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dans l’atelier de.... jorj abou mhaya

[Juillet 2016]

Jorj Abou Mhaya, dessinateur et peintre libanais de 40 ans, est en résidence à la Maison des Auteurs où il travaille sur deux nouveaux projets, alors que Denoël Graphic publiera à l’automne, en un volume, les deux tomes de sa Ville avoisinant la Terre...

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(Photo Sophie Guerrive)

Neuvième Art : Votre prénom, Jorj, se prononce presque comme notre Georges français, c’est bien ça ?
Jorj Abou Mhaya : Mon nom officiel s’écrit bien "Georges" comme en français, c’est moi qui ai choisi de l’écrire comme ça, en quatre lettres, pour signer mes livres.. Georges est un prénom assez fréquent dans la communauté chrétienne, au Liban.

Vous êtes né dans les années 70, pendant la guerre civile...
Oui, au début de la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1975 et 1990. J’ai grandi au cours de cette période très particulière et, comme enfant, il m’était difficile d’imaginer qu’ailleurs, des gens pouvaient avoir un mode de vie différent. Je voyais le bon côté des choses : quand il y avait des bombardements, les écoles fermaient leurs portes et nous étions libres. J’ai beaucoup manqué l’école, et ce n’était pas facile de se maintenir au niveau ! Quelquefois mes parents devaient quitter la maison et se réfugier dans un hôtel, dans une partie du pays moins exposée.

Vous étiez une famille nombreuse ?
J’ai deux frères et une sœur.

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Autoportrait

Que faisaient vos parents ?
Ils ne travaillaient pas, aucun des deux. Mon père était très à l’aise financièrement, grâce à la fortune héritée de mon grand-père. Mais il a presque tout perdu dans cette guerre. Il a été obligé de vendre beaucoup de choses, et tout avait tellement perdu de sa valeur en ce temps-là... J’ai perdu mon père en 1997. Notre fortune avait fondu depuis longtemps.

Vous êtes l’unique artiste de la famille ?
Ma mère avait un vrai talent artistique, elle dessinait et peignait. Mes frères également. Mais aucun n’a cherché à en faire une carrière.

Votre propre vocation artistique s’est affirmée tôt ?
Oh oui, je n’ai cessé de proclamer que je voulais être un artiste, et d’insister là-dessus. Mais au Liban, pour un illustrateur, il y avait très peu de débouchés. On ne pouvait travailler que pour une agence publicitaire. Il n’y a pas non plus de politique étatique de soutien aux artistes. On doit se débrouiller seul. Et quoi que l’on entreprenne, on doit généralement commencer par y investir soi-même pas mal d’argent.

Qu’en est-il de l’édition ?
Il y a des éditeurs, mais la plupart ne produisent rien d’artistique. Ils éditent des livres politiques. Et les livres pour la jeunesse sont destinés au monde scolaire, non au divertissement. J’ai ai illustré pas mal au début de ma carrière.

Quelles bandes dessinées avez-vous eu l’occasion de lire dans vos jeunes années ?
Beaucoup de bandes dessinées américaines étaient traduites pendant la guerre. Des comics de super-héros... J’en ai lu énormément. Par ailleurs, les grands classiques francophones comme Tintin ou Astérix étaient connus, mais on les trouvait surtout en éditions de langue anglaise.

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Double page tirée de Ville avoisinant la Terre.
© Dar Onboz

Vous aviez d’autres lectures ?
Même petit, j’ai très vite été un grand lecteur de la presse quotidienne. Je lisais le journal, et pour moi c’était un peu comme une bande dessinée, sauf que tout était vrai. Il y avait un storytelling, avec les mêmes personnages, les mêmes politiciens, revenant de jour en jour. Et quand il y avait eu une explosion la veille, on avait toutes les photos. Ces photographies de guerre des années 70 et 80 ont influencé les images que je produis aujourd’hui.

Avez-vous fréquenté une école d’art ?
Oui, à Beyrouth, après la guerre civile, mais seulement pendant un an. D’abord en décoration intérieure, puis en peinture, et j’ai arrêté les frais. Je ne me voyais pas perdre quatre ou cinq ans là-bas. L’enseignement était très peu structuré, très insuffisant à tous points de vue. J’en savais autant que mes professeurs, ils n’avaient pas grand-chose à m’apprendre.

