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la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image

Christophe

ko-cli-kho

par Ambroise Lassalle et Camille Filliot

Si le pseudonyme de Christophe (de son vrai nom Georges Colomb, 1856-1945) reste invariablement associé aux personnages de La Famille Fenouillard, du Sapeur Camember et du Savant Cosinus, ses créations sont loin de se limiter à ces séries les plus fameuses.

La planche présentée ici a été créée dans les années 1890, au moment où les aventures feuilletonesques de la Famille Fenouillard remportent un vif succès dans le Petit Français illustré. Elle témoigne de la collaboration de l’auteur avec la maison d’édition Albert Quantin, dans le cadre de la collection d’histoires en images intitulée l’Imagerie artistique . Sous un titre en forme de jeu de mots, Ko-Cli-Kho, cette historiette est consacrée au sort du mandarin éponyme et de son disciple Ko-Ka-Lane. Elle a comme toile de fond la guerre franco-chinoise qui éclate, en 1881, en raison de la tentative de prise de contrôle du Tonkin par la France. Si un brin d’humour subsiste dans le jeu sur les patronymes, cette planche témoigne de la part faite dans l’Imagerie artistique à l’évocation des faits d’armes, souvent prétexte à la diffusion d’un message patriotique, sinon belliqueux.
Mais ce qui fait toute la qualité et l’originalité de cette page, c’est avant tout le jeu de correspondances et de mise en abyme que Christophe y a mis en œuvre. Occupant quasiment la moitié de la planche, les deux premières vignettes mettent en scène le travail du secrétaire de Ko-Cli-Kho, chargé de retranscrire les hauts faits de son maître sur une page monumentale où texte et images se combinent adroitement. Dès la deuxième case, le secrétaire est interrompu par des soldats français dont l’intervention même vient contredire le récit des victoires de Ko-Cli-Kho et dénoncer son caractère mensonger. On a donc ici une véritable page dans la page, une histoire en cours de création dont la portée réflexive renvoie la planche à son double langage, verbal et iconique.
On notera les détails que Christophe a inclus dans l’image : sur le point de conclure son récit, le secrétaire est interrompu dans la rédaction de son dernier mot, laissant une grosse tâche d’encre noire à côté du mot, alors qu’un soldat lui tire sa longue natte et que les pieds en amorce des autres personnages signalent leur fuite. Tous ces détails donnent à cette image un aspect instantané. Ayant pris la plume du secrétaire, le soldat français se permet également d’inscrire, dans un style qui contraste violemment avec l’écriture fleurie et épique du Chinois : « Cause toujours, mon vieux, tu m’instruis ». Ce jeu sur les ruptures de ton illustre le soin particulier que porte Christophe à la dimension littéraire de ses créations.
On retrouve ici un des ressorts habituels de son humour : le décalage entre les informations transmises par le texte et celles transmises par l’image. Doublement mis en œuvre, le contrepoint s’exerce alors entre l’euphémisme de la légende et la brutalité des faits dessinés ainsi que dans la violente négation du récit glorieux du secrétaire. La moitié inférieure de la page, qui vient clore le récit, présente une composition plus traditionnelle, suivant les pas de Ko-Cli-Kho dans sa fuite, jusqu’à sa triste fin.

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