur, ils ne souhaitaient pas s’engager.

Thierry Groensteen : Au sein du ministère de la Culture, dans les années où tu étais aux affaires, le dossier de la bande dessinée a été confié pendant quelques temps à la Délégation aux arts plastiques, et à un autre moment il est passé sous le giron de la Direction du livre et de la lecture. N’est-ce pas le signe que la BD est insituable, définitivement inclassable, au carrefour entre les arts du livre, la littérature, les arts du récit d’un côté, et d’un autre côté, les arts visuels et plastiques ? Pourquoi le mettre d’un côté plutôt que de l’autre ?

David Caméo : Il faut dire la vérité au public de cette salle. Jack Lang m’a demandé d’intégrer le ministère de la Culture fin 1982. Je me suis retrouvé à la Délégation aux arts plastiques, qui était la direction qui chapeautait l’art contemporain. Je m’occupais de la commande publique de l’État. Comme j’étais aussi, à l’époque, adjoint au maire d’Angoulême, chargé de la culture, et ayant eu la présidence du Salon, Jack Lang m’a demandé de m’occuper de tout cela, de préparer des mesures, des actions. J’aurais été au livre, le livre en aurait hérité. Au théâtre, ça aurait pu être compliqué. Mais aux arts plastiques, ça me paraissant naturel. Ensuite j’ai évolué aussi dans ma carrière. Mon voisin à cette tribune, donc la Direction du Livre et de lecture, a récupéré ce secteur de la BD, mais dans une dynamique avec le CNL. Néanmoins le Fonds régional d’art contemporain continuait d’acquérir des planches originales. Tout ça, c’est un peu la même boutique.

Thierry Groensteen : Tu as fait allusion à cette exposition, Bande dessinée et Figuration narrative, qui, il y a 50 ans, a été marquante à tous égards, et qui s’était tenue au Musée des arts décoratifs, que tu diriges aujourd’hui. Pendant longtemps, le catalogue, que vous connaissez tous sans doute, avec Little Nemo en couverture, a été un peu la bible des amateurs de BD, en tout cas pour ma génération. C’était le seul ouvrage de référence à peu près complet sur le sujet. Cette exposition a eu un retentissement médiatique considérable, elle a dû être prolongée, et elle a changé le regard qu’on pouvait porter sur la BD. Cinquante ans après, qu’en est-il de la place de la BD dans les musées ? Il y a effectivement de plus en plus d’expos qui sont montées, mais on ne voit pas se constituer de collections d’originaux de BD. Les musées sont encore un peu les forteresses imprenables, qui ne semblent pas vouloir s’ouvrir à ce type d’objets. Où en est-on sur ce front des musées ?

David Caméo : Alors, il n’y a pas tout à fait deux ans que j’ai été nommé comme directeur général des Arts décoratifs, et quand je suis arrivé j’ai un peu regardé la programmation. J’avais en tête ‒ car au moins un des trois initiateurs de cette grande exposition était un ami personnel ‒ de refaire en 2017 quelque chose autour de la BD. Malheureusement, quand vous arrivez dans un musée comme celui-ci, la programmation est déjà faite pour les trois prochaines années, déjà engagée avec des partenaires, publics et privés, des catalogues sont en voie de réalisation, etc. Néanmoins, on va faire quelque chose au niveau de notre site Internet, et se servir des archives de cette période, pour 2017. Pour les musées aujourd’hui, je dirais que, même si l’évolution a été constatée, même si il y a beaucoup d’avancées et d’intérêts de la part des uns et des autres, le monde de la conservation reste encore très souvent fermé. Dans ce domaine comme sur d’autres, ça dépend beaucoup des individualités. Un de mes proches collaborateurs, Laurent Le Bon, qui est aujourd’hui directeur du Musée Picasso, a fait entrer la BD à Pompidou. Mais la BD n’est pas entrée dans les salles du musée, uniquement dans des espaces au sous-sol ; c’était moins identifiable et institutionnel. Mais ça veut dire que des hommes et des femmes d’aujourd’hui, en responsabilité de ce genre d’institution, ont quand même la possibilité de le faire. Après, il y a aussi un paramètre bien connu, celui des moyens humains et matériels. Quand vous avez en charge une commission, sur l’art ou sur d’autres thématiques, les moyens ne sont pas extensibles. Il faut faire des choix. Mais il y a quand même une évolution. Ça se remarque peut-être plus sur ce qui est moins institutionnel, comme avec les Fonds Régionaux d’Art Contemporain, dont certains ont des originaux de BD, des centres d’arts aussi. Et des fondations privées. Il y a encore beaucoup à faire, cette évolution se poursuivra dans les années futures, c’est sûr.

Thierry Groensteen : Je n’ai pas encore été voir l’exposition Hergé au Grand Palais mais, d’après ce qu’on m’a rapporté, dès les textes à l’entrée, il est question d’art mineur. On pose la question : « Est-il possible qu’au sein d’un art réputé mineur, un grand artiste puisse éclore ? » On ne peut pas s’empêcher de toujours renvoyer la BD à son statut d’art mineur, réel ou supposé. D’autre part, on a l’impression (il suffit de lire les interviews des responsables d’institutions, ils ne s’en cachent pas) que quand les musées s’ouvrent à la bande dessinée, c’est souvent pour attirer du monde. La BD c’est populaire, ça va renouveler et rajeunir le public, il y a moyen de faire un grand coup, avec la BD. Donc, il y a bien souvent des arrières pensées qui ne sont pas complètement désintéressées, ce n’est pas uniquement par amour du neuvième art.

David Caméo : Oui, c’est vrai. J’ai eu la chance de voir l’exposition Hergé au vernissage, elle est fabuleuse car elle montre aussi la personnalité d’Hergé et sa connaissance, son intérêt pour les artistes, l’histoire de l’art, etc… Il y a quand même un axe mis en avant dans cette exposition, qui peut changer les esprits qui doivent encore l’être. En travaillant avec des dessinateurs comme Bilal et quelques autres, j’ai pu mesurer combien, dans leur esprit, leurs conceptions, leur imagination, ils avaient cette capacité de représenter ce que pouvait être un grand créateur. Il n’y a pas de différence avec les sculpteurs, les plasticiens, les autres créateurs contemporains. C’est ce qu’il faut affirmer.

Thierry Groensteen : Pascal, en qualité de « grand témoin » de cet après-midi, est-ce que, sur les sujets qui viennent d’être abordés, tu souhaites faire un commentaire, ou poser des questions ?

Pascal Ory : Je garderai plutôt mes commentaires pour la fin, mais je rappelle que témoin, en grec, se dit martyr ! On a bien compris qu’on était en France, donc dans un pays avec une tradition de centralisme. Il y a des pays qui fonctionnent sur des bases inverses et les résultats ne sont pas meilleurs ou pires. Mais la référence aux institutions publiques est, chez nous, capitale. Pour le reste, le plafond de verre sur lequel on est déjà revenus à plusieurs reprises, à mon avis, il continue à fonctionner dans les musées d’art. Pour l’instant, c’est vrai que la légitimation s’arrête à l’entrée des musées d’arts. Il y a des exceptions, bien sûr. Mais c’est frappant. La BD, il y a des maisons pour ça.

Thierry Groensteen : Et nous y sommes, justement. Bien, je vais passer le micro à Nicolas Georges.

[L’intervention Nicolas George sur le poids de la bande dessinée dans le marché du livre, et sur les aides du CNL, est consultable sous la forme d’une vidéo, dans ce dossier.]

Pascal Ory : J’ai une autre casquette qui fait que je suis ces questions-là, au sein d’une société d’auteurs. Je voudrais juste dire que l’intérêt de ces Rencontres, c’est de confronter les tables rondes entre elles. Ce qui me frappe c’est la comparaison de ce qu’on est en train de dire avec ce qu’on a entendu ce matin sur le marché de l’art. On voit bien que la BD, maintenant, est au carrefour d’une logique du livre, avec ses problématiques, intéressantes et relativement protectrices. J’ai tendance à être historien, donc à voir les évolutions dans le temps, mais aussi dans l’espace. On voit bien que le modèle français est assez protecteur pour les auteurs, à partir du modèle du livre du XVIIIe siècle, et désormais de plus en plus, des arts plastiques. Il peut y avoir des tensions entre les deux. Ça peut tourner au désavantage de l’auteur si, dans les deux cas, des mauvais choix sont faits. Ça peut, au contraire, être un cercle vertueux. On est au tournant, comme le dit Thierry Groensteen dans le titre de son dernier livre. Bon, on est toujours au tournant, mais là, c’est un croisement : il y a une logique d’arts plastiques et pour être clair, elle est assez largement régulée par le privé. Je signale que, dans ce domaine-là, le regard qu’on peut avoir sur une régulation par le privé, par le marché, ne peut pas être simplement négatif. Les avant gardes picturales du XIXe siècle, c’est le privé qui les a promues, contre le public. Mais en même temps, il y a une logique du livre, qui fait que nous avons un système qui tient encore debout. Pas seulement un système éditorial, mais un système de distribution et de diffusion. C’est au fond notre système de librairies, qui est le plus remarquable au niveau mondial. J’ai eu l’occasion d’écrire à chaud, en tant qu’historien, un livre sur 2015 : au lendemain des premiers attentats, qui concernent en particulier ce secteur, l’hypothèse de beaucoup de libraires était que les librairies seraient vides. C’est exactement le contraire qui s’est passé. On tient là un vrai enjeu. Mais pour ce qui est de l’identité de la BD, elle comprend qu’elle n’est pas que dans le domaine public. Maintenant, les arts plastiques s’invitent là-dedans. Mais alors, les musées d’arts dans tout ça ?