Vous n’avez pas envisagé d’aller étudier à l’étranger ?
Ce n’était pas possible, parce que j’avais le service militaire qui m’attendait, comme une épée de Damoclès. Je l’ai repoussé autant que j’ai pu, avec l’aide de mon père. Mais j’étais sur la liste des appelés et, en tant que tel, je n’étais pas autorisé à quitter le pays. Finalement j’ai fait mon année de service. Ensuite mon père est mort, et j’ai été forcé de travailler pour gagner ma vie.

Avant de faire de la bande dessinée, vous avez pratiqué la peinture.
Oui, j’avais un atelier... Et mon frère aîné, qui s’était établi à Londres, m’y a organisé une exposition. J’avais dix-sept et je me trouvais à la tête d’une première série de tableaux. Mon frère était en possession de photos de mes toiles, il les a montrées à une artiste dont il avait fait la connaissance et elle a proposé de les montrer à son tour à son galeriste. Celui-ci a bien aimé ce que je faisais, et a accepté d’organiser une exposition. J’ai donc envoyé mes toiles à Londres, mais je n’ai pas pu y aller moi-même à cause de ce satané service militaire. Et puis mon père est tombé malade, et mon frère a dû décrocher les tableaux précipitamment : l’exposition n’est pas allée jusqu’au terme annoncé.

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Strip paru dans le Herald Tribune.
© Jorj Abou Mhaya

Avez-vous eu l’occasion d’exposer au Liban ?
Je n’ai montré mes peintures que dans le cadre d’expositions collectives. Mais j’ai pu exposer à plusieurs reprises mes originaux de bande dessinée.

À quoi ressemblaient vos tableaux ?
Il y avait de la couleur, mais souvent proche du monochrome. Je peignais des petits formats et des plus grands. La facture était réaliste, mais les sujets, inspirés de la ville, ou de mon moi intérieur, avaient souvent un côté absurde, symbolique ou surréaliste. Le galeriste de Londres était prêt à me suivre, j’aurais pu faire d’autres expositions, mais à cette époque je me suis tourné davantage vers l’illustration, j’ai changé de mode de vie.

Est-ce que vous peignez toujours aujourd’hui ?
Pas de façon régulière. J’ai plein d’idées, je fais des croquis, mais je n’arrive pas à tout mener de front. J’espère qu’un jour viendra, dans un avenir pas trop lointain, où je pourrai m’y remettre plus sérieusement.

Alors que vous vous consacriez à la peinture, pensiez-vous déjà à devenir un auteur de bande dessinée ?
Bien sûr ! Je ne pensais qu’à ça. Mais j’avais une certaine ambition. Je voulais produire une bande dessinée telle que j’aurais moi-même envie de l’acheter, si je la voyais dans une librairie. J’ai mis en chantier toutes sortes de projets, sans réussir à en terminer aucun, parce que je n’avais pas assez de temps à y consacrer.

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Couverture de l’édition libanaise.

Vous avez publié d’autres bandes dessinées avant la Ville avoisinant la Terre ?
Rien dont je sois particulièrement fier. Dans les années 2000 j’ai participé à un magazine qui s’intitulait Zéro, qui proposait des critiques en bande dessinée. Nous n’épargnions personne. Or le magazine vivait grâce aux grands annonceurs comme Nike ou Coca-Cola. Ceux-ci ont retiré leur budget quand ils ont constaté que nous suscitions pas mal de controverses, et Zéro a coulé après 6 ou 7 numéros.
Et puis j’ai eu un album publié, à Londres, de nouveau, mais je n’en ai jamais reçu le moindre exemplaire. C’est une histoire assez curieuse. Un de mes clients avait une amie d’origine Syrienne, extrêmement riche, très excentrique, un peu folle, incapable de nouer des relations amoureuses durables et en pleine crise de la quarantaine. Il a souhaité que je la rencontre, qu’elle me raconte son histoire et que j’en fasse une bande dessinée. Nous nous sommes vus, elle m’a confiance, m’a confié une série de photos de sa jeunesse. J’ai réécrit ses confidences à ma manière et j’ai fait d’elle un portrait déformant, assez exagéré. Mais elle a bien aimé mon travail. Cette histoire qui comptait 48 pages, réalisée dans un format à l’italienne, a été publiée, en 2007 je crois, mais, comme je l’ai dit, je ne l’ai jamais vue imprimée. Je n’ai plus entendu parler de cette femme non plus (sa famille était très engagée dans la politique, et elle a disparu au moment de la guerre civile en Syrie) et je n’ai jamais revu mes originaux.