Thierry Groensteen : Stéphane, je me tourne vers toi. Le Festival de la BD d’Angoulême reçoit des subventions publiques. Ce ne sont pas ses uniques sources de financement, mais il y a des financements de l’État et des Collectivités. Est-ce que c’est tout ce que le festival attend de la puissance publique : une aide financière pour pouvoir exister ? Ou alors, y a-t-il un partenariat véritable entre les pouvoir publics et vous ? Est-ce que le Festival se sent partie prenante d’une politique générale de promotion de la bande dessinée, qui passe, entre autres, par une bonne utilisation de l’argent public ?

Stéphane Beaujean : C’est une sacrée question. Je viens d’arriver, il y a donc des problématiques que je ne maîtrise pas encore très bien. Qu’est-ce que le Festival peut attendre de l’État ? Et qu’est-ce que l’État attend du festival ? Sur ce sujet, je vais répéter quelque chose d’assez idiot, qui est souvent dit, mais que je mesure mieux que certaines personnes, car j’ai la chance de faire de nombreux festivals à travers le monde, comme à Tokyo, à Toronto, etc. Je peux donc dire que, s’agissant du festival d’Angoulême, d’une manière générale, à mon avis l’État mesure mal son importance dans le rayonnement de la France à l’international. Probablement parce que c’est de la BD, et que c’est donc un peu méprisé. Un événement d’une telle unicité, qui a fait autant de comm’, à l’échelle d’un pays, c’est une fierté qui n’est pas considérée comme elle devrait l’être. Parce que c’est de la BD.

Thierry Groensteen : Quelles sont les marques de considération supplémentaires que vous attendriez ?

Stéphane Beaujean : Aucune en particulier, mais c’est un événement qui souffre de certains handicaps. Quand j’invite des auteurs étrangers, j’ai toujours des problèmes pour avoir les stars, car ils jugent Angoulême inconfortable. À une époque où beaucoup de festivals se créent, où les auteurs voyagent de plus en plus et où ils ont moins de temps à nous consacrer... C’était beaucoup plus facile d’avoir une star il y a dix ans qu’aujourd’hui. Quand un auteur a déjà fait Tokyo ou Toronto, il n’a plus envie de venir à Angoulême.

Thierry Groensteen : Oui, mais c’est un autre sujet. Tu parles des capacités d’accueil de la ville.

Stéphane Beaujean : Ça dépend des territoires de l’État.

David Caméo : Mais ça ne fait pas partie de la politique de l’État.

Pascal Ory : Peut-être un mot sur le sujet. Je n’ai pas à me prononcer sur l’état actuel du Festival, mais en tant qu’historien, ce qui me frappe, c’est qu’on sous-estime ‒ alors, sans doute pas ici et dans la Nouvelle Aquitaine ‒ l’importance de l’énergie locale qui a été à l’origine de quantité de grands événement culturels. Dans beaucoup de domaines, le festival de référence est une initiative locale. C’est le cas à Angoulême, ça l’est pour le plus grand festival de jazz européen, à Marciac. Je crois qu’il faut en prendre conscience. Dans ce grand pays centraliste, il y a des initiatives qui s’enracinent, et ça porte à l’optimisme.

JPEG - 131.5 ko
Stéphane Beaujean, Anne-Claire Norot et Pascal Ory.

Thierry Groensteen : Je t’avais demandé, Pascal, de bien vouloir nous éclairer sur ce qu’il en est aujourd’hui de la place de la bande dessinée dans l’université française. Est-ce devenu un objet d’études légitime, académique, un objet d’étude comme un autre ? J’ai ma petite idée sur la question, mais tu es bien placé pour nous éclairer là-dessus, et sur les évolutions que tu as pu observer depuis cinquante ans, notamment parce que tu diriges assez régulièrement des mémoires et des thèses sur la BD. Nous t’écoutons donc sur ce sujet.

[L’intervention de Pascal Ory sur la place de la bande dessinée à l’Université est consultable sous la forme d’une vidéo, dans ce dossier.]

Thierry Groensteen : Merci Pascal, pour ces éléments. Tu as cité à l’instant Comicalités, en disant que la BD s’y trouvait placée sur un même pied que l’illustration et le dessin de presse. Ça témoigne, il me semble, d’un glissement de la BD du côté du champ des arts visuels. Certains s’en souviennent peut-être : le sous-titre des premiers numéros de Phénix, revue pionnière d’étude de la BD, c’était « bande dessinée, science-fiction, espionnage ».

Pascal Ory : Oui. Et d’ailleurs, on a réédité les actes du colloque capital de Cerisy sur la paralittérature.

Thierry Groensteen : Je propose maintenant de passer la parole et le micro à Hector Obalk, qui a préparé une petite performance, un show, une allocution qui ne manquera pas d’être aussi instructive que divertissante.

[L’intervention d’Hector Obalk est consultable sous la forme d’une vidéo, dans ce dossier.]

Thierry Groensteen : Voilà, nous savons maintenant que la critique d’art s’écrira désormais en bande dessinée. Le livre d’Hector Obalk est en vente dans toutes les bonnes librairies, pour 25 euros. Je propose qu’après de grand moment nous fassions une pause. Et que nous ayons une pensée pour Ted Benoît, dont nous venons d’apprendre le décès. Merci.

*
Thierry Groensteen : Nous reprenons nos débats, et je vais tout d’abord donner la parole à Anne-Claire Norot. Tout à l’heure, Stéphane nous a dit que la BD n’avait pas encore dans les médias la place qu’elle méritait, à ses yeux. Puisque le rôle des médias et de la presse, vous le représentez ici, j’aimerais savoir quelle est votre analyse de la situation. Est-ce qu’aujourd’hui la bande dessinée, dans les colonnes des magazines, les journaux, les émissions... a toute la place qui doit lui revenir ? Y a-t-il encore des poches de résistances ? Est-ce que c’est compliqué ?

Anne-Claire Norot : Je voudrais partir d’une constatation que j’ai pu faire sur les deux dernières semaines. Elles étaient excellentes pour la BD dans les médias, puisqu’on a pu voir, entendre Joann Sfar un peu partout.

Thierry Groensteen : Ça, c’est toutes les semaines, non ? (rires)

Anne-Claire Norot : On a pu aussi voir Hergé un peu partout avec l’ouverture de l’exposition au Grand Palais. Dans une mesure un peu moindre, on a pu entendre des choses sur Guy Delisle, qui sort son livre S’enfuir. Il était sur France Inter, sur France Culture, dans Le Monde, etc… Apparemment, une bonne place ces deux dernières semaines pour la BD. Quand on regarde un peu plus près, Joann Sfar est là tout le temps, c’est vrai, c’est le bon client, et là il est sur les plateaux pour son exposition sur Dali. Hergé, c’est le patrimoine ultime, l’auteur ultime. Si on ne parle pas de lui quand il y a un événement, on ne parle de rien. Et Guy Delisle, c’est un peu un des spécialistes de la non-fiction, en prise sur un sujet d’actualité. Là, c’est le récit d’un otage, donc un sujet sérieux. Je trouve que c’est un peu le même type de choses qu’on peut voir dans la presse généraliste : des gros sujets, des vedettes, et qui ne laissent pas de place au reste. Évidemment, la place de la BD dans la presse généraliste dépend beaucoup de l’enthousiasme et de la force de persuasion de la personne qui établit l’idée de parler de BD dans le journal, et dépend du rédacteur en chef, qui de toute façon va avoir le mot final. Je constate quand même que les rédacteurs en chef ont plus de sympathie pour la BD dans la presse généraliste. J’ai pu voir aussi cet été à l’étranger, c’est marrant, dans le Times Litterary Supplement, qui fait peu de critique BD ‒ à part Paul Gravett, qui ne fait pas de choses très longues ‒ une pleine page sur la Trilogie Nikopol. Rédigée par le nouveau rédacteur en chef de 36 ans. Ce qu’on voit aussi très souvent, c’est que, dans la plupart des journaux, il n’y a pas de rubriques bandes dessinées. C’est dans les rubriques culture, ou livres, mais il n’y a pas de rubrique à part entière, comme le cinéma peut avoir sa rubrique. Donc c’est parfois traité comme une sous-culture. Dans le Monde des Livres, il y a une page qui mélange polars, S-F et bande dessinée. Ce que je constate aussi, c’est qu’aucun des critiques de BD ne fait que ça. On a tous une autre fonction dans le journal qui nous emploie. On n’a pas le choix. Ceux qui n’ont pas de page BD attitrée ‒ ce n’est pas mon cas, j’ai une page toute les semaines ‒, pour donner plus de place au sujet, parlent des expos, des chiffres de vente, des ventes aux enchères… Et essayent d’interviewer les « bons clients », parce que ça, on ne le leur refusera pas. Un dernier problème, c’est que, comme on a très peu de place, on ne critique que les livres qu’on aime, finalement. Donc on ne dit que du bien, on ne parle que des livres en bien. Jamais on ne va prendre une colonne pour dézinguer un livre qui le mériterait. Ce ne doit être que des critiques positives. C’est une sacrée limite.

Thierry Groensteen : En quoi est-ce un problème ? Vous le voyez comme une perte de crédibilité d’être celle qui dit toujours du bien ?

Anne-Claire Norot : Non, ce n’est pas la question de crédibilité. C’est que parfois, c’est plus constructif, même pour les auteurs s’ils peuvent avoir un avis pas forcément bon sur ce qu’ils font. Il y a des auteurs que j’adore, il se peut qu’une fois ils fassent un mauvais livre, je n’en parlerai pas plutôt que d’en dire du mal. C’est dommage. C’est plus pour le feed-back sur l’œuvre. La solution qu’on trouve en interne, c’est d’aller sur le site internet de notre support pour mettre les interviews, les papiers sur les auteurs ; quand le rédacteur en chef ne veut pas le faire sur papier, il veut bien sur le net. Ça nous permet des choses, mais on sait que ça n’aura pas la même visibilité, le même impact. Sinon, la prépublication estivale, c’est un peu le passage obligé de tous les magazines, on le fait tous. C’est très bien, car ça donne une visibilité à la BD, mais, encore une fois, ce n’est pas de la critique. Et puis on peut aussi essayer de faire du hors-série. Il y en a pas mal en kiosque. Cet été, il y a eu trois hors-série en même temps : il y avait Gotlib, par l’Express ; il y a eu le journal de Tintin, par Paris Match ; et les BD érotiques interdites, par Beaux-Arts Magazine. Ce qu’on constate, c’est que ça ne concerne, en général, que le patrimoine. En ce moment, il se passe tout de même pas mal de choses sur les supports numériques… Je pense notamment au Monde, qui accueille un grand nombre de blogs d’auteurs. Qui a aussi pu republier je ne sais combien de BD cet été, et qui a un strip dans son édition matinale, qui marche bien. Je pense à Professeur Cyclope, qui malheureusement s’est arrêté, mais qui pour Arte était un engagement vers la BD. L’autre tendance récente, c’est un peu le boom des revues, même si il n’y en a pas non plus 50. Je pense que c’est dans la foulée de XXI, qui a systématiquement illustré ses articles par des dessins et publié une bande dessinée de reportage à la fin de chaque numéro. Ça a donné des idées à d’autres. Et puis, on a la Revue dessinée, qui a été lancée en 2013, qui marche plutôt pas mal. Je crois que le tirage était de 17 000 l’année dernière. Et Groom aussi, qui occupe le créneau ado.

Thierry Groensteen : Depuis 2008, vous avez votre page hebdomadaire dans les Inrocks. Ça veut dire que, quel que soient les rédacteurs en chef qui ont pu se succéder, la page a toujours été sanctuarisée ?

Anne-Claire Norot : Oui, elle n’a jamais été remise en question. Donc je fais ce que je veux, personne n’est derrière moi.

Thierry Groensteen : Mais y a-t-il une réflexion, au sein de la rédaction, sur ce que représente la BD dans les habitudes culturelles de votre cœur de cible. Quelle est la place de la BD dans la culture des lecteurs des Inrocks, à côté de la musique, du cinéma, etc.?

Anne-Claire Norot : Non, il n’y a pas de réflexion à ce sujet.

Thierry Groensteen : Pouvez-vous la susciter cette réflexion ? Êtes-vous en position de le faire ?

Anne-Claire Norot : Je le pourrais, sans doute... La chance que j’ai, c’est que le dernier directeur de rédaction est un peu plus BD que ses prédécesseurs. Donc, je remarque que j’ai plus de facilités à passer des articles en dehors de ma page. Des articles plus grands, plus longs. Parce que c’est quelqu’un qui lit de la BD, qui connaît des auteurs, qui aime ça. Mais sinon, il n’y pas de réflexion plus globale sur la bande dessinée.

Stéphane Beaujean : J’ai travaillé avec Anne-Claire aux Inrocks et dans d’autres magazines. Pour donner un exemple des limites qui peuvent nous être fixées : cette année, aux Inrocks, on a refusé une interview de Catherine Meurisse, qui n’était pas jugée assez populaire.

Thierry Groensteen : Après la sortie de La Légèreté ?

Stéphane Beaujean : Évidemment, après.

Anne-Claire Norot : On ne l’a pas entièrement refusée, elle est passée sur internet.

Stéphane Beaujean : Ça donne un exemple du niveau de renommée exigé pour pouvoir passer sur papier.

Thierry Groensteen : C’est un cercle très fermé, finalement, les auteurs interviewables…Catherine Meurisse était tout de même probablement une des autrices les plus en vues cette année.

Anne-Claire Norot : Ça dépend aussi du moment. Quand on est dans une rentrée littéraire, quand il y a une actualité énorme ailleurs, c’est sûr que la BD passe à la trappe. Je n’ai pas réussi à vendre une interview de Catherine Meurisse, par contre quelques mois avant, j’ai pu faire un portrait du Canadien Jeff Lemire, qui est quand même beaucoup moins connu en France. Alors, c’est aussi le fait qu’il est un jeune auteur, et qu’il était publié chez les éditeurs de comics, donc ça semblait plus dynamique, ça plaisait plus au rédac’ chef.

Stéphane Beaujean : Pour l’exercice de la critique en tant que telle, dans tous les magazines pour lesquels je travaille, je constate année après année une réduction du nombre de signes, au bénéfice de l’image, de l’illustration qui va accompagner l’article. Ça se retrouve dans tous les magazines. Je ne pense pas que ce soit lié qu’à la BD, je pense que c’est général. Les maquettes, ces dernières années, ont eu tendance à diminuer la place du texte au profit de l’image.

Thierry Groensteen : Anne-Claire, vous avez mentionné Guy Delisle, à propos du livre qu’il sort en ce moment. Il est assez symptomatique de quelque chose qui me semble une tendance de fond. Dans les médias, il y a généralement la prime au sujet. Les livres de BD qui s’emparent d’un sujet d’actualité, ou qui présentent un caractère politique, ont plus de chances d’être chroniqués et d’être mis en avant, qu’un album western ou de science-fiction, aussi bon soit-il.

Anne-Claire Norot : Oui, quand la BD s’empare d’un sujet de société, il ne parle pas qu’à des bédéphiles, il s’adresse aussi aux journalistes. Qui auront peut-être plus de poids pour dire qu’il faut en parler. C’est certain.

Thierry Groensteen : Les éditeurs semblent l’avoir compris. J’ai l’impression qu’ils encouragent plus les livres de non-fiction, en se disant que, justement, les médias vont embrayer dessus.

Anne-Claire Norot : Je ne sais pas si c’est uniquement ça, c’est aussi que ça se vend très bien.

Stéphane Beaujean : Et ça se vend très bien aussi à l’étranger, c’est l’essentiel des ventes de droits. Il y aussi cette idée à intégrer. Il est certain que la BD de divertissement est un peu prise en étau entre plusieurs mécaniques qui font qu’elle ne s’exporte pas aussi bien dans les médias, où on va rechercher plutôt une dimension culturelle.

Thierry Groensteen : Est-ce que la catégorie du roman graphique a modifié la donne, la perception qu’on pouvait avoir la perception de l’objet BD dans les rédactions ? Thierry Smolderen a écrit un article intéressant sur l’impact que ça avait eu dans le monde anglo-saxon. Quand on s’est mis à parler du graphic novel, les grands journaux qui jusque-là ne parlaient jamais de BD ont commencé à en parler, y compris leurs meilleures plumes. L’impact en France a été moindre, mais quand même. Cette catégorie, n’est-ce pas un cheval de Troie qui permet de développer la place de la BD dans la presse ?