J’ai sous les yeux le premier tome de Ville avoisinant la Terre, dans l’édition libanaise (Madīnah mujāwirah lil-ard) parue aux éditions Dar Onboz, 2011. La qualité de votre travail saute aux yeux. On n’a pas l’impression d’être face au livre d’un débutant, mais plutôt d’un dessinateur très expérimenté...
Grâce à Internet, j’ai pu prendre connaissance d’énormément de bandes dessinées. Je me suis forgé une culture, j’ai développé une grande admiration pour des artistes comme Enrique Breccia, Miguelanxo Prado ou Robert Crumb. J’ai pu acheter leurs livres. Mon ambition était de faire un livre qui soit à leur niveau.

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Ville avoisinant la Terre, première page de l’édition libanaise.
© Dar Onboz

J’ai lu que l’album, qui est en noir et blanc, ou plus exactement dans une gamme de gris, avait en fait été imprimé en cinq couleurs...
Oui, parce que nous avons choisi un papier qui absorbe énormément l’encre, et sur les premiers essais le noir sortait gris. L’imprimeur, qui expérimentait une nouvelle machine, a fait toutes sortes d’essais pour obtenir le meilleur résultat.

Le livre doit paraître en octobre prochain chez Denoël Graphic. Le procédé d’impression sera-t-il le même ?
Oui oui, cela a été discuté avec mon éditeur libanais. Le rendu sera très proche de l’édition originale. Seul le format sera plus petit, plus proche des standards français actuels.

Votre éditeur s’appelle Dar Onboz. De quelle sorte de maison d’édition s’agit-il ?
C’est une maison fondée en 2006, de petite taille mais extrêmement professionnelle, qui réfléchit beaucoup au moindre aspect de chaque livre, sans regarder à la dépense. Dar Onboz publie en particulier des livres pour enfants de très haute tenue. Le catalogue comprend également d’autres bandes dessinées d’artistes libanais. L’éditrice, Nadine Touma, m’a beaucoup soutenu pour me permettre d’achever l’album.

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Jorj A. Mhaya et Nadine Touma, Farida et le vent...
© Dar Onboz
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planches parues dans Onboz magazine.
© Dar Onboz

Il est peut-être temps de parler de son contenu. Je ne peux malheureusement pas le lire en version arabe. Quel en est le sujet ?
C’est l’histoire d’un type ordinaire, Farid Tawil. Il a une famille que l’on ne voit pas dans le récit. Chaque jour il part travailler dans une compagnie d’assurances. Il aurait voulu être sculpteur mais il a dû renoncer à ses ambitions artistiques. Un jour, en rentrant chez lui, il s’aperçoit que l’immeuble dans lequel il habite a complètement disparu. L’environnement a changé, il ne reconnaît plus sa ville. Il a le sentiment d’être devenu étranger à cet endroit. Toute l’histoire se passe en un seul jour.

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Couverture de l’édition française à paraître.

Et le personnage féminin ?
Mon héros est insatisfait de la vie qu’il mène, alors il va tomber amoureux de la copine de son meilleur ami.

Dès le départ, vous aviez le projet de traiter le sujet en deux tomes ?
En fait, non, mais si je n’avais pas fait cela je ne serais sans doute pas arrivé au terme de cette entreprise. Le livre serait resté inachevé comme beaucoup d’autres projets le sont restés. J’ai coupé l’histoire en deux parties et le tome 1 est explicitement « à suivre ».

Il me semble, sur la dernière page du tome 1, reconnaître Jésus...
Oui, c’est bien lui qui est censé apparaître à Tawil.

Votre style me semble caractérisé par un mélange de très réalisme très poussé, notamment dans l’évocation des paysages urbains, et d’éléments fantastiques, absurdes ou allégoriques...
C’est exact. Mais même si cela paraît très réaliste, je ne dessine pas d’après photo mais d’imagination.

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Ville avoisinant la Terre, page 51.
© Denoël Graphic

Pourquoi avez-vous opté pour la technique du lavis ?
J’en ai essayé plusieurs. J’ai même fait des essais en couleur. Mais le lavis me permet de retrouver quelque chose de très voisin de ces photos de Beyrouth que je voyais dans le journal dans les années 70 et 80.

Par endroits, votre technique peut faire penser à celle du dessinateur français Rabaté...
Ah oui, Pascal Rabaté, je connais son travail, je suis un fan d’Ibicus...