Anne-Claire Norot : Je voulais juste revenir sur la BD de reportage. C’est facile d’en parler, on peut juste s’accrocher au sujet. On n’est pas obligé de comprendre graphiquement ce qu’elle signifie. On peut juste parler de l’histoire, par exemple de cet otage retenu en captivité, sans pour autant comprendre le rythme imposé par Guy Delisle dans son livre. Tout le monde peut le faire, en s’accrochant juste sur le sujet.

Stéphane Beaujean : Sur le roman graphique, c’est un cheval de Troie commercial. C’est ce qui a permis aux auteurs américains d’entrer dans les librairies généralistes où ils n’avaient pas droit de cité. C’est d’ailleurs pour ça que le terme a été créé, il fallait sortir des magasins spécialisés américains, qui ne proposaient que des comics de super-héros. Un livre différent n’avait aucun espace pour lui dans ce genre d’endroit. Et les généralistes ne voulaient pas d’eux non plus. Il a fallu passer par un nouveau nom plus séduisant pour les libraires, et pour les grands médias.

Thierry Groensteen : Je constate que, dans Le Monde, le journaliste attitré pour la BD est Frédéric Potet, et, depuis la rentrée, Mathias Énard, romancier, lauréat du prix Goncourt, tient une chronique mensuelle sur le roman graphique. Il y a donc désormais une chronique BD et une chronique spécifique consacrée au roman graphique. Mais vous, Anne-Claire, faites-vous des statistiques sur les livres dont vous parlez ? Quel serait le pourcentage des romans graphiques et des livres qui s’inscrivent dans une logique de série ? Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de livres de séries qui sont chroniqués, si ?

Anne-Claire Norot : Euh… je dirais 70 % de romans graphiques, contre 30 % pour les séries… On en chronique parfois, des séries, car on fait des chroniques sur des mangas ou des comics. Donc ça fait augmenter le pourcentage. Et puis, bon, il y a des albums 48 pages cartonnés que j’aime beaucoup, donc je ne me cantonne pas qu’au roman graphique. Mais c’est une bonne partie de la critique.

Thierry Groensteen : J’en parle comme observateur extérieur, mais j’ai l’impression que les éditeurs alternatifs ou indépendants ne sont pas forcément les plus mal lotis dans la presse, proportionnellement à leur poids économiques. Quand ils sortent un livre intéressant, on en parle, alors qu’ils n’ont pas forcément les services d’un ou d’une attaché de presse compétent qui appelle tous les quatre matins…

Anne-Claire Norot : Ça reflète notre curiosité à nous. De toutes façons, les éditeurs, gros ou petits, nous envoient leurs plannings, des infos si je les demande… Après, c’est en fonction de mes goûts, ça ne m’importe pas vraiment que ça vienne de Casterman ou de Cornélius. Il y a certaines maisons d’édition dont le programme éditorial m’intéresse plus que d’autres. Mais c’est vrai que je suis très curieuse de la production, donc je vais aller voir ce qu’il se passe chez les petits éditeurs aussi.

Thierry Groensteen : Quand un album est primé à Angoulême, par exemple, est-ce que automatiquement, il aura droit à un papier ?

Anne-Claire Norot : Non, pas forcément. Je n’en fais qu’à ma tête.

Stéphane Beaujean : Moi, j’ai une approche un peu différente. Ce n’est pas forcément la bonne, mais je calcule de manière un peu mathématique le pourcentage de texte que je vais accorder à chaque genre. C’était ma volonté, j’ai même créé un magazine pour ça. En gros, 30% de japonais, 30% de français, 30% d’américains ; 50% de patrimoine, 50% de contemporain. Ce n’est pas vrai dans tous les numéros, mais si on additionne le tout à la fin, le compte est là. Et ce qui m’intéresse en tant que critique, c’était de casser ces limites. J’ai toujours lu de tout, je ne me suis jamais forcé, mais je voulais, en tant que critique, étendre la curiosité du lecteur. J’étais persuadé que quelqu’un qui se cantonnait à son champ de lecture ratait quelque chose.

Thierry Groensteen : Il existe une association des critiques de BD, je suppose que vous en faites partie ?

Stéphane Beaujean : Non. Ce n’était pas mon métier. J’ai eu la chance d’être publié par beaucoup de magazines depuis longtemps, mais ça n’a jamais été ma profession en fait.

Anne-Claire Norot : Moi non plus, je n’en fais pas partie. Un peu pour les mêmes raisons. Là je fais des critiques réellement depuis 2008. J’en faisais plus ponctuellement avant. On me l’a proposé mais je n’ai pas donné suite. Je le ferai peut-être.

Thierry Groensteen : Pascal, Nicolas, ou David, avez- vous quelque chose à dire sur le rôle de la critique, la façon dont elle s’exerce ? Des questions à poser aux journalistes que nous avons là ?

Pascal Ory : En ce qui me concerne, je vois le statut actuel de la critique BD au carrefour de deux crises. Il y a une crise des médias classiques, comme la radio et la télévision. Il est évident qu’il y a des phénomènes de crispation. Il peut y avoir des phénomènes qui contribuent à intéresser à la BD, d’autres peuvent se retourner contre elle, par exemple, moins de surface. Pour tout, y compris pour la BD. Et puis, l’effet positif de la crispation, mais qui est pervers, c’est de s’intéresser à la BD pour de mauvais raisons. En se disant : il y a un événement qu’on ne peut pas rater, il y a du patrimoine qui est intéressant. Je ne dirais pas que c’est du populisme, mais c’est au moins de l’opportunisme. Un deuxième élément, c’est la crise de la critique. Je suis assez sensible au fait qu’Anne-Claire indiquait qu’à cause de la diminution de la surface, le positif va l’emporter par arbitrage. Moi, quand j’ai envie de signaler, au passage, des déceptions à l’intérieur d’un avis général, je le dis, je ne le censure pas. Mais quand on a très peu d’espace… On finit par oublier qu’au XIXe siècle, dans les grands journaux anglo-saxons, on y allait ! On s’attaquait même aux grands auteurs. Aujourd’hui, on a l’impression que la critique devient de la publicité rédactionnelle. Il faut réfléchir à ça aussi. Pour terminer, il y a tout ce qui se passe sur Internet. On parle des médias classiques mais c’est là, désormais, que ça se passe.

David Caméo : Je crois que l’argument qu’expose Pascal, on le retrouve dans tous les secteurs. Celui de l’art contemporain, que je connais assez bien, celui de la mode ou du design… Dans la presse papier, même les grands journaux sont touchés. Le développement d’Internet chamboule tout. Alors il n’y a pas la même réflexion, pas la même profondeur, mais au moins, on en parle. On se raccroche à l’actualité, à un événement, c’est quand même important. Il y a crise de la presse, et il y a ensuite le profilage des grands quotidiens. On cherche ce qui va être le vecteur pour faire du buzz, on cherche à vendre ce qui va être le plus partagé. Ce n’est pas spécifique à la BD mais, comme elle est déjà très maltraitée à la base, ça peut poser problème.

Stéphane Beaujean : L’expérience de ces dernières années m’a surpris. J’avais fondé un magazine, Kaboom !, qui est l’antithèse de ce qu’on accepte aujourd’hui. Mes critiques, je ne leur passe pas de commandes, ils parlent de ce dont ils veulent parler. Je leur donne l’espace qu’ils veulent, je ne les limite pas, et à la fin, je m’arrange pour que ce soit articulé sur le plan éditorial. On a eu un succès incroyable, on a fédéré des marques de mode, d’alcool, et des gens qui ne prennent pas de pubs généralement ; on a eu un très gros succès de vente et d’image, avec des textes qui font 10-12 pages, avec une vision unique de la BD, car on parlait de tout. Pour les courageux, il y a donc moyen de le faire encore. Nous, ça a marché, c’était peut-être un accident, mais j’y crois. J’en parle au passé, car j’arrête, avec mes nouvelles fonctions je n’ai plus le temps de continuer. S’ils ne trouvent personne pour reprendre, Kaboom ! est un titre qui s’arrêtera. Je souhaite que quelqu’un se présente.

Thierry Groensteen : Quand on exerce la fonction de critique dans un genre qui a longtemps été faiblement légitimé, est-on investi d’une mission ? Au-delà de tel ou tel livre qu’on aime, ne s’agit-il pas de promouvoir le genre en tant que tel ?

Anne-Claire Norot : Oui, et ça dépasse ma petite page. J’essaie d’infuser ce que je peux ailleurs dans le journal, de façon un peu discrète.

Stéphane Beaujean : Ce n’est pas un statut confortable, donc les gens qui font de la critique BD ne le font que par passion.

Thierry Groensteen : Bien. Alors Stéphane, je vais te demander de changer de casquette. On va revenir un instant sur le festival d’Angoulême. Une manifestation de cette ampleur doit tenir ensemble différentes dimensions : une dimension populaire, une dimension festive, une dimension commerciale, et en même temps, il doit avoir une exigence culturelle. Cette exigence repose désormais sur tes épaules, car tu en es le directeur artistique. Est-ce que l’ambition culturelle du festival a changé ces dix dernières années, et vas-tu la faire évoluer ?

Stéphane Beaujean : Il est encore trop tôt pour le dire. Moi, pour l’instant, je me place dans une position d’écoute. C’est un festival en crise, et il est important d’entendre toutes les personnes qui participent à cet événement, pour comprendre pourquoi et comment on peut réorganiser les choses, articuler les choses pour que ça se passe mieux. Avant de prendre des décisions et d’arriver avec des idées, je suis plutôt à l’écoute des gens et j’ai besoin de les entendre. Ma vision de l’événement, elle est proche de ce que je disais tout à l’heure. C’est un événement qui a été créé en France, qui doit sa taille à l’État, c’est quelque chose d’assez unique. Ma seule priorité c’est de le préserver. Cet événement est unique dans ce secteur d’activité, et il ne peut pas ne pas être au sommet de sa force. Ma vision des choses : j’aime emmener les gens dans des univers de lecture vers lesquels ils n’iraient pas d’eux-mêmes. Et pour les faire voyager, je passe par un discours sur le dessin. Apprendre à observer l’image, à décoder ce moyen d’expression souvent enseveli sous le texte, ce qui est un paradoxal, car le texte occupe moins de place que l’image. C’est ce que je veux amener sur le festival. Dans les expos sur lesquelles je travaille, généralement, j’essaie de prendre les gens dans la main, de leur montrer des signes dans les objets qui les intéressent et de leur dire qu’ils pourront les retrouver plus loin, dans un autre sujet. C’est tout ce que j’ai essayé de faire pour le moment. Et ensuite, avancer sur une ligne éditoriale qui prendra en compte les envies, les projets et la réalité économique de la BD. Ce n’est pas encore une politique très forte, mais mon souhait aujourd’hui, c’est de renforcer cet événement pour qu’il puisse être plus que jamais le bouclier qui permette de briser les carapaces de résistance, et de faire en sorte que la BD soit plus lue, plus appréciée, plus diffusée et mieux comprise.

Thierry Groensteen : Ces résistances, tu les vois où, principalement ?

Stéphane Beaujean : Beaucoup dans les médias. Ce que dit Anne-Claire est vrai. Je lis les médias depuis longtemps et je ne suis pas dupe. La bibliodiversité qui est chère à beaucoup d’entre nous n’est pas représentée dans les médias, en BD en tout cas. Il faut les aider, les accompagner à aller vers des choses moins évidentes. Le divertissement est chassé des médias, d’autres choses plus contemporaines sont chassées des médias. Dans les librairies, c’est le cas aussi. 5 000 livres, c’est difficile à mettre en place pour un libraire.

Thierry Groensteen : Toutes les décisions que prend le festival ont finalement une incidence sur la perception ou l’avenir de la BD. Un exemple frappant : le poids symbolique du prix du Patrimoine. Le jour où le Festival a créé ce prix, c’était une façon d’affirmer que la BD a une histoire, même si plein d’auteurs sont en activité aujourd’hui. Il ne faut pas se couper du passé du 9ème art, il est important qu’il reste vivant et valorisé. Or, depuis que ce prix existe, on constate que les éditeurs eux-mêmes y sont plus attentifs, et rééditent davantage et mieux les ouvrages du passé. Est-ce que le Festival a joué son rôle de poisson pilote ?

Stéphane Beaujean : On ne peut pas attribuer tout le mérite au festival, mais ce qui est sûr, c’est que le patrimoine a été négligé à un moment, entre 1995 et 2005, lorsqu’une nouvelle bande dessinée de divertissement a émergé au travers de Delcourt et de Soleil. À ce moment-là, cette nouvelle génération s’est construite contre la précédente, elle a enseveli cette précédente. C’est vrai que l’apparition du prix Patrimoine a permis de retisser du lien avec cette histoire qui avait été ensevelie, et a contribué, en partie, à remettre, à côté de ces nouvelles créations, l’histoire de la BD. Et je trouve ça primordial, cela va sans dire.

Thierry Groensteen : Eh bien, nos intervenants du jour ont tous été remarquablement concis et je les en remercie, si bien que nous avons du temps pour un échange avec la salle. Peut-être avez-vous rongé votre frein, donc si vous des questions, c’est maintenant…

Alexandre Balcaen (dans la salle) : Bonjour. Ça m’intéresserait d’avoir vos avis pour revenir sur un des points soulevés par Pascal Ory et par Anne-Claire, celui de la critique négative. En effet, en bande dessinée, aujourd’hui, j’ai l’impression que ça n’existe absolument pas du tout, et les rares moments où ça a pu exister, ça a été marginalisé.

Stéphane Beaujean : Je vais essayer de répondre rapidement. Chaque critique a la pratique qui lui appartient. J’ai fait beaucoup de critiques négatives à mes débuts, autant que de positives, car j’ai été éduqué avec cette idée que je ne pourrais pas comprendre le monde de la BD si je n’en connaissais pas les contours. Il fallait que j’aille vers ce que je détestais le plus et vers ce que j’aimais le plus. J’ai arrêté après quelques années. Je n’arrive plus à voir le but d’une critique négative. Aujourd’hui, la critique telle qu’elle existe dans sa plus grande forme, c’est la critique du tri, qui permet à l’acheteur de faire sa sélection. Mais ce n’était pas le but de la critique quand elle est apparue. C’est un problème, car ça ne sert à rien de dire du mal : ce qui est important, c’est d’aiguiller les gens vers des lectures qui vont leur être plaisantes voire bénéfiques. Je n’ai plus envie d’être celui qui jette les tomates.

Hector Obalk : Une critique digne de ce nom est positive et négative dans presque tous les cas, sauf quand il s’agit, peut-être, d’un ou deux tableaux de Velasquez. Si on est un peu sérieux, il y a toujours un petit peu de choses à critiquer en mal et beaucoup de choses à dire en bien. Maintenant, il y a beaucoup de générosité et beaucoup de mesquinerie. Si vous faites de la critique négative pour montrer que vous, vous osez dire du mal de Raphaël, ce n’est pas très intéressant. En revanche, il y a aussi une générosité dans la critique négative, pour laquelle beaucoup d’artistes finissent par être reconnaissants. C’est dur de dire du mal à quelqu’un. Il faut beaucoup de générosité pour le faire, et même de la pédagogie. Il n’y a pas de pédagogie sans critique négative. Si on veut sortir de « Raphaël est un très grand artiste, il faut s’agenouiller devant », si vous voulez que les gens soient sensibles, il faut leur montrer qu’il y a des Raphaël un peu moins bons, afin qu’ils apprennent quelque chose de plus important que l’information. Et c’est la sensibilité à l’art. Il y aussi une formation du critique. On n’est pas que dans les goûts et les couleurs. Il y a une formation esthétique qui fait qu’à force de côtoyer les œuvres, on affine son jugement, et on finit par trouver qu’en effet, il y a des Raphaël un peu inférieurs à d’autres, ce qui rend les plus grands encore plus grands.

Xavier Guilbert (dans la salle) : J’ai l’impression que, quand on se pose la question de la BD comme objet culturel, le Web n’a pas la même légitimité, comme support, que les autres supports pour véhiculer un discours culturel. Je suis sur un site qui fait de la critique. Autre chose que je voulais dire : effectivement, la BD a peu de place dans les journaux, et en plus, il y a un effet de suivisme. Non seulement, les journaux, un par un, traitent de peu d’albums, mais en plus, dans leur ensemble, ils traitent toujours des mêmes. Au moment de la sortie du tome 2 de L’Arabe du futur, dans le mois qui entourait la sortie, il y a eu une trentaine d’articles et de passages radio de Ryad Sattouf. C’est L’Arabe du futur qu’on voit partout, partout, alors que, sur les 5 000 livres livrés au libraire, il y a un nombre incalculable de livres sur lesquels aucun regard critique ne vient se poser. Jean-Louis Gauthey, lors d’une précédente Université d’été, avait dit que les journalistes n’éclairent que ce qui est déjà dans la lumière. Il y a vraiment là quelque chose de problématique.

Anne-Claire Norot : C’est un petit peu ce que je soulignais tout à l’heure. Les grands noms, les bons candidats trustent le peu de place dans les médias. Mais, pour prendre l’exemple de Riad Sattouf : je n’ai pas fait de critique de L’Arabe du futur 2, mais mon rédac’ chef a voulu qu’il y ait du Riad Sattouf.