L’album est paru en 2011, et je crois savoir que vous êtes venu pour la première fois à Angoulême, avec votre éditrice, en janvier 2012 pour le festival...
Oui, nous voulions essayer de trouver un éditeur français intéressé par une traduction, et pour ma part j’étais curieux de découvrir tout ce qui se passait sur la scène de la BD française... Ce qui m’a le plus étonné alors, ce sont ces gens faisant des queues interminables pour obtenir un petit dessin de tel ou tel dessinateur. Au Liban, aucun livre ne déclenche une telle ferveur...
C’est Nadine, mon éditrice, qui a découvert l’existence de la Maison des Auteurs et qui m’a convaincu que ce pourrait être une bonne idée de venir ici en résidence pour travailler sur le tome 2, en étant coupé de toutes les sollicitations que j’ai à Beyrouth. Elle avait raison. J’ai donc déposé un dossier de candidature et effectué une première partie de ma résidence de septembre 2013 à mai 2014. J’ai dû repartir parce que j’étais attendu par la société qui me salarie, Mercury. Je suis revenu en janvier de cette année, et pour deux ans cette fois. Mais le tome 2 de Ville avoisinant la Terre est terminé, je termine maintenant sur de nouveaux projets.

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Ville avoisinant la Terre, page 21.
© Denoël Graphic

Vous vous plaisez à Angoulême ?
Oui. Avec le fleuve Charente, je trouve qu’Angoulême ressemble pas mal à ma ville natale, Zahlé, qui a une population de 60 000 habitants. Et j’ai réussi à trouver ici un rythme de production très intense. Il m’arrivait d’arriver à l’atelier le matin et de travailler jusqu’à sept ou huit heures du soir sans même m’arrêter pour déjeuner.

Vous n’avez pas laissé une famille derrière vous ?
Non, je ne suis pas marié, et n’ai pas d’enfants.

Que vous apporte le fait de côtoyer ici des auteurs venant du monde entier ?
C’est une expérience extraordinaire. Il y a une telle diversité dans les œuvres produites par les uns et les autres, une telle variété d’approches, de la plus minimaliste à la plus sophistiquée !

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Illustration réalisée pour Mercury.
© Mercury / Jorj Abou Mhaya

Y a-t-il une communauté d’auteurs de bande dessinée au Liban, que vous fréquentez ?
Elle a commencé à se former dans les dernières années. Cela repose sur de tout petits cercles, l’État ne nous aide pas, mais on peut néanmoins observer que la situation s’améliore. Un syndicat des auteurs de BD s’est même créé, et l’université de Beyrouth a ouvert il y a six ou sept ans un enseignement pour les futurs dessinateurs : il y a un Master en BD comme il y en a en illustration ou en animation. Un de mes amis enseigne dans ce cadre ; lui-même a été formé en France, à l’école Emile Cohl. Il y a aussi une jeune femme qui, elle, a fait ses classes en Belgique, à l’Institut Saint-Luc.

Qu’est-ce que c’est que Mercury ?
Une sorte d’agence, en réalité un département d’une grosse société de production, qui possède aussi, entre autres choses, un journal. On m’y laisse une grande liberté dans la définition de mes travaux. Nous fournissons des contenus à la presse, aux médias. La dernière chose que j’ai faite pour eux, c’est une série de caricatures de politiciens libanais.

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© Mercury / Jorj Abou Mhaya
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© Mercury / Jorj Abou Mhaya

Le tome 2 de Ville avoisinant la Terre va paraître cinq ans après le tome 1, ce qui est beaucoup. Pourquoi vous a-t-il fallu aussi longtemps ?
Pendant la réalisation du tome 1, j’ai dû interrompre mon travail pour faire d’autres travaux qui me permettaient de mettre un peu d’argent de côté pour pouvoir ensuite me remettre au travail sur l’album. Puis, quand j’ai attaqué le tome 2, je me suis retrouvé embauché par Mercury, comme salarié, en ne disposant plus que de mes week-ends pour ma production personnelle. C’est une situation un peu schizophrène ! Désormais, il faut que je puisse me consacrer à fond à un projet, sinon mieux vaut ne pas l’entamer. Pour achever ce deuxième tome, j’ai dû prendre une année sabbatique, sans être payé.

Connaissez-vous le tirage du premier tome, au Liban ?
C’était un tirage de 2 000 exemplaires. Ça s’est bien vendu, proportionnellement à la taille du marché libanais. Plusieurs libraires m’ont dit que l’album était resté plusieurs mois dans la liste des dix livres les plus vendus.