Stéphane Beaujean : Bon, pour L’Arabe du futur 2, après le 1, ça mérite qu’on s’y attarde, selon moi. Ensuite, pour aller dans ton sens, l’une des premières choses qu’on m’a dite aux Inrocks, alors que je voulais éviter de parler du dernier Charles Burns, car tout le monde en parlait, on m’a dit que si je n’en parlais pas, je me trompais, je faisais une faute éditoriale. C’est justement parce que tout le monde en parle qu’il faut que tu le fasses aussi.

Anne-Claire Norot : Je ne me sens pas tenue par ce genre de considérations.

Stéphane Beaujean : Non, mais reflète le travail de la presse : c’est la mécanique de la concurrence. Si vous êtes absents d’un secteur très discuté, les lecteurs vous le reprochent.

Jean-Pierre Mercier (dans la salle) : Moi, il me semble que, sur France Inter ou France Culture, il ne se passe pas une semaine sans qu’un auteur soit invité aux heures de grande écoute, pour une dernière parution. En général, c’est toujours relié à une actualité extra BD : la guerre en Syrie, etc. On n’est pas dans la critique, mais il me semble que les médias ont l’impression de remplir leur rôle en faisant ce travail, qui est une information promotionnelle. La BD n’a jamais eu de critiques.

Benoît Preteseille (dans la salle) : Je suis auteur et éditeur. J’avais une remarque par rapport au terme de roman graphique, qui a tendance à me hérisser profondément. Pour moi, il se justifie, comme le disait Stéphane, dans le milieu commercial américain où les comics, qui sont mensuels, s’opposent frontalement au fait de faire paraître un recueil en entier. Mais le concept a été importé en France d’une manière inconsidérée, qui a contribué à dégrader l’image de la BD. Pour moi, ce n’est pas un plus, c’est un moins. On a sectorisé encore plus, et maintenant, on dit : je ne lis pas de BD, je lis du roman graphique. Maintenant, un format plus classique est déconsidéré dès sa forme éditoriale. Et puis il y a des gens, des auteurs qui ont commencé à faire des livres d’un autre format, avec plus de pages. On dit que c’est du roman graphique, mais en fait ils font exactement la même chose. On ne sait plus vraiment si c’est de la BD classique ou pas. C’est une chose identique, qui n’obéit qu’à une volonté de légitimer la BD en se rapprochant de la littérature. La BD est une forme d’art autonome, qui n’a pas besoin d’aller chercher des justificatifs. Pour moi, il y a la BD en général. On sépare mangas, comics, BD et romans graphiques, mais tout ça, c’est de la BD... Les différents formats viennent d’autres pays. Et alors, où est le problème ?

Stéphane Beaujean : À titre personnel, j’essaie d’utiliser le mot BD tout le temps. Sauf quand ce sont des formes institutionnelles. Effectivement, la BD c’est le seul médium qui a choisi d’attribuer un nom spécifique à des genres, des formats, et c’est excluant. Ça pose problème, ça empêche les publics de se rencontrer. Dans le cadre du festival, la question se pose également, pour la sélection officielle. Certaines personnes voudraient qu’on sectorise, pour que la visibilité commerciale soit plus claire. En effet, ça marcherait, si on le faisait. Une sélection globale, comme on le fait aujourd’hui, peut effrayer certains individus. Mais sur du moyen ou long terme, ce serait contre-productif. Il est temps de résister aujourd’hui contre cette sectorisation trop marquée, il faut savoir revenir dessus lorsqu’elle commence à être contre-productive, comme en ce moment.

Antoine Ozanam (dans la salle) : Et pourtant, dans ta propre librairie, tu es très segmenté. Il y a BD espagnoles, argentines…

Stéphane Beaujean : La BD argentine a une place très importante pour les gens avec qui je travaille, car c’est un des rares moments historiques où le médium a eu un rôle politique extrêmement fort, un rôle de changement de société. Certains de mes collaborateurs sont émus par ces choses-là, et ils ont envie d’identifier ce secteur pour pouvoir mieux approcher des gens. Si tu viens devant le comptoir, l’espace où on est en interaction le plus immédiat avec les gens, là, il y a une bibliodiversité calculée. Une librairie doit être un minimum organisée.

Thierry Groensteen : D’autres questions ?

Marie Deschamps : Bonjour, je suis cinéaste et dessinatrice. Donc chômeur professionnelle et auteur amateur. J’aurais voulu parler d’un sujet qui a été abordé par monsieur Georges, qui sont les subventions et les aides allouées, en particulier, aux éditeurs. En sachant que je suis chez un micro-éditeur qui a fait des choix politiques de refus d’une certaine manière de partager son objet culturel livre. Il n’est pas chez un diffuseur-expéditeur professionnel, il n’est pas, officiellement, diffusé nationalement, alors que ses livres sont tout de même présents dans plus de 200 librairies françaises. Pour cette raison, il se voit interdit de subventions. Alors que monsieur Delcourt, lui, est subventionné. J’ajoute que les subventions n’ont pas pour vocation de réduire le prix du livre. Alors que moi, en tant qu’auteur, je me bats pour que le prix des livres soit le plus bas possible. Je fais partie des auteurs qui ont un droit d’auteur très haut, je suis à 18%. Et mes livres sont vendus à 10-12 euros maximum.

Nicolas Georges : Vous n’êtes pas la seule à vous plaindre du CNL. Effectivement, c’est une institution qui, comme le CNC, est un guichet d’aides pour éviter un certain nombre de dysfonctionnements. Elle essaie d’avoir des règlements transparents, qui puissent donner la couleur du jeu à ceux qui veulent solliciter les subventions en question. Je ne pense pas que celles-ci soient là pour faire baisser les prix. L’objet du CNL, c’est d’aider la littérature créative à arriver sur le marché, quand on pense qu’elle va avoir du mal, parce que trop moderne. Je ne suis pas le président du CNL, mais je l’ai été et j’ai vu comment ça fonctionnait. Je peux vous dire que les gens qui travaillent sont des gens éclairés. Ils essaient de faire tout leur possible pour que les règlements rencontrent les besoins de ceux qui travaillent. Ce n’est pas fait pour les fonctionnaires, le CNL, c’est fait pour les professionnels. Et si le CNL n’est pas au rendez-vous, l’agence régionale peut prendre le relais.

Marie Deschamps : Je suis en relation avec le CRL, mais c’est plus compliqué. On se fait engueuler de ne pas faire comme tout le monde. À la limite, les règles, OK, mais ce que je voulais pointer du doigt, c’est que la distribution n’est pas reconnue quand un livre se retrouve dans 200 librairies en France.

Denis Bajram (dans la salle) : Ce problème concerne aussi l’auto-édition. Les auteurs qui s’éditent eux-mêmes sont frappés par ça aussi. C’est vrai que le CNL y réfléchit. Il peut y avoir un niveau de créativité et de liberté formidable dans l’auto-édition, qui est bridé au niveau des aides nationales.

Nicolas Georges : Eh bien, contactez-moi, nous pourrons en discuter. Il n’y a pas de raisons qu’on n’en tienne pas compte.

Alexandre Balcaen : Je me permets d’intervenir sur ce sujet, car je suis membre du Syndicat des éditeurs alternatifs, et nous avons une délégation qui dialogue avec le CNL depuis quelques mois maintenant. Cela fait partie des sujets qui ont été évoqués. Je pense que c’est bien d’en parler aujourd’hui. Dans le cadre de ces Rencontres, on a évoqué la baisse des ventes moyennes. Par exemple, le tirage minimum, pour pouvoir prétendre à des aides, est fixé à 500 exemplaires. Ca exclut de fait un certain nombre de livres qui peuvent être d’une inventivité esthétique ou intellectuelle primordiale. On a commencé à évoquer la potentialité, la nécessité d’une aide aux fanzines, donc pour des publications avec un tirage minimum de 100 exemplaires ; on nous a répondu que ce serait à l’étude. On n’a pas encore de réponse concrète là-dessus. Et par rapport à ce que vous disiez, un des critères pour être éligible aux aides, c’est, en effet, d’avoir une diffusion- distribution professionnelle, de rentrer dans le catalogue d’un diffuseur-distributeur installé. Je vais caricaturer, mais en gros un éditeur qui publie moins de cinq livres par an ne rentre pas chez un diffuseur-distributeur installé. En contrepartie, il y a en effet des éditeurs ou des rassemblements d’éditeur de micro-structures, qui font un travail de diffusion-distribution qui est opérationnel, mais qui ne sont pas identifiés comme des diffuseurs installés. Pour avoir pratiqué l’auto-diffusion et l‘auto-distribution d’Hoochie-Coochie, qui ensuite a travaillé avec quelqu’un de plus installé, on avait réussi à se faire un réseau avec 200 points de vente en France. Ces chiffres ne sont parfois même pas atteints par des diffuseurs-distributeurs installés.

Nicolas Georges : Pour compléter ce sujet, le CNL, c’est l’opérateur national. On ne tient pas à ce que ce soit le seul. On a parlé de l’implication des collectivités territoriales sur la filière du livre. C’est récent, on a essayé de le promouvoir avec les régions. Ça été encore renforcé par les lois récentes qui ont fait des Régions les acteurs économiques principaux. Depuis trois, quatre ans, on a essayé de mettre en place des conventions et des contrats de partenariat entre les Régions, l’État et de ses opérateurs, pour aider la filière du livre dans son fonctionnement quotidien. Et notamment dans les questions de distribution. Un certain nombre de Régions bénéficient de ces partenariats, avec des crédits qui viennent des DRAC et des CRL. Elles pourraient prendre le relais du CNL quand il fait défaut. En effet, les crédits du CNL sont limités. S’il encadre les aides par des règlements, c’est aussi pour réguler les demandes. Cela pose un certain nombre de difficultés, sans doute. Mais on peut à la fois travailler sur les modifications du règlement du CNL, et travailler sur l’aide régionale.

Thierry Groensteen : Je ne sais pas si les choses ont changé, mais j’ai connu une époque où les Directions régionales du livre avaient une très grande liberté d’appréciation quant à ce qu’elles souhaitaient aider ou non. Quand j’ai créé ma propre maison d’édition à Angoulême en 2002, je me suis tourné vers la Direction régionale du livre, à Poitiers, qui m’a dit : « Notre Conseil d’administration a décidé qu’on n’aidait pas le secteur de la BD ». Or nous étions déjà quatre ou cinq petits éditeurs spécialisés, dans une région qui comprend en son sein la capitale de la BD. Il y en a beaucoup plus aujourd’hui. Donc, je n’ai bénéficié d’aucune aide du CRL. Et cette politique a changé l’année après que j’aie déposé le bilan !

Morvandiau (dans la salle) : Bonjour, je suis auteur de BD. Je suis également organisateur de festivals, rédacteur dans quelques journaux, à mes heures. À ce titre j’ai été confronté à ce que vous avez évoqué, c’est-à-dire à un grand niveau de méconnaissance de la BD. Quand je viens à Angoulême, les représentants des collectivités parlent tous très bien de BD. Je viens de Bretagne, et là-bas je suis à chaque fois obligé de réexpliquer de quoi il s’agit. La première chose qu’on me dit, lorsque je rencontre des élus ou des représentants institutionnels, c’est : « Je vous préviens tout de suite, je n’y connais rien à la BD ». Il faut donc refaire l’histoire de la BD en 5 minutes, ce qui est toujours compliqué. Par ailleurs, je devrais bientôt avoir le statut de chercheur, puisque je suis également enseignant à l’université à Rennes, où je suis chargé de cours. Je suis donc confronté à des difficultés qui relèvent de cette méconnaissance. J’ai eu beaucoup de mal à trouver un directeur de recherche. Tous ces gens n’y connaissent rien à cause du manque de formations sur la BD pour les élus. Ça n’existe pas, de telles formations, dans le cursus culturel. Le cinéma ou la danse contemporaine, oui, mais pas la BD. Pour moi, c’est problématique, et la question que j’ai, c’est : est-ce que le ministère de la Culture travaille avec le ministère de l’Enseignement supérieur dans ce sens-là ?

Nicolas Georges : Travailler avec le ministère de l’Enseignement supérieur, oui. Nous travaillons beaucoup avec le ministère de l’Enseignement, dans plein de domaines de mon activité. Je commence à bien connaître les élus. Beaucoup ne connaissent pas la bande dessinée, mais bien d’autres ne connaissent rien d’autre non plus. Le combat pour la culture, ça vous fait rencontrer des gens… Pourquoi y a-t-il un ministère de la Culture ? Parce qu’on estime qu’il faut promouvoir encore et toujours, sur les territoires, un certain nombre d’actions. Je ne veux pas avoir à faire à des gens qui soient des spécialistes de la BD, mais je veux avoir à faire à des décideurs qui soient des gens éclairés, capables d’écouter des gens comme vous. Pascal Ory l’a dit, les festivals ont été des initiatives d’associations. Je veux des gens suffisamment ouverts et intelligents pour dire : « Ça va intéresser ma population, je vais y mettre de mon autorité pour que ça puisse se faire ». Je travaille à Paris, mais je suis également un provincial. J’entends tout le temps les élus dire : « On en en a marre de l’État culturel. On est suffisamment grands pour savoir ». Moi, je suis comme Diogène, je cherche des gens capables d’avoir des discours, et je les compte sur les doigts de la main. J’essaie aussi de développer les bibliothèques. Dans la conjoncture actuelle, c’est important, c’est le lieu où on débat des formes et où toutes les idées sont présentes, C’est le lieu de l’intelligence. Mais où sont les élus qui ont un discours sur ce lieu ? Pourquoi construisent-ils une bibliothèque ? Je les attends !

Une intervention depuis la salle : J’aimerais vous remercier. C’est la première fois que j’entends un discours aussi agréable pour les élus. Je suis adjointe à la culture de la ville de Rochefort, et vous avez dit deux choses intéressantes. C’est vrai que ça part du terrain. Les festivals lancés par des associations… Nous avons un festival bien plus modeste qu’ici, bien sûr, mais il est vraiment parti du terrain. Nous, les élus, n’avons pas besoin d’être des spécialistes. Je ne suis pas une spécialiste de la BD, ou de telle ou telle pratique artistique. Mais c’est notre devoir d’accompagner les initiatives et les dynamiques. C’est dans ce sens qu’il nous faut travailler.

Samuel Cazenave (dans la salle) : On se connaît bien, avec Nicolas Georges, et ma question concerne des sujets qu’il a à traiter, notamment des sujets structurant ce territoire. C’est vrai que ce qu’on attend des élus, c’est qu’ils décident. Il se trouve que notre force et notre faiblesse ici, c’est que notre histoire autour de la BD a plus de 40 ans, et avec tout ce qu’on trimballe, les élus, à un moment, ils ne savent pas quoi choisir. Mais David Caméo est l’exemple même d’un élu qui a su décider et qui est devenu un professionnel de la politique après. Un politique, ça peut aider aussi à grandir auprès de ceux qui le nourrissent. Un élu, c’est fait pour écouter. Le bon exemple est celui de Jack Lang, quand il est venu ici avant-hier : il est arrivé sans discours, il a écouté ce qu’on lui a dit, il en a tiré des problématiques éclairantes. À un moment, un élu, il faut le nourrir. Il n’y a pas la vérité d’un côté et l’erreur de l’autre. Après, que des élus soient faibles à certains égards, car certaines problématiques sont compliquées, oui.

Nicolas Georges : À titre personnel, je préfère travailler dans les territoires avec les élus, plutôt que rue de Valois. C’est clair et net. D’ailleurs, à Rochefort, j’ai travaillé longtemps avec le maire de l’époque, Monsieur Frot. Voilà un homme avec qui j’ai vraiment bien travaillé. Je le trouvais remarquable du point de vue de la politique culturelle.

Stéphane Beaujean : Le festival d’Angoulême, il n’aurait pas pu se développer dans des sites différents de celui-ci. Essayer de monter des festivals de BD dans une grande agglomération, je défie quiconque de s’y risquer. Le problème aujourd’hui, c’est la concurrence à l’étranger. On ne s’en rend pas compte, mais notre festival est un modèle unique. C’est le premier à avoir dit que ce langage devait être observé avec un œil de critique d’art, à essayer de construire un discours artistique dessus. Ça a mis du temps avant d’aller à l’étranger, mais de nos jours ça va très vite. Énormément de gens nous observent et nous copient. Quand je vais dans d’autres pays, je vois qu’il y a des politiques culturelles excessivement actives. Donc cela me fait toujours un peu peur, je sais que je vais être en concurrence avec ces gens-là et j’ai peur de ne pas être suffisamment armé. Ce que je veux, c’est que le Festival d’Angoulême reste le premier festival de BD au monde.

Thierry Groensteen : Je vais maintenant rendre la parole à Pascal Ory, qui, en tant que Grand Témoin, a la lourde charge de conclure cette session et l’ensemble de nos discussions qui durent depuis deux jours et demi.