Vous avez également reçu un prix pour ce livre au festival de bande dessinée d’Alger, le prix de la meilleure BD en langue arabe...
Oui, absolument, en 2013. Je ne connaissais pas l’existence de ce festival, qui se tient chaque année depuis pas mal de temps déjà. Ils m’ont invité à m’y rendre, puis ils m’ont dit que mon livre était dans la sélection pour ce prix, et puis j’ai appris que j’étais le lauréat. J’ai passé un bon moment là-bas.

Votre album est distribué dans tout le monde arabe ?
Mon éditrice en envoie quelques exemplaires dans les meilleures librairies. Il y a eu un problème dans un émirat, où le gouvernement a carrément fait fermer une librairie parce que quelqu’un y avait trouvé mon livre et s’était déclaré offensé par le fait que j’utilisais un « mauvais langage ». Il s’agissait simplement d’allusions sexuelles dans les paroles prononcées par un de mes personnages.

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Ville avoisinant la Terre, page 27.
© Denoël Graphic

Comment êtes-vous entré en contact avec Denoël Graphic et son directeur de collection, Jean-Luc Fromental ?
C’est Jean-Luc qui est venu à moi. En 2013, il a vu ma présentation sur le site de la Maison des Auteurs. Il a été intéressé par les quelques images qui étaient montrées et il a pris contact avec moi via Pili, la directrice de la Maison. Il avait vraiment très envie de me publier, mais j’ai pensé qu’il fallait au moins qu’il puisse lire l’histoire dans sa totalité, et j’ai donc demandé à Nadine de lui envoyer une traduction française. Nous en avions une, un peu approximative, faite hâtivement afin de pouvoir soumettre le livre à un éditeur français, mais j’ai pu fournir une traduction beaucoup plus solide grâce à l’aide que m’a apportée Sophie Guerrive, qui partage mon atelier ici. Jean-Luc m’a confirmé sa volonté de publier l’album en France. Je le remercie d’avoir été assez patient pour m’attendre pendant trois ans.

Et quels sont les nouveaux projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?
C’est encore un peu obscur, même pour moi. Il y a tout d’abord une bande dessinée sur un scénario que quelqu’un d’autre a écrit. Cela parle du conflit entre les générations au Liban, comment une partie de la population reste hantée par le passé... J’en suis à multiplier les esquisses, les recherches graphiques. Je n’ai pas encore définitivement arrêté la technique que je vais utiliser. Je suis à la recherche d’un style différent, qui demande moins de travail et me permette d’avancer plus rapidement dans la réalisation des planches.
L’autre projet, c’est une histoire que je suis en train d’écrire. C’est de l’autofiction. Je parle de beaucoup de gens que j’ai connus, et le thème du conflit entre les générations est présent là aussi. Mais je n’ai pas encore vraiment décidé si ce sera une bande dessinée ou si je donnerai à ce récit une forme littéraire. En ce moment j’écris beaucoup.

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Extrait du projet autofictionnel en cours.
© Jorj Abou Mhaya

Vous avez toujours eu un rapport fort à l’écriture ?
Oui, écrire est beaucoup plus amusant pour moi que dessiner. Pourtant je me suis toujours pensé comme peintre ou dessinateur, pas comme écrivain. J’écrivais pour moi, quelquefois je donnais à lire à des amis ce que j’avais écrit, et ils me disaient : « C’est très bon, tu devrais le publier ». Mais jusqu’à présent je ne suis jamais passé à l’acte. Maintenant je me sens prêt à le faire.

Il y a une autre de vos productions dont nous n’avons pas parlé, c’est la série Sin wa Jim, que vous avez dessinée sur des scénarios de votre éditrice, Nadine Touma. Il s’agissait de bandes dessinées destinées à sensibiliser certaines populations à des questions sociales, telle que l’égalité, les droits de la femme...
C’est une ONG travaillant dans le domaine des droits humains en général qui nous avait commandé ce travail. C’était des séries de petits livrets à l’italienne, format strip, qui pouvaient être distribués partout et servir de support à des campagnes de sensibilisation dans les villages, les écoles, les camps palestiniens, etc. L’action était systématiquement située à bord d’un taxi. Mais, comme souvent à Beyrouth, les initiatives sont lancées puis s’interrompent faute d’argent, ou parce qu’un administrateur est remplacé à tel ou tel poste. C’est extrêmement frustrant. Il n’y a eu que trois livrets publiés, alors que beaucoup d’autres étaient prévus. En fait, ce qui est sorti, en 2012 je crois, c’est ce qui devait servir de test pour l’ensemble de la collection projetée.

Propos recueillis à la Maison des Auteurs le 21 juin 2016 par Thierry Groensteen, traduits de l’anglais.

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