Pascal Ory : Oui, lourde charge, surtout dans la mesure où je ne comprends toujours pas ce qu’est un Grand Témoin. Je crois que le premier élément, c’est qu’il faut continuer ces Rencontres. Y compris dans les moments de tensions, ces Rencontres se trouvent particulièrement justifiées. Qu’elles aient lieu ici relève d’une certaine logique. Ensuite, deuxième remarque, il me semble que le cercle vertueux de la légitimation n’est pas complètement achevé. Nous sommes dans un pays qui a assez sophistiqué sa réflexion sur les politiques culturelles. On peut toujours faire plus, mais on peut faire beaucoup moins. Certains pays sont loin du stade auquel nous sommes. C’est lié à l’histoire de notre pays, y compris notre histoire la plus ancienne, comme le mécénat monarchique. Les artistes ont eu toujours une situation ambiguë, c’est-à-dire que, grâce aux actions du Prince, il y a eu protection de l’artiste, et pas de censure. En revanche, quand on entre dans la modernité, l’artiste se construit comme individu, pour ne pas dire un entrepreneur, et là, les choses se compliquent. Peut-être qu’en ce moment, on revient à des formes plus anciennes. Le marché de l’art est un élément nouveau. Je pense que ce matin, c’était très sensible. Dans cet amphithéâtre, certains auteurs avaient peut-être du mal à entendre ce qu’ils entendaient. En 2016, la BD est clairement entrée dans le jeu du marché de l’art, et ça va forcément avoir des effets sur la création, sur l’économie générale du secteur. Ce qui a été dit sur le festival d’Angoulême me fait penser qu’il y a dans tout ça quelque chose d’une médiation sur laquelle il faut réfléchir.
Au-delà de ça, ce qui intéresse les personnes présentes ici, ce sont les effets de contenus. La Cité l’a déjà dit : c’est la construction du patrimoine, ce qui génère du genre référentiel. On a vu apparaître des bandes dessinées au second degré qui font référence à l’histoire de la BD. Ça, c’est un signe de légitimation évident. Ça peut agacer, donner des boutons à certains, mais je préfère cela que l’absence.
Je voudrais revenir sur la notion de roman graphique. Je suis de ceux qui constatent que la sectorisation est dans les têtes, d’abord. Je suis dans un jury de BD. C’est vrai que les bédéphiles professionnels sont ceux qui raisonnent le plus en termes de genre. En tant qu’historien, la notion de roman graphique, je la vois comme ayant été un moment indispensable à ce processus de légitimation. J’insiste sur ce qui a déjà été dit : dans les librairies américaines, c’était indispensable pour que la BD puisse pénétrer. Cela a rempli sa fonction. Je crois tout de même que cette dernière a encore besoin d’être assurée ; mais clairement, la saisie par la BD de genres comme le reportage ou l’autobiographie, ça veut dire que la BD devient normale. Je suis le plus vieux dans cette assemblée : j’ai été élevé dans un monde où la BD autobiographique était inimaginable. Donc je trouve assez légitime qu’il y ait actuellement encore des genres, peut-être des éditeurs spécialisés, car stratégiquement, on a encore besoin d’affirmer qu’il y a une présence de BD dans le domaine, par exemple, de l’autobiographie ou du reportage. L’effet XXI est très intéressant, c’est un effet positif pour la légitimation de la BD. Vous pensez ce que vous voulez de ce qui est publié dans XXI, mais quel extraordinaire argument d’autorité pour la légitimation de la BD ! Et ça ne me paraît pas avoir été contradictoire avec la poursuite de formes parfois radicales d’innovation, de créativité esthétique.
En revanche, là où il semble y avoir une vraie crise, c’est du côté des médias. Parce que c’est une crise des médias. La BD est arrivée un peu tard dans un monde en train d’être dévasté. Ce qui paraît évident, c’est que les médias numériques sont en train de prendre la place des médias classique. C’est peut-être là que vont se réfugier ce qui avait été significatif, du point de vue d’un historien de la culture, de la culture libertaire, qui a été la grande culture. Les médias classiques étant en train de mourir, cette culture libertaire est présente dans la configuration très florissante d’un Internet qui est au centre de l’économie, et qui est menacé par la culture de niche. L’un des problèmes politiques aujourd’hui, c’est que vous pouvez fort bien vivre dans votre bulle idéologique, et dialoguer, sur des milliers de site, simplement avec ceux qui sont, par exemple, aussi paranoïaques que vous. Je constate que ça fonctionne comme ça, pour les médias BD comme pour les autres.
Il semble qu’au sein de la culture savante, il y ait une voie pour la BD, pour qu’elle s’exprime. Je laisse de côté quand même le problème du vieillissement du lectorat, pour moi qui ai grandi dans l’image d’une culture jeune. Plus généralement, on a le glissement du libertaire au libéral. Le marché de l’art transforme beaucoup d’artistes en entrepreneurs qui acceptent de jouer le jeu du marché libéral. La convergence du libéral et du libertaire, on la connaît bien, mais il faut l’assumer d’un point de vue théorique. Ça peut parfois amener des contradictions et des tensions. L’artiste moderne s’est construit, à partir de la fin du XVIIIe siècle, avec le romantisme, le surréalisme, etc., sur l’hypothèse qu’il avait quelque chose du prêtre, du moine : une idéologie cléricale. La surenchère de reconnaissance. J’ai trouvé intéressant le fait qu’on ait parlé des coloristes, par exemple. C’est un phénomène universel. Aujourd’hui, les monteurs disent aux auteurs de documentaires : « Nous aussi, nous sommes auteurs ». Les auteurs eux-mêmes avaient été obligés de se battre pour se voir reconnaître des droits d’auteur, il y a un peu plus de trente ans. La SACD ne reconnaissait pas du tout les auteurs de documentaires, alors qu’elle reconnaissait les auteurs de spectacles, d’art dramatique. Il y a donc une cascade de reconnaissances. On a cette logique, où on décléricalise les artistes. Faut-il s’en affliger ? En tant qu’historien, j’ai l’impression que l’homme ne se pose que des questions qu’il peut résoudre, comme disait un penseur oublié. Je pense que si, dans ces Rencontres, on se pose ces questions, y compris celle de la fin d’une époque, peut-être de la fin d’une certaine image de l’artiste, ce n’est ni bien ni mal, c’est comme ça.

JPEG - 140.4 ko
De gauche à droite :
Thierry Groensteen, David Caméo, Nicolas Georges, Stéphane Beaujean,
Anne-Claire Norot (cachée), Pascal Ory et Pierre Lungheretti.

Thierry Groensteen : Merci Pascal. Je remercie chaleureusement l’ensemble des intervenants de cette après-midi. Et je vais demander à Pierre Lungheretti, directeur de la Cité, de dire le mot de la fin.

Pierre Lungheretti : Je vais être très bref. Je voulais juste dire que l’objectif de ces premières Rencontres nationales était de créer un espace de débats, de réflexion collective. J’espère que nous avons atteint cet objectif, je vous en laisse juge. Ce qui m’a beaucoup frappé, c’est qu’à partir d’un certain nombre de réflexions, que ce soient les paroles extrêmement fortes de Jack Lang dans son allocution d’ouverture, où il a fait des propositions de principe, de mutualisation en faveur des auteurs, jusqu’aux tables rondes qu’on a eu sur la formation, ensuite avec les éditeurs, puis ce matin, les différents débats sur le marché de l’art, et les questions institutionnelles, nous sommes parvenus à renforcer une prise de conscience collective. Je l’espère. Peut-être avons-nous pu de même affiner des diagnostics, qui permettent de déboucher sur des pistes plus opérationnelles. Nous avons un grand rendez-vous démocratique très bientôt, et peut-être est-ce le moment pour les acteurs ici présents de faire part de projets et de propositions aux personnalités qui se présenteront pour les plus grandes responsabilités. Je pense que nous avons une responsabilité collective, c’est de réfléchir à ce que pourrait être un grand programme national en faveur de la BD dans le monde scolaire, et puis pour le développement de la lecture, avec les ministères concernés, les collectivités territoriales et les pouvoirs publics. Ceux qui me connaissent ici savent que je suis pratiquement obsessionnel sur ce sujet, et que la petite expérience, modeste, que nous conduisons à la Cité, d’une classe BD ‒ je salue le travail d’Elisa Laget, ici présente, qui est médiatrice ‒ donne des résultats qui font l’unanimité.
Je voudrais remercier l’ensemble des intervenants, les équipes de la Cité qui ont préparé ces Rencontres : en premier lieu Thierry Groensteen, qui en a conçu le programme et a piloté l’ensemble des contenus des tables rondes ; Pili Muñoz, Sébastien Bollut, Tamara Delette… et je voudrais également remercier Grégoire Gosselin, notre stagiaire qui s’est beaucoup investi dans la préparation de cette manifestation. Évidemment Jean-Pierre Mercier qui a animé la table ronde des éditeurs. Et je vous donne rendez-vous pour les deuxièmes Rencontres l’année prochaine, en 2017. Merci à toutes et à tous.

(Retranscription d’après enregistrement audio : Grégoire Gosselin.)

Un message, un commentaire ?

- ajouter un commentaire
Qui êtes-vous ?

Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.
    Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